TL;DR

Martin Roth – An analog guy in a digital world

Il restait un peu plus d’une heure de route, et je commençais à m’ennuyer ferme sur le siège passager. La nuit m’empêchait de m’évader dans le paysage qui défilait aux vitres, les sujets de discussion avec le conducteur se sont taris au fur et à mesure du trajet, et je n’avais aucune envie d’un fond musical. Téléphone en main, petite fenêtre sur l’extérieur virtuel, j’avais déjà fait le tour des flux les plus récemment actualisés. Par ennui, je me suis plongée dans mes brouillons de mails qui recueillent tous mes « pour plus tard » à lire, écouter, regarder.

Parmi eux, j’ai déterré ce lien qu’on m’avait partagé. Un article de plusieurs milliers de mots, un sujet qui me passionnait, et tout le temps nécessaire devant moi. J’avais trouvé de quoi m’occuper pour le reste de la route.

J’ai commencé à lire le texte comme à mon habitude, en engloutissant les mots à vitesse élevée. Premier, deuxième, troisième paragraphe. Mes yeux dérapaient sur les lignes, l’angle de lecture basculait vers une diagonale de plus en plus prononcée. J’ai décalé mon regard vers la barre de scroll qui était encore bien trop haut à mon goût. J’ai défilé, de plus en plus vite. Par habitude. Laissant mon regard flotter en espérant qu’il s’accroche sur l’un ou l’autre point clef qui me suffirait. L’article me paraissait soudain aussi long que la route qu’il restait encore à parcourir. Mon esprit commençait à dérailler vers des pensées parasites, décrochant de plus en plus du texte. Jusqu’à ce que je réalise en avoir perdu le fil depuis longtemps. J’ai laissé tomber.

J’ai rouvert Twitter, Instagram, Feedly, Reddit – mon quatuor gagnant. Alternant entre l’un et l’autre sans vraiment y prêter attention. C’est en retournant sur l’écran d’accueil de mon téléphone que j’ai senti que quelque chose sonnait faux. Comme un signal d’alarme, une impression de danger imminente. J’avais sous les yeux le cadavre de mon attention fragmentée ; des icônes entre lesquelles je jonglais constamment, les actualisant frénétiquement, sans être capable de me fixer sur une d’elles plus d’une dizaine de secondes.

Cet article que j’avais choisi pour m’occuper aurait du être un moment de lecture délicieux. J’avais tout le temps du monde devant moi, une disponibilité d’esprit qui ne demandait qu’à s’amarrer à une source d’occupation, et une matière première idéale à le nourrir. Je savais que le texte m’intéresserait. Je ne rencontrais aucun obstacle à sa lecture qui était limpide. Pourtant, au lieu de m’en réjouir, j’ai pris le réflexe de le sacrifier sur l’autel de l’instantané. Par flemme, par facilité, par habitude. J’en avais la nausée.

Tu m’étonnes que je ne soie plus capable de lire un bouquin. Elles étaient bien belles, les résolutions d’il y a quelques mois ; elle n’ont pas tenu bien longtemps. J’ai replongé dans mes bonnes vieilles habitudes de petit déjeuner sur le pouce en faisant défiler un écran. Avec cette impression que je ne suis capable de tirer la valeur d’une information que si elle est prémâchée, prédigérée, et que je peux en avaler le concentré sans effort. Parfois, j’ai de la chance et on fait ce travail à ma place. Trop souvent je laisse tomber pour des complaintes Twitter et des gifs de chats sans intérêt.

Alors que les lampadaires alternaient entre lumière et obscurité à la vitre contre laquelle j’appuyais ma tête, j’avais peur de virer au dramatique grandiloquant dans lequel je sais si bien m’enterrer toute seule. Et pourtant, j’ai senti le malaise se développer au fur et à mesure où je l’approfondissais. Réalisant que le problème s’étendait bien plus loin que les mots de ce fameux article non-lu. Quand me suis-je plongée pour la dernière fois dans un livre sans évaluer au préalable son ratio apport intellectuel / nombre de pages ? Quand était la dernière fois que j’ai écouté un album de musique, allongée dans le noir avec mon casque comme j’aime tellement le faire ? Quand ai-je terminé de voir un film sans aussitôt me précipiter sur Internet pour lire ce que d’autres en ont pensé, sans même chercher à savoir quel était mon propre avis en premier lieu ?

L’accès constant à l’information me pousse à la considérer comme une évidence prioritaire. Je ne savoure plus, je consomme. Ma vie devient du feuilletage de surface et je me sens devenir si bête. Dévorant tout au long de la journée des opinions d’autres, au point où je suis de plus en plus incapable de définir la mienne. Victor annonçait arrêter les critiques cinéma entre autres car il était inquiet de bourrer les esprits des gens de sa propre opinion sans qu’ils ne prennent la peine de se faire la leur en premier lieu. Cette remarque m’a obnubilée durant des semaines.

J’ai regardé ce soir le documentaire « Hyperconnectés – Le cerveau en surcharge » qui cherche à expliquer en quoi la connexion permanente à différentes sources d’information impacte notre cerveau. Et bien que les différentes personnes interviewées ont pu confirmer beaucoup de mes craintes, j’ai trouvé que ce reportage manquait cruellement d’un angle essentiel. Il ne focalisait que sur l’hyperconnexion au travail : les interruptions de la concentration par des alertes mails, les notifications boulot à la maison, l’urgence d’être connecté à son travail en permanence. Dans ce registre j’estime plutôt bien m’en sortir, m’efforçant de séparer un maximum ma vie personnelle et professionnelle. Le documentaire ne m’a donc pas vraiment parlé à ce niveau ; par contre, il trouvait tout son sens lorsque j’en transposais les messages à ma vie privée.

Je ne compte plus les moments où, chez moi, je multitâche à cause d’un écran. Faire la cuisine ne s’envisage plus sans une vidéo divertissante en parallèle. Trop souvent le chat me réclame de l’attention par de petits coups de tête lorsque je le caresse de façon trop distraite, parce que j’ai le nez sur l’écran. Lorsque j’écoute de la musique sur mon canapé, c’est en consultant mon téléphone. Parfois, lorsque K me parle, je ne me prends même plus la peine de le regarder pour lui répondre.

Durant ce petit documentaire d’une heure, j’ai fait pause une bonne dizaine de fois. Pour basculer d’onglet, pour consulter Twitter, pour papoter sur Hangouts, pour relever mes mails, pour répondre à un texto, et j’en passe. Alors qu’un des protagonistes relevait que notre temps de pleine concentration était en chute libre d’année en année, j’en était la preuve flagrante.

Et je me demande si ce n’est pas de là que vient le mal-être sourd dans lequel je me morfonds depuis des mois, cette lassitude perpétuelle, cette impression que je n’ai aucune prise sur le temps qui passe de plus en plus vite. Mes expériences sont de plus en plus distraites, de plus en plus interrompues, alors que seule leur intensité me maintient la tête hors de l’eau. J’ai oublié comment recharger mes batteries car l’écran les vide constamment. Le mot d’ordre que je m’étais accordé en janvier pour l’année à venir était ralentir ; quelle blague.

Et si ce n’était qu’une question d’attention. Depuis si longtemps, je justifie cette hyperconsommation virtuelle par son apport intellectuel. Internet, ça a toujours été la source de mon épanouissement, l’accès à la connaissance, le partage de réflexions qui me font grandir. Aujourd’hui, je suis incapable de m’en convaincre encore aussi fort. Les plus beaux enrichissements que j’ai vécus cette semaine étaient bien ancrés dans le réel, que ce soit lors d’une conférence de philosophie qui m’a retourné l’âme ou encore en éclatant de rire à l’unisson avec des centaines d’autres dans une salle de cinéma. L’impact du millier de tweets, photos et autres instantanés que j’ai consommés sur le même laps de temps était bien faible, en comparaison. Et a dévoré bien plus d’heures cumulées. Je me suis observée, ces derniers jours, et j’ai été terrifiée de constater la dépendance, les automatismes, la mécanique de cette petite danse et le constat qu’elle m’apporte bien moins que ce que j’aimerais croire. L’idée de bruit ambiant épuisant auquel je me soumets quotidiennement me paraît de plus en plus évidente.

Alors bien sûr, les choses ne peuvent être aussi manichéennes. Cette semaine, j’ai aussi été fortement portée par des échanges virtuels, par des connexions entre proches qui sont loin, par des liens qui ne tiennent qu’au travers d’un écran. Régulièrement je trouve encore un article, un lien, une vidéo qui m’apportent énormément. Internet est toujours un pilier fondamental de ma personne, et je serais bien mal placée pour retourner ainsi ma veste contre lui. Je crois que la différence réside dans l’intention. Je ne veux plus être esclave de mes automatismes. Du scroll facile pour combler les fausses impressions de vide, du petit shoot de dopamine à chaque moment de creux. Je sais que les moments les plus heureux de ma vie sont atteints dans un état de flow, cet abandon absolu à la tâche en cours qui envahit chaque neurone de mon cerveau sans qu’il se sente éparpillé en milliers d’éclats dispersés. Et la consultation compulsive des réseaux sociaux m’empêche de plus en plus d’y accéder.

Sur la fin de ce trajet en voiture, j’ai ouvert le bloc notes de mon téléphone et y ai vomi ces mots, martelant frénétiquement mon clavier jusqu’à ce qu’on arrive à destination, souriant de l’ironie de mon support. Chaque phrase en entraînait une autre, relâchant de nombreux nœuds dans une réaction en chaîne qui ne voulait pas s’arrêter. Moi qui avais si peur de ne plus avoir de sujets sur lesquels écrire, peut-être ne fallait-il que leur laisser l’espace de s’exprimer.

À la fin de cette année, je fermerai mes comptes Twitter, Reddit, Instagram et Youtube. Seuls resteront les flux RSS, que je purgerai de toute source qui ne me donne pas de réelle raison de la suivre. Cela peut paraître une mesure extrême mais semble être la seule solution pour que j’en mesure réellement l’impact sur ma capacité d’attention, pour ne pas écrire ma vie. Hypothermia redeviendra le cœur de ma vie virtuelle, comme il aurait toujours du le rester.

‪As you finish and clear out old karmic cycles, patterns and timelines, clarity streams in. We are blocked to a lot of lessons when they are going on. Hindsight is always stronger. Go easy on yourself, you didn’t know any better, because you weren’t supposed to yet.‬

Audrey Kitching

12 commentaires

  1. Je me demande comment tu fais pour écrire un si bel article sur un bloc-notes de téléphone…

    Ma concentration a également beaucoup chuté depuis l’apparition du smartphone dans ma vie (j’ai lutté jusqu’à l’automne 2017 quand même…) mais constate un problème différent du tien. Bien que je parvienne à maintenir la lecture de livres à un rythme que je juge correct, je suis devenue une grande flemmarde pour l’écriture…Instagram est d’ailleurs devenu l’indigne successeur de mon blog.

    J’ai vu cette jolie vidéo le week-end dernier et elle fait écho à ton article.
     

    Video Thumbnail

    Bonne semaine et bon courage avec la cure numérique !

    • Je te rassure, l’article n’avait de loin pas cette forme dans mes premières notes ;) Il s’agissait avant tout pour moi de capturer un flux de pensées à grands renforts d’abréviations, de phrases fragmentées et d’autocorrections hasardeuses. Lorsque j’ai une idée qui semble se dérouler dans plusieurs directions en effet avalanche, l’essentiel pour moi est de capturer un maximum de matière première que je peux retravailler par la suite à tête reposée. Beaucoup de mes articles commencent de la sorte, par des notes qui partent dans tous les sens dans mon téléphone ou sur un bout de papier – de quoi libérer mon esprit pour pouvoir mieux me concentrer sur la forme dans un deuxième temps.

      Tu soulèves un point auquel je n’ai pas encore beaucoup réfléchi, qui est de savoir en quoi cet environnement numérique hyperstimulant affecte non pas notre consommation d’information, mais aussi notre production créative. Tu dis que l’effort d’écriture t’est de plus en plus coûteux – pourtant Instagram semble te donner un espace d’expression qui te convient ? Qu’est-ce qui d’après toi le rend « indigne » ? C’est une question de plateforme, ou tu es moins satisfaite de ce que tu produis ?

      Cette vidéo de Dirty Biology est absolument formidable ! Cela fait longtemps que je ne suis plus vraiment ce qu’il fait, et j’ai été bluffée par la beauté des images qu’il a tournées pour illustrer son propos. J’y retrouve des arguments du bouquin auquel je suis en train de me remettre, Eloge de la fuite d’Henri Laborite. C’est un neurobiologiste qui essaie entre autres d’expliquer en quoi notre structure sociétale et nos comportements individuels sont dictés par notre évolution – une lecture merveilleuse bien que ardue. Merci beaucoup d’avoir partagé cette vidéo en tout cas qui complémente très bien mon article :)

      • Pour répondre à ta question, je trouve qu’Instagram offre moins de possibilités d’apporter « sa touche » à sa page. Chaque compte a la même page blanche, avec 2 lignes de bio et je trouve les échanges moins profonds que sur un blog.

        Il me rappelle Tumblr, l’utilisation que j’en faisais il y a des années, en étant une version « raccourcie » de mon blog, qui permettait d’échanger des idées fugaces et souvent courtes.

        J’utilise Insta essentiellement pour garder une trace des visites culturelles que je fais, mais je n’échange pratiquement plus sur des livres ou des films. Je pourrais le faire, en effet, mais sur ce RS, le visuel prime sur la description et puis…la flemme :P

        Contente que la vidéo partagée t’ai plue, je l’ai trouvé sublime et l’ai regardée deux fois de suite lors de sa sortie.

        Je ne sais pas vers quoi on va, mais on y va ! :P

  2. Récemment j’ai essayé de passer une semaine sans Twitter ni Instagram. J’ai tenu 4 jours sans Instagram et la semaine complète sans Twitter, et en me reconnectant j’ai fais le grand ménage dans les compte que je follow. Je ne me vois pas m’en passer complètement parce que j’ai l’impression que la balance enrichissement/temps perdu penche encore du bon côté, mais pour ce qui est de mon incapacité à me concentrer sur quoi que ce soit sans avoir le réflexe de prendre mon téléphone, c’est définitivement un problème. (Et pendant mes quelques jours de « cure » je me suis rabattue sur Animal Crossing, sur lequel je passe aussi un temps considérable x) ) J’essaie de m’auto-corriger au maximum quand je m’en rends compte, et j’ai l’impression que j’ai de plus en plus de facilité à me dire « non, tu focus sur ton film/livre et tu lâches ce téléphone » mais c’est loin d’être parfait.

    En tout cas j’admire ta décision de carrément fermer tes comptes, nul doute que tu vas y gagner, si ce n’est que pour la concentration.

    • J’identifie bien les tentatives de mesure que tu décris et que j’ai déjà testées à plusieurs reprises : essayer de se distancier des réseaux sociaux en s’imposant des limites horaires, en éliminant les raccourcis des pages d’accueil, en ne gardant pas le téléphone à portée de main ou encore en réduisant consciemment le nombre de comptes suivis. Hélas, ça me donne une douce illusion de contrôle qui n’a jamais tenu très longtemps, et au bout de quelques semaines je retombe irrémédiablement dans mes anciens travers. C’est pour cela que je souhaite prendre une mesure aussi drastique désormais, une décision irrémédiable qui peut-être, me sera un déclic suffisant. Anne m’a partagé ce compte-rendu de Ploum après un mois de déconnexion qui me conforte immensément dans ce choix.

      Par contre j’essaie de ne pas être naïve en me disant que ça sera la solution miracle à tous mes problèmes : tout comme toi qui t’es rabattue sur un jeu vidéo, je ne doute pas que je « comblerai » par d’autres travers bien moins productifs que ce que je souhaiterais. Mais au moins, je l’espère, qui seront moins des automatismes et seront plus délimités dans l’espace et le temps.

  3. J’aimerais bien répondre quelque chose, mais je me rends compte que ça n’aurait pas d’intérêt, parce que je ne connais pas ce dont tu parles. Alors j’imagine que ça ferait juste style « j’comprends pas pourquoi les gens font pas comme moi » :D

    Alors à la place, je vais juste te souhaiter d’être courageuse et déterminée, parce que tu as l’air de rechercher ces deux caractéristiques pour le moment. Je t’envoie plein de bonnes ondes ! (je suis pas persuadée que c’était la meilleure image à utiliser, en l’occurrence ;P)

    • Je souris de lire que certaines personnes comme toi semblent encore épargnées de ce fléau qui, je l’espère, ne vous rattrapera pas de si tôt ! Comment perçois-tu du coup cette « addiction » à laquelle se soumet la plupart de ton entourage ? Mise à part l’incompréhension, t’en sens-tu affectée en étant en dehors, par exemple en impactant tes relations sociales ? En tout cas j’accepte volontiers tes bonnes ondes, l’image est au contraire absolument excellente ;)

      • À vrai dire, si je veux être parfaitement honnête, ce sujet me provoque toujours en premier lieu un haussement d’épaules un peu méprisant – j’ai été pendant des années une personne extrêmement jugeante, parce que trop seule je pense. Mais j’ai fait beaucoup de progrès :S

        J’ai souvent l’impression que les accros au numérique se dédouanent de la bizarrerie du truc en se disant que « c’est pareil pour tout le monde. » Mais, bien que force me soit de constater que mon expérience n’est aucunement représentative en termes de statistiques, personne dans mon entourage n’est addict à son portable ou aux réseaux sociaux ou aux fils d’information… Bref, à « tout ça ». Ni ma sœur ni mon conjoint ne sont sur les réseaux sociaux, et si j’ai quelques amis qui ont un compte Facebook, j’ai l’impression que leur usage reste très ponctuel (en tout cas je n’ai pas la sensation qu’il m’exclue de quoi que ce soit). Nous prenons des nouvelles les uns des autres en passant un coup de fil ou en envoyant un long mail. À ma connaissance, personne dans mon entourage n’a de compte Twitter ou n’en suit un. Quant à mon milieu professionnel, tout passe par e-mail, aussi si quelqu’un met la main sur une ressource intéressante, c’est de cette manière qu’elle circule.
        Bref, tout ça pour dire que je ne saurais dire si être en dehors m’affecte d’une quelconque manière.

        Mais je pense toucher du doigt ce qui nous différencie et qui pourrait expliquer mon incompréhension : c’est le mot « productivité », qui me semble revenir souvent dans tes récents écrits. Ces dernières années, j’ai souvent vécu mon absence de productivité avec une angoisse diffuse et un sentiment de culpabilité bien ancré. Je m’en suis débarrassée quand j’ai compris que ce critère ne me correspondait pas, que pour une raison ou une autre il faisait partie de ces impératifs sociétaux dont je n’avais que faire, mais que je n’avais pas encore eu la force de refuser pour autant. Ça m’a fait tiquer quand tu as écrit : « Quand me suis-je plongée pour la dernière fois dans un livre sans évaluer au préalable son ratio apport intellectuel / nombre de pages ? » car je me suis rendu compte que je n’avais pas comme toi cette soif d’emmagasiner. Je ne lis pas un livre pour son apport intellectuel, je le lis parce qu’il nourrit mon imagination et exalte mes émotions. C’est aussi la raison pour laquelle je ne considère absolument pas le temps passé dans un jeu vidéo comme du temps perdu que je pourrais consacrer à quelque chose « d’utile ». La notion d’utilité est vide de sens, pour moi.

        Après, ne nous leurrons pas : je ne suis pas sur les réseaux, mais il m’est déjà arrivé de perdre une après-midi sur VDM et ça, c’est réellement une perte de temps pour moi. J’enfile du contenu parfaitement vide parce que je me sens moi-même vide et ça entretient le cercle vicieux. Donc, maintenant, quand je sens que mon réflexe va être d’appuyer sur « actualiser » ou pire, d’aller lire des vdm ou des bashfr en mode aléatoire alors que je les connais déjà toutes, je sors de mon bureau et je vais prendre un livre.
        Et au boulot, je n’ai aucune tentation de ce genre : soit je suis debout devant une classe, soit je glande dans ma voiture, mais je n’ai pas internet sur mon téléphone donc je n’ai de toute façon rien d’autre à faire que lire ou écouter la radio :)

  4. Cet article de blog reste quand même la preuve qu’il te reste de belles capacités de concentration. :)

    Plein de choses et de réactions mêlées à la lecture de ton article ; je commence en vrac (sinon, je repousse à jamais le moment de commenter) : j’avais lu je ne sais plus où que la capacité de concentration était aussi liée à l’âge ; comme on a grandi avec l’essor du monde numérique, il est difficile de faire la part des choses, mais ça peut se garder à l’esprit comme quelque chose de rassurant (ou non :p). On a tendance je crois à idéaliser notre capacité de concentration telle qu’elle était avant les réseaux sociaux (contre ça, je me rappelle le nombre de fois où j’ai regardé l’horloge ou écrit des mots en cours, pourtant calibrés sur des laps de temps d’une heure).

    En revanche, ce qui change beaucoup avec les réseaux sociaux, c’est le temps accordé à la rêverie ; plutôt que de prendre le risque de s’ennuyer seul, on s’abrutit de contenus divers et avariés. Je le fais aussi, et j’admire la solution radicale que tu te proposes. J’en reste pour ma part à un stade où j’épure régulièrement les comptes Twitter que je suis (je me suis fait une liste « More Twitter » pour pouvoir retrouver si je le souhaite les personnes que j’unfollow et dont j’aurais sans cela du mal à me désabonner : je ne la consulte à peu près jamais). Il me reste encore à réguler mon rapport à Instagram ; autant les photos de voyage et de quotidien ne me happent pas particulièrement, autant les vidéos de danse sont un abîme de perdition sans fin (j’ai également développé une fascination pour les vidéos d’aquarelle, que je trouve pour le coup hyper apaisantes à regarder, avec l’encre qui se diffuse et se mélange lentement).

    Bref, complètement d’accord sur le bruit à fuir, qui vide le divertissement de son aspect divertissant. Ne sois pas trop dure avec toi-même pour autant : regarder le ratio apport intellectuel / temps de lecture d’un livre n’est pas absurde, par exemple, vu que l’on dispose d’un temps limité. Et dans l’abandon d’une lecture entre aussi le fait que l’on sait peut-être aussi mieux avec le temps ce qui vaut la peine d’être poursuivi ou non. Quelque part, le poison du multitasking frénétique contient son antidote, puisqu’on finit par se désintéresser de ce que l’on consultait sans raison.

    • N’oublie pas que tu ne vois pas l’envers du décor ;) La rédaction de cet article a été beaucoup trop interrompue alors que j’aurais été bien plus efficace et pertinente à m’y immerger pleinement. Je suis convaincue que j’aurais mis bien moins de temps à l’écrire si je n’avais pas fait plein de choses en parallèle. J’aimerais vraiment réussir à éliminer mon impression que je sais faire du multi-tâches sans que ça m’affecte parce que, clairement, c’est un beau mensonge que je maintiens là.

      Un des points qui m’a le plus surprise dans le documentaire que je citais était de découvrir que les plus jeunes, qui ont pourtant grandi avec l’émergence du numérique, n’y sont pas plus adaptés que les plus âgés : leur capacité de concentration en est toute autant affectée. C’est le phénomène d’accélération qui m’inquiète en particulier, la sensation de compression de ces moments de concentration qui me paraissent de plus en plus fugaces et difficiles à maintenir. Je suis d’autant plus curieuse de découvrir si c’est quelque chose sur quoi je sentirai une amélioration au fil des mois, ou si c’est un mirage.

      Complètement d’accord avec toi sur « le temps accordé à la rêverie » qui est si sous-estimé et pourtant si essentiel ! Il y a quelques années, j’avais suivi un MOOC sur « Apprendre à apprendre », autrement dit mieux comprendre comment notre cerveau fonctionne pour améliorer notre capacité d’apprentissage. L’élément principal que j’ai retenu de ce cours était la notion de « focused mode » et « diffused mode » du cerveau. Le mode diffus est la capacité à laisser les idées et connaissances flotter en arrière plan pour mieux pouvoir les intégrer et les connecter avec d’autres éléments retenus plus éloignés. Cet article le résume assez bien, et pour revenir à ton propos je suis convaincue qu’on laisse hélas de moins en moins de place au mode diffus – ou à la rêverie – qui est pourtant incroyablement important (et ma phase préférée de préparation pré-article par exemple ^^)

      Tu vois, mon signal d’alarme est venu lorsque j’ai réalisé ne plus être capable de « me désintéresser de ce que je consultais sans raison », conservant ces multiples flux par habitude et réconfort sans admettre le bruit toxique qu’ils génèrent. Merci en tout cas de m’inciter à plus de bienveillance, là où actuellement je suis en mode commando. Je suis curieuse de découvrir comment je vais m’adapter au fil du temps à ces changements. Je sais que je ne vais pas me transformer en machine de guerre pour autant du jour au lendemain et je ne dois pas en être déçue ; j’espère tout de même constater une certaine amélioration de mon état d’esprit !

  5. J’ai fermé mon compte Instagram un peu avant cet été je crois. Ça ne me manque pas et je consulte l’interface web de temps en temps pour avoir des nouvelles de deux personnes que j’aimais suivre sur leur blog qu’elles ne mettent plus à jour.

    Je réfléchis depuis un moment à supprimer Twitter (et peut-être même son équivalent Mastodon) parce que j’ai le sentiment que les réseaux sociaux ne m’apportent pas suffisamment par rapport au mal qu’ils engendrent chez moi. Je n’échange pas assez à mon goût sur ces réseaux de toute façon.

    J’hésite encore pour Twitter car il y a quelques sujets (handicap notamment) qu’il me semble intéressants de suivre là-bas, ces personnes n’ayant pas de blog, mais je découvrirais peut-être d’autres sources équivalentes.

    « Hypothermia redeviendra le cœur de ma vie virtuelle, comme il aurait toujours du le rester. ».

    Je suis loin d’avoir le même rapport que toi avec mon blog ni d’avoir construit un espace d’échange tel que le tien, mais je ressens aussi le besoin de recentrer ma vie numérique autour de lui et de moins m’éparpiller.

    • Tu vois, un exemple parfait (et un peu inquiétant, j’en suis désolée) est que je n’ai absolument pas réalisé la disparition de ton compte Instagram, là où celle de ton blog m’aurait bien plus interpellée. Je me dis que c’est peut-être du au fait qu’on ne se connait pas beaucoup, mais je ne pense pas que ça soit la seule explication. Par exemple, je me souviens très bien de tes petites vidéos de harpe qui me plaisaient beaucoup, mais le bruit environnant était tel que je n’y ai pas remarqué ton absence subite. Ça me fait sacrément cogiter…

      Une solution que j’envisage pour les quelques flux de réseaux sociaux qui me sont vraiment importants (en général de proches dont je n’ai de nouvelles que par ce biais) est de les basculer en flux RSS, en faisant bien attention à ne conserver que ceux qui m’apportent autant qu’un blog par exemple. Ceci dit, je vais devoir faire très attention à ne pas surcharger mon lecteur de flux RSS en centralisant toutes ces sources extérieures, ce qui ne ferait que déplacer le problème.

      Ta dernière phrase résume parfaitement ce que j’espère tirer de cette démarche, et je te souhaite fort d’y parvenir également. Au plaisir de te retrouver dans ton chez-toi virtuel pour le coup :)

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