Processus

Monter dans le métro un matin vers le boulot. Mettre son casque, zapper quelques morceaux. S’arrêter sur cette envolée électro. Fermer les yeux, y faire défiler des images. Avoir un déclic. Se remémorer un sujet d’article qu’on ne savait comment traiter. Se dire qu’un support vidéo serait idéal. Avec cette musique pour l’accompagner. Réaliser que c’est ambitieux. Avoir peur de ne pas y arriver. Se dire que c’est exactement pour ça qu’il faut essayer.

Se bloquer un après-midi pour le tournage. Préparer trois appareils photo sous trois angles différents. Tester pendant une heure, réaliser que chaque appareil ne peut pas filmer plus de 5 minutes en continu. Revoir ses ambitions à la baisse : pas de montage multiplan en perspective. Ça sera un plan fixe vu de dessus. Utiliser un minuteur pour être prévenue de l’écoulement des 5 minutes en question. Galérer à installer le trépied sur la table. Le poids de l’appareil manque de le faire chuter.

Lancer la capture. Quelques minutes plus tard, le minuteur bipe : le réinitialiser, redéclencher l’appareil. Les cycles s’enchaînent. Carte mémoire pleine. La vider dans l’ordinateur. Disque dur plein. Perdre du temps à résoudre le problème. La lumière du jour baisse. Regarder les premiers essais peu satisfaisants. Laisser tomber.

Le lendemain, on recommence, remotivée. La lumière est meilleure. Réinstaller tout le dispositif et se dire que cette fois, c’est la bonne. L’enregistrement commence. Passer plusieurs heures de 5 minutes en 5 minutes à crayonner, dessiner, encrer. Les vidéos s’enchaînent. Se dire qu’on manque cruellement de technique. Se demander si de la couleur ne serait pas mieux. Ne pas avoir le courage d’en ajouter. Considérer le résultat imparfait. Les traits irréguliers. Le dessin ne rend pas l’idée qu’on en avait. Se contenter du fait que ça ne sera pas un des meilleurs. Ça fait partie de l’apprentissage.

Attaquer le montage de la vidéo dans les jours suivants. Passer toute une soirée sur la musique : elle est bien trop longue. Couper des morceaux, raccommoder les bords sans que ça ne s’entende trop. Caler les plans sur les thèmes musicaux. Essayer d’être raccord entre son et image. Pester sur les vidéos qui ne se sont pas enregistrées. S’approprier non sans mal le logiciel de montage. Avancer, soir après soir, une minute à fois. Finir une semaine plus tard. Coupure Internet, la publication est impossible.

Laisser passer quelques jours, revisualiser le résultat final. C’est trop long. C’est trop monotone. Vendredi soir, ajouter du texte. Des transitions. Du dynamisme. Le temps file trop vite. Attendre l’export final et le transfert sur le web pour aller se coucher à une heure indécente.

Se lever le samedi à 5h30. Prendre la route pour un weekend prolongé à La Rochelle. Passer deux jours déconnectée. Dimanche soir, revoir cette vidéo. Accepter son imperfection. Être contente d’avoir tiré cette idée jusqu’au bout, même si elle est bien loin de correspondre à l’inspiration de départ. Écrire ces mots sur un smartphone dans le canapé de son hôte rochelais en attendant le repas du soir. Lundi matin, avoir un réveil dédié à 7h15. Assez tôt pour respecter le calendrier du blog. Finir d’éditer, relire et corriger ce texte. Vérifier que tout fonctionne. 7h30, cliquer sur publier, reposer le téléphone sur la table de chevet, et se rendormir.

On dit que le chemin est plus important que la destination. Ceci est un processus.

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