Quotidien exquis

Il aura fallu six mois pour que le rythme d’une nouvelle vie se stabilise enfin. L’équilibre du quotidien se mesure dans les jours qui s’y confondent, rythmés par ces nouvelles habitudes qui ont pris racine. On est bien chez soi lorsqu’on peut s’y complaire en toute inertie sans dissonances. Ces dernières semaines ont été merveilleuses de plaisirs simples dont je vais peupler cet article. Un ton bien léger qui m’éloigne des crises d’angoisses existentielles à chaque nouveau post ; qui va s’en plaindre ?

Nous avons accroché les derniers cadres au mur, et l’appartement me paraît enfin complet. Les étagères se sont remplies de talismans personnels dont j’ai besoin de m’entourer pour me sentir chez moi, loin de toute aspiration minimaliste qui semble coloniser tout Internet et me file des sueurs froides. J’ai essayé de suivre le courant en me disant que, cette fois-ci, mes bibelots seront soigneusement conservés dans un carton à la cave mais the heart wants what it wants, et tant pis si cela me contraint à vivre constamment sous une fine couche de poussière et de poils de chat.

Olaf grandit à vue d’œil et son éducation est parfois si éprouvante que je me demande comment quiconque peut aspirer en toute conscience à devenir parent. J’ai toujours ce pincement au cœur de me dire qu’il passera toute sa vie entre quatre murs, loin de connaître l’ivresse de grands espaces, et sans doute sans jamais côtoyer de congénère de son espèce. J’essaie de me raisonner en constatant qu’il semble loin d’être malheureux, à roucouler en dévorant sa gamelle ou à ronronner comme un petit moteur dès qu’on lui grattouille le ventre.

(Parlant de chat, ma saga de fin d’été est sans aucun doute le sauvetage de Penny par Jack Parker qui me tient en haleine tous les soirs tant l’avenir de ce petit chat est incertain – si vous avez quelques bonnes ondes en rab, c’est le moment de lui en envoyer.)

Le chat est, je pense, le sauveur du projet 365 que je tiens depuis début d’année sur Instagram et qui se casse la gueule depuis de nombreuses semaines. J’avais déjà abandonné l’exercice en 2015, mais j’ai souhaité renouveler le challenge parce qu’après tout, la folie est de toujours se comporter de la même manière et de s’attendre à un résultat différent, n’est-ce pas ?

J’en partagerai sans doute les conclusions vers la fin de l’année, mais ce que je peux déjà écrire est qu’au delà de l’intention « créatrice » initiale de me forcer à générer une photo par jour, ce défi me révèle avant tout que mon quotidien est fondamentalement ennuyeux. Je lutte de plus en plus à trouver quelque chose digne d’intérêt d’être photographié tant au final je suis les mêmes cycles jour après jour. Le souci, c’est que je me surprends à juger cette routine de façon négative, en regrettant que ma vie ne soit pas assez riche ou mon esprit pas assez créatif pour pouvoir produire une image quotidienne qui me satisfasse. Et ce jugement de valeurs est en déconnexion totale avec la réalité puisque j’ai l’impression de vivre actuellement un état de sérénité que je n’ai que trop rarement connu.

Encore une fois en m’attelant au clavier aujourd’hui, j’ai eu cet accès de panique du weekend à me dire qu’ohlala, je n’avais rien d’intéressant à partager sur le blog. Ce signal d’alarme résonne en écho d’article en article, et s’avère toujours infondé une fois que je réalise être déjà à plusieurs centaines de mots dans l’écriture. Parfois encore je me prends au piège en me disant que je n’ai rien fait les semaines passées qui soit digne d’être partagé ; je crains que le standard que j’appliquais à mes articles commence à se diffuser pernicieusement dans ma vie. Me faisant croire que si les moments ne valent pas la peine d’être partagés, c’est qu’ils ne valent pas la peine d’être vécus – et c’est terrifiant de réaliser que cette association que j’ai pourtant toujours rejetée s’infiltre dans mes pensées malgré moi.

J’entends déjà Aleks au loin qui m’inciterait à balancer un bidon d’essence sur ces pages pour y foutre le feu, mais je reste persuadée qu’un équilibre peut se trouver, puisque je suis déjà bien engagée dans cet article qui partait pourtant de rien – et je prends plaisir à l’écrire et à l’illustrer, passée la première vague de panique que j’aimerais pouvoir faire taire à jamais.

Alors oui, je produis moins, et je me nourris moins. Je lis moins, je regarde moins de films, mon temps libre est empli de divertissements plus simples et moins vendeurs. Les weekends dont je pourrais profiter pour découvrir les merveilleux paysages Suisses sont passés à larver en slip sur le canapé, et ça me fait du bien. Même si, en arrière plan, ça cogite toujours sévèrement, et pas toujours dans le bon sens.

Je suis toujours tiraillée entre le bonheur de m’abandonner au niveau zéro du divertissement et la culpabilisation de ne pas être productive sur mon temps libre. Un article sur l’happycratie, cette dictature du développement personnel, m’a fait pas mal réfléchir puisque j’ai l’impression de vivre au cœur de cette contradiction : Si je me levais à 6h tous les jours, que j’enchaînais méditation, yoga, petit déjeuner hyperprotéiné, lecture, piano et que je me tenais éloignée de tous les réseaux sociaux, je serais la personne la plus accomplie du monde. La réalité est que je ne tiens pas la distance et retombe bien trop vite dans mes travers, à me coucher beaucoup trop tard suite à des heures passées à traîner devant les écrans, et à partir le matin en retard à manger des petits gâteaux sur le pouce.

Je me plains sans cesse du fait que je n’ai le temps de rien, que le 9h-19h de mon boulot dévore toute mon énergie, et que je devrais ne pas être trop dure avec moi-même lorsque je cède à la facilité d’une soirée léthargique. Pourtant je sens à quel point cette variation de rythme a un impact sur mon corps et sur mon esprit puisque je suis d’une énergie débordante les jours où je me reprends en main. À l’inverse, mon moral est au plus bas dès que je me relâche et que retombe dans la facilité lobotomisée. Où placer la juste limite ?

Pour essayer de trouver où est-ce que je pourrais gratter un peu de temps libre dans ma journée, j’ai installé une appli sur mon téléphone qui mesurait le temps que je passais au quotidien sur chaque application. Je m’attendais à prendre une certaine claque dans la gueule bien sûr, mais après quelques semaines, la réalité du graphique qui se présentait devant moi était plutôt de l’ordre du parpaing propulsé en pleine face. Instagram, Reddit et Twitter se font la part belle en me dévorant en moyenne deux heures au quotidien. À une époque, je pouvais justifier ce temps en me disant que c’était un apport culturel qui me ressourçait, un puits d’inspiration qui m’enrichissait. Aujourd’hui, je ne suis pas sûre de pouvoir en tirer les mêmes conclusions, en pensant à toutes ces matinées/soirées passées à scroller sans rien en retenir.

Lorsque la souris est venue chez moi et m’a parlé avec enthousiasme de Twitter, j’ai ai été prise d’une certaine nostalgie de cette plateforme. J’ai alors pris la résolution d’y être un peu plus active en y partageant quotidiennement un lien du web que je trouvais intéressant. J’ai du tenir une semaine ou deux avant de réaliser que je galérais à trouver chaque jour une ressource que je jugeais digne de partager, et ce malgré ma consommation de contenu. Dans la balance qualité vs. quantité, le déséquilibre est flagrant.

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Ce qui a fini par enfoncer le clou était le visionnage de The cleaners, documentaire qui m’a été ironiquement partagé via Twitter, et qui décrit comment s’opère la censure sur les réseaux sociaux : par des personnes en chair et en os, en général issues d’un pays sous-développé. Ces employés passent toute leur journée à se farcir les plus horribles merdes publiées sur Internet et à devoir décider pour chacune d’entre elles si elle peut être partagée ou si elle doit être censurée. Le documentaire est incroyable par sa variation d’échelle, montrant à quel point un tel travail dévaste psychologiquement ces travailleurs de l’ombre, tout comme il exemplifie à quel point une telle censure s’avère être terriblement dangereuse pour nos sociétés.

Sitôt le film fini, j’ai endossé mon armure de nihiliste renforcée, à grands coups de No shit Sherlock et autres De toute façon ça fait longtemps que l’humanité est foutue. Mais ce documentaire m’est revenu en tête à chaque fois que j’ouvrais une appli sur mon téléphone. Un sentiment de malaise comme une overdose de junk food. Ça fonctionne par phases chez moi, il arrive toujours quelques fois l’an où je suis prise d’un besoin subit de grand ménage virtuel et où je me désabonne d’une flopée de flux que je suis par automatismes sans véritable intérêt. Vu que le cycle recommence sans cesse et que je n’ai toujours pas trouvé du solution au problème, je crois que j’aimerais franchir une étape supplémentaire en virant mes comptes Instagram et Twitter, même si le FOMO me brûle les doigts. J’aimerais me dire que je compenserai amplement les rares éléments ratés sur ces réseaux par la quantité d’autres découvertes qui rempliront peut-être un peu plus intelligemment mon temps libre (c’est beau de rêver, non ?)

Toi aussi, choisis ton pins préféré anti-foi en l’humanité

Article fleuve oblige, il est temps de compenser ce négativisme en partageant certaines de ces découvertes regénératrices qui ont été de chouettes sources d’enrichissement ces dernières semaines. La première est un train vidéoludique que j’ai pris bien après tout le monde, et une immense claque à laquelle je ne m’attendais pas du tout.

Je venais de terminer Horizon : Zero Dawn dont l’univers m’a beaucoup plu initialement : vous y incarnez Ayla Aloy, une sorte de guerrière tribale dans un monde post-apocalyptique dominé par les machines, et où l’humanité est revenue au niveau de la préhistoire. Là où le jeu m’a d’abord captivée par son idée originale, j’ai été surprise au fil des heures d’en avoir une impression assez froide. Le jeu est très bien fichu, les mécaniques sont plutôt bien huilées et l’histoire est assez recherchée, et pourtant passé le plaisir de la découverte, j’en ai été plutôt blasée. Les personnages sont au final assez stéréotypés, et l’univers très riche au premier abord est vite enfermé sur son histoire principale qui ne m’a pas vraiment prise aux tripes. La claque vidéoludique que je mentionnais, ce n’était donc pas celle-ci. Dommage.

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Un jour où K m’a récupérée à la sortie du boulot, il m’a négligemment dit « Tiens, regarde sur le siège arrière dans le sachet FNAC, il y a un truc pour toi ».  C’est ainsi que God of War m’est tombé dans les mains et a absolument dévoré tous mes weekends depuis. Elle est là, la gifle, et elle résonne encore à mes oreilles. Ce jeu est absolument parfait, et se voit propulsé sans hésiter dans ma courte liste de jeux vidéo préférés de tous les temps. Il remplit parfaitement tellement de critères que je ne sais par où commencer pour le décrire, et je rejoins sans bémol les critiques unanimes qui l’ont encensé.

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Il y a tout l’univers inspiré de la mythologie nordique, que le jeu s’est complètement réappropriée pour la diffuser dans le moindre de ses détails, qu’ils soient scénaristiques ou graphiques (Kekow, j’attends ton Historyboard à son sujet de pied ferme !) Il y a la difficulté des combats juste assez dosée pour mériter de sacrées crampes aux doigts tout en permettant à chaque victoire d’être un accomplissement, sans tomber dans une torture injustifiée à la Dark Souls. La courbe d’apprentissage est parfaitement équilibrée et je trouve que le jeu sème parfaitement au fur et à mesure de son déroulement de nouvelles mécaniques qui le renouvellent sans cesse. Il y a l’histoire de Kratos et de son fils Atreus, aux ficelles émotionnelles certes un peu faciles mais qui fonctionnent tellement bien que je suis complètement investie dans la quête de ces personnages. Il y a enfin les graphismes d’une qualité telle que je me suis exclamée haut et fort dès les premières secondes de jeu, et je me surprends régulièrement à faire des pauses dans l’histoire juste pour en contempler la beauté. Le jeu est riche en contenu sans être répétitif, est chouettement long et incroyablement immersif : bref, loin d’un Final Fantasy XV ou d’Horizon : Zero Dawn, s’il n’y a qu’un seul jeu récent auquel vous devez absolument jouer, c’est celui-ci.

Sans transition, la deuxième découverte que j’aimerais partager est le travail de Tyler Thrasher, un artiste que je suis depuis longtemps et dont je viens d’acheter le livre, Wisdom of the furnace. Tyler est un alchimiste des temps modernes qui mêle son amour de la chimie à celui de la vulture culture pour créer de véritables œuvres d’art macabre cristallisées, et je dois me retenir à chacune de ses nouvelles photos de transformer ma cave en petit labo dans lequel je ne manquerais pas de mourir asphyxiée par des vapeurs toxiques (l’expérience Zébulon m’a suffi).

Son dernier projet est de réussir à créer de l’opale de synthèse dans un tube à essais, et chaque nouvelle expérience qu’il publie sur Instagram est un pas de plus vers l’accomplissement de cette idée en apparence complètement folle. À côté de ça, il est passionné de plantes succulentes rares, photographie des nus en pleine forêt, compose de la musique house et détourne les guides de sécurité dans les avions à ses heures perdues. Bref, une bien chouette personne de l’Internet que j’ai grand plaisir à suivre.

Le dernier coup de cœur que je voulais partager est le film que j’ai vu hier soir : The endless m’a absolument bluffée. On y suit deux frères qui se sont échappés d’une secte religieuse étant plus jeunes, et qui y retournent pour confronter leurs souvenirs confus et enfin tourner la page.

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Partant d’un registre de drame familial, le film bascule vite vers une étrangeté poisseuse qui flirte entre les styles sans qu’on ne sache vraiment à quoi s’attendre. Le rythme est parfaitement lent puisqu’on ne s’y ennuie pourtant pas un seul instant, l’atmosphère est pesante et oppressante sans vraiment être définissable, et je ne voudrais pas spoiler plus l’intrigue mais le Fossoyeur de Films avait raison en décrivant que le film a merveilleusement réussi à porter à l’écran une ambiance lovecraftienne impossible à rendre en images.

K a été plutôt sceptique sur le dénouement du film et les trous dans son scénario, j’ai trouvé au contraire que le tout s’expliquait bien après quelques cogitations. Certaines scènes très simples me collent encore aujourd’hui à la peau et j’ai vraiment du mal à me détacher de cette histoire. Peut-être cette opposition entre nous rejoint-elle un critique sur IMDB qui résumait le film en un : « Logical thinkers will hate, emotional feelers will like » ?

The Album Leaf – House of the rising sun (feat. Emily Zuzik)

Parlant de cinéma, j’ai enfin posté en commentaire la réponse aux 30 énigmes visuelles que j’ai posées dans mon post précédent ! C’est si chouette de voir que plusieurs d’entre vous se sont pris au jeu :)

Enfin, j’ai passé une grande partie de mes dernières soirées plongée dans des guides de voyage et autres moteurs de recherche puisque je décolle avec K mardi pour New York, profitant enfin de mon cadeau de thèse en vacances estivales à retardement des plus méritées. Doc Martens aux pieds, appareil photo à la main et une liste longue comme le bras de choses à faire : les prochains articles promettent un déversoir d’un tout autre registre, mais toujours tout aussi peu condensé !

8 commentaires

  1. Déjà, je tiens à signaler que j’ai arboré un grand sourire en revoyant cette magnifique composition de Lego. Je suis si content qu’elle soit encore quelque part sur tes étagères !

    Ensuite, concernant Horizon (et sa protagoniste qui s’appelle Aloy, au passage), j’ai ressenti exactement la même chose en y jouant. Partout autour de moi, tout n’était qu’éloge et encensement ; c’est un énorme « bof » pour moi et, en effet, on plus on avance dans le jeu, plus on se lasse. Je pense que c’est le symptôme des open worlds : la narration et le développement des personnages se noie dans un océan de trucs à aller chercher à l’autre bout de la carte pour pouvoir fabriquer une chaussette runique qui te permettra de débloquer la mission suivante.

    Quant à God of War… Rien à ajouter. Quant à un HistoryBoard dessus… Je vais réfléchir. :)

    • Je souris à chaque fois que je les vois, ces Lego : vous nous avez si bien tiré le portrait, ils ont leur place toute méritée chez nous.
      Joli, le lapsus Ayla / Aloy : la première est la protagoniste principale de la série de bouquins « Les enfants de la Terre » de Jean M. Auel que j’ai adorée étant plus jeune, et qui a aussi lieu durant la préhistoire !
      Ton avis critique du jeu qui rejoint le mien me rassure, je me sentais un peu seule à ressentir cette fadeur. Le jeu est sympa hein, mais « juste » ça. Et en enchaînant sur God of War… Y’a pas photo.

  2. Bon voyage new yorkais!

    C’est marrant, j’ai fait le truc du « 1 photo par jour pendant 1 an » et comme toi, est arrivé un moment où je ne savais plus quoi prendre en photo… et ça m’avait un peu affectée, je me disais que j’étais complètement engluée dans une routine pas passionnante… alors que rétrospectivement ( 3 ans + tard), j’adore regarder ces 365 photos et j’adore le fait qu’elles me donnent un réel aperçu de mon quotidien cette année-là. ;)

    • Je suis actuellement dans la même attitude que toi quant à ce challenge ! Je sais que ça me fera très plaisir de revenir sur cette année en images une fois celle-ci écoulée. Toutefois je pense désormais que la charge mentale que ça m’impose n’en vaut pas la peine. En tout cas ce défi m’aura appris / révélé plein de choses sur lesquelles je suis en train de sérieusement cogiter, et c’est ce que j’en espérais ! Parfois c’est en poussant une pratique à l’extrême qu’on en récolte les meilleurs fruits, même s’ils ne sont pas ceux auxquels on s’attendait en en plantant les graines… RDV début 2019 pour le bilan ? ;)

  3. Je ne peux tellement pas te laisser dire « ça » (t’as rien dit, en fait :P) à propos de FFXV ! SInon, je note The Endless, je sens que je vais adorer !

    • Joue à God of War et on pourra en débattre :) J’ai pourtant beaucoup aimé FFXV mais ce jeu a un côté « on va ajouter plein de contenu en faisant des quêtes shopping et autres donjons répétitifs » qui se voit fort, et m’a énormément gavée. L’histoire principale est au final très courte, et les quêtes secondaires inintéressantes au possible – je compare par exemple avec The Witcher 3, où chaque quête secondaire est entourée d’une petite histoire qui la rend très attachante et ne donne pas l’impression de remplir une liste de courses.

      Je suis très curieuse de ton avis sur The Endless ! Recommander ce genre de films est toujours un pari très hasardeux vu qu’on adore ou on déteste… Hier soir j’ai vu le film Resolution qui est le premier des mêmes réalisateurs et qui se déroule dans le même univers. Je suis très contente d’avoir vu ces films dans cet ordre, vu que The endless apporte un super éclairage sur le premier film qui, si je l’avais vu sans sa suite, m’aurait juste profondément frustrée. Bref je m’égare – si tu regardes THe Endless, j’aimerais bien que tu me partages tes impressions !

  4. « Me faisant croire que si les moments ne valent pas la peine d’être partagés, c’est qu’ils ne valent pas la peine d’être vécus ». Cette phrase est une véritable claque, même si je ne crée rien sur internet, je le ressens dès que je dois raconter à d’autres ce que j’ai fait de ma soirée, de mon week-end (cuisiner à 2, regarder un n-ième docu sur les fonds marins, rêvasser beaucoup, se balader parfois et se coucher tôt), l’impression d’insuffisance qui s’instille partout, sans même que cela ne vienne forcément du regard de mes interlocuteurs… Comment faire rempart à toutes ces injonctions inconscientes partout (l’article de Slate m’a vraiment plu, le développement personnel, c’est mon cheval de bataille de cavalière hargneuse et aigrie du moment, tu peux regarder la vidéo d’Antastesia qui met aussi le doigt je trouve sur pas mal de choses symptomatiques et pernicieuses à ce propos. Est-ce que être heureux – au-delà même de cette joie lisse dans des standards consuméristes – devrait-être la valeur suprême des humains ?), à la frénésie du changement si l’on n’y trouve pas du réconfort (votre habitat semble devenir une extension douillette de vos intérieurs), si ce n’est pas notre besoin à ce moment-là ? Les réseaux sont une piste certainement, tant d’informations à « processer » qui viennent à nous ou que l’on va chercher, tous ces possibles, toutes ces personnes, cette conscience du monde aussi (The cleaners a l’air aussi horrifiant que passionnant) qui, si je veux croire qu’elle doit nous libérer, nous (me) rend un peu désemparer (souvent) en tant qu’individu.
    J’aime bien la première photo, j’y suis revenue plusieurs fois avant de voir la complexité de tous ces reflets. Et j’ai bien aimé ce billet qui nous balade d’ici à là au gré des flots, un peu comme ce commentaire dans tous les sens où je m’étale, j’espère sans trop empiéter.
    Merci beaucoup du risque de la sincérité que tu choisis en publiant.
    Je te souhaite de la découverte, de l’ordinaire et de l’extraordinaire à New-York.
    R.

    • Merci à toi R. pour ce commentaire tout doux et riche en réflexions – tu es loin d’empiéter bien au contraire, tu apportes à mon article un regard extérieur complémentaire des plus enrichissants.

      J’ai été surprise de lire que cette culpabilisation insidieuse de prouver que notre temps libre est productif ou accompli habite même une personne qui ne cherche pas particulièrement à le partager, sur un blog ou sur les réseaux sociaux. Je n’avais jamais considéré que ce besoin de prouver nos accomplissements / notre valeur par la rentabilité de notre temps avait aussi lieu dans nos cercles relationnels, et ça me fait énormément réfléchir sur pas plusieurs interactions que j’entretiens dans mes cercles professionnels et privés. Je n’ai hélas pas l’agilité verbale de développer ce point avec précision, mais je le lie curieusement à une notion de consommation de masse qui me semble gangréner nos valeurs individuelles (et j’ai écrit cette phrase avant de regarder la vidéo d’Anestasia que tu cites et sur laquelle je dois encore pas mal réfléchir, puisque je n’ai pas du tout introduit dans ma réflexion une dimension sociale. Ce qui rejoint finalement son argument d’enfermement individualiste si je le comprends bien, même si j’ai un peu de mal à suivre son propos puisqu’elle explore plusieurs directions et balance beaucoup sa véhémence avec du désamorçage de futures réactions).

      Dans mon parcours personnel (et j’ai profité de ces dernières vacances pour y cogiter beaucoup), je réalise être de plus en plus dans une démarche protectrice en me soustrayant un maximum à toutes ces injonctions cachées, même si je sais qu’elles seront toujours présentes. Je suis pratiquement sûre désormais vouloir me retirer des réseaux sociaux – et de la boulimie d’information associée – d’ici quelques mois, et je cherche à m’affranchir du mieux que je peux de ce jugement constant sur la rentabilité de mon temps libre (un automatisme dont j’ai encore le plus grand mal à me défaire). J’ai conscience aussi que le blog y contribue, et j’essaie de transformer ma pratique sur ces pages en même temps que mon état d’esprit à ce sujet. Et ce sont des commentaires tels que le tiens qui m’aident également à approfondir cette démarche et à avancer dans ma réflexion, merci encore pour cela.

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