Triton

Le premier cliché que nous avons reçu des chatons était in utero. K a assisté à leur naissance en direct, et je me demande s’il flirtait déjà avec l’idée d’en embarquer un. J’ai photographié les quadruplés peu après leur venue au monde sans imaginer un seul instant que l’un d’eux emménagerait chez nous trois mois plus tard.

Il y avait Mochi, Le Dauphin, Termite et Babouchka, deux gris et deux rouquins aux noms temporaires. K m’a partagé à grands renforts de photos et vidéos qu’il affectionnait tout particulièrement ce dernier : « c’est un observateur qui étudie toujours soigneusement chaque situation avant de plonger dedans à fond les ballons ». J’ai compris au fil des visites qu’il commençait à fortement s’attacher au chaton et qu’une discussion importante allait s’imposer entre nous incessamment sous peu.

Dur de résister en recevant régulièrement des photos comme celle-ci…
Kate Bush - Babooshka - Official Music Video

Nous déjeunions sur le balcon et le niveau de sérieux de la conversation était comparable à celui de parents en désaccord sur l’idée d’avoir un deuxième enfant. Ma contre-argumentation était rude et sans ménagement : frais vétérinaires, charge ménagère, incompatibilité vestimentaire, et surtout oser la cohabitation avec le chat résident… J’avais peur que ça se passe mal, simplement.

L’argument de K qui m’a le plus marquée était la notion d’une balance restaurée, quelque chose de plus juste dans la dynamique de notre foyer. L’idée de l’équilibre inter-espèces m’a parlé. Au final, je me suis décidée lorsqu’il m’a avoué qu’il ne voulait pas avoir le regret de se dire un jour « ça aurait pu être mon chat ». Je ne pouvais pas le priver de cette relation-là.

Tout comme pour Olaf, nous avons passé quelques jours à balancer tout et n’importe quel nom en « T » pour nommer le nouveau venu. Sur une liste d’une cinquantaine de mots, K a accroché à Tofu alors que mon premier choix était Tao. Nous nous sommes retrouvés sur Triton qui est arrivé chez nous il y a deux semaines maintenant.

Si j’étais si sèche et opposée à l’idée d’adopter un deuxième chat, c’est que j’étais convaincue que la rencontre se passerait mal. Je voulais à tout prix éviter de traumatiser inutilement deux animaux qui allaient entrer en guerre de territoire.

Puisqu’une fois décision prise je m’y engage à 200%, j’ai regardé des heures de vidéo sur la meilleure façon de nous y prendre, lu des dizaines de témoignages, j’ai même acheté un diffuseur de phéromones apaisantes pour mettre toutes les chances de notre côté. C’est à nouveau Jackson Galaxy qui nous a servi de gourou pour la marche à suivre.

How to Introduce Cats

L’introduction de deux chats qui ne se connaissent pas est longue et fastidieuse, pouvant s’étaler sur plusieurs mois même, mais je n’ai voulu sauter aucune des étapes listées dans la vidéo ci-dessus.

On se rappellera donc de la journée de télétravail enfermée dans le bureau avec un nouveau chaton qui tenait absolument à dormir sur le clavier, l’alimentation synchronisée entre deux côtés de porte à distance respectueuse du seuil sous les regards interrogatifs d’Olaf, le trip au magasin de bricolage pour fabriquer une porte moustiquaire sur mesure qui aura tenu quelques minutes les assauts d’un Triton persévérant, et la décision de les laisser ensemble en liberté bien plus tôt que prévu parce qu’on le sentait. Après deux jours de surveillance rapprochée, on a pu les laisser seuls dans la même pièce sans crainte et je n’en reviens toujours pas que ça se soit aussi facilement (et rapidement !) passé.

Triton et Olaf ne sont pas (encore ?) les meilleurs potes du monde, mais ils apprennent doucement comment vivre ensemble. Leur interaction préférée reste la course poursuite qui se finit en bagarre, l’un pour asseoir son autorité, l’autre parce qu’il a trop envie de jouer. Les mêlées au sol sont parfois impressionnantes mais sans gravité : aucune goutte de sang n’est versée, ils font souvent des pauses pour prendre la température, et ils s’interrompent tout de suite dès que l’un des deux se met à couiner.

Le reste du temps ils se tiennent à distance respectueuse sans sembler se déranger l’un l’autre, et on surprend même ces derniers jours quelques gestes de tendresse entre eux. Je n’en ferais pas autant si on m’imposait un coloc sans avoir mon mot à dire, et d’après tout ce que j’ai pu lire ce début de cohabitation est un franc succès.

Triton est un demi maine coon, un quart persan et tient le reste du bâtard de rue. Il a de longs poils dans les oreilles et entre les coussinets, des petites babines toutes rondes et de grands yeux dorés cerclés d’un fin trait noir. Il m’a rendue fortement allergique durant les premiers jours – bien heureusement mon système immunitaire a fini par l’adopter aussi, et je ne manque pas de sniffer son pelage de chaton sans plus aucun risque de vider des paquets de mouchoirs ensuite.

Triton est bavard et ponctue le moindre de ses faits et gestes par des miaulements et autres roucoulements qu’ils soient de faim, de contentement, de fatigue – d’existence, le plus souvent. Il court après ses jouets jusqu’à en perdre haleine et s’effondre alors au sol, haletant comme un chien, piaillant de frustration tout en reprenant son souffle. Il est fasciné par les reflets de l’eau, a déjà renversé un immense cadre en verre qui s’est brisé en mille éclats, et piétine le sol de toutes les plantes dont le pot lui est accessible. Il souhaiterait goûter à chacun de nos plats, je soupçonne qu’il deviendra gigantesque, et je n’imagine déjà plus mon foyer sans l’équilibre deux humains / deux félins et ses petits couinements quotidiens.

Triton

Triton fait partie de la famille désormais. « Plants are the new pets and pets are the new kids », as they say.

Meilleure réaction de M après lui avoir présenté le nouveau venu ♥
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8 commentaires

  1. Leur choupitude nous perdra (surtout avec d’aussi magnifiques photos).
    Du coup, je compte sur toi pour trouver LA brosse qui permet d’ôter les poils de chat des vêtements. Le boyfriend a un chat sibérien gris et blanc très fluffy et, si j’essaye de penser à ne pas apporter de vêtements noirs chez lui, j’ai eu quelques loupés auxquels je peine à redonner un air présentable.

    1. La brosse mentionnée par Legato plus bas fonctionne bien sur les meubles (canapés, lits, …) quant aux vêtements, je n’ai pas trouvé mieux que de dégainer constamment des rouleaux autocollants dédiés que je stocke un peu partout : un dans la chambre, un dans la voiture, un dans mon tiroir au bureau, … Et malgré cela, j’accepte bon gré mal gré les inévitables poils apparents entremêlés à la fibre des tissus. Comme l’affirmait si bien un panneau que que j’ai photographié à New York…

    1. Olaf a quatre ans, il est donc déjà suffisamment adulte pour pousser de gros soupirs face à ce tourbillon de chaton qui agite son train-train :D

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