Autophagie avortée

Ce n’était qu’une question d’organisation, finalement ; je les ai prises la semaine dernière, ces photos qui me tournaient en tête, mais l’intention n’était plus aussi forte. J’en avais déjà digéré l’idée, redirigeant l’énergie de leur inspiration vers un autre exutoire. Ici, elles donnent plutôt l’impression d’un point d’orgue(il), un non-dit qui s’étire jusqu’à perdre son sens, ce dernier se réduisant à la nécessité de passer à autre chose.

Cerveau

Cerveau

« On ne mordra jamais assez dans son propre cerveau » est une devise qui me dévore depuis des années. J’ai lu une immense pile de bouquins de développement personnel, j’ai dépensé des dizaines heures dans un fauteuil de psy, j’ai noirci des centaines de pages pour explorer mes dédales intérieurs. J’y ai découvert des motifs répétés, des failles abyssales, des éclats de lumière et plus je m’y engage, plus je révèle que les embranchements multiples sont en vérité des boucles.

« On ne mordra jamais assez dans son propre cerveau » : je pensais depuis si longtemps que c’était une incitation, je réalise désormais que c’est une mise en garde. Je creuse un puits sans fond qui s’avère être un cercle vicieux. Là où autrefois j’avais peur d’être trop cloisonnée, je sais qu’aujourd’hui mes contours sont infinis, puisque je les dessine en même temps que je les délimite. Les causes deviennent conséquences et réciproquement ; la plasticité de mon esprit le font systématiquement déborder de toute empreinte dans lequel je crois enfin pouvoir le contenir. Chaque nouvelle fondation que je structure en moi-même est une nouvelle brique vers le ciel ; aujourd’hui, l’arbre prend ses racines bien profondément, mais son tronc grince toujours au gré du vent.

J’ai appris avec grande surprise à Pâques que la sensibilité à fleur de peau était en réalité un trait de famille, simplement toujours très bien caché. Il y a quelque chose d’immensément soulageant de pouvoir m’appuyer sur cette hérédité, comme si on m’avait enfin libérée du poids de l’origine, du pourquoi. Je n’avais cesse de vouloir creuser plus loin ; maintenant que j’y suis, je me demande si j’en avais vraiment autant besoin. « C’est dans mes gènes » peut suffire, aussi.

Menton

Oreille

Cheveux

Yeux

Marie décrivait l’impression que lui donnaient mes autoportraits, une sensation « d’enfermement voire carrément de huis-clos avec toi-même ». La thématique était tellement évidente que je ne l’avais jamais vraiment conscientisée, c’est toujours en me confrontant aux mots que je trouve de nouveaux chemins cachés. En image reflétée des comportements familiers : ces mécanismes de fuite dans le cadre, ces contorsions pour rendre certains angles plus confortables. Et en frontal, toujours ce regard d’animal apeuré saisi en pleins phares, cette femme-enfant que je ne reconnais jamais malgré la multiplicité des clichés. « You don’t look like your picture at all ! » s’exclamait un collègue en tenant mon nouveau badge entre les mains. C’est sûrement cette méfiance qui se reflète dans mes yeux. Je n’ai pas eu envie de chercher pourquoi je fais de l’image ma prison. Nulle double lecture, nul sens caché : c’est juste un cliché. Et pourtant, en écrivant ces mots, je fais que confirmer à quel point il m’est facile d’y creuser.

Ralentir, souhaitais-je en début d’année, apprendre à canaliser. En lisant mes conflits bloguesques, ma chère Anne me soulageait : « Tu pourrais publier juste une photo de ce que tu as mangé au petit déjeuner le lundi, que je trouverais ça déjà super cool comme article. » Je peux toujours compter sur toi pour me rappeler le bonheur des choses simples ; voici ce qui m’a rattachée au présent ces dernières semaines.

Il y avait cette balade au bord du lac l’un des premiers jours de printemps où il faisait si chaud que j’ai du enlever mon manteau, et où le reflet des Alpes sur l’eau m’éblouissait. Je ne comprends toujours pas la constance des montagnes dans mon paysage, dont l’immuabilité est un paradoxe dans mon esprit. Je devrais savoir depuis le temps qu’elles sont là, et pourtant à chaque fois, elles me coupent un peu le souffle.

Alpes

Cerisier

Poissons

La saveur du soleil sur ma peau m’a donné envie d’étendre mon confort à mon balcon ; j’ai passé du temps à l’aménager à mon goût, y installant des lattes sombres au sol, une étagère à petites plantations, des lampes à huile improvisées et un barbecue flambant neuf qui a été inauguré le weekend dernier avec grand succès. Je suis absolument fascinée de voir que mes semis de tomate ont déjà donné des petits plants les jours suivants, je suis si contente de constater qu’une plante que je pensais mourante a spontanément créé de nouvelles feuilles et racines, si soulagée que mon bonsaï me dise qu’il a survécu à l’hiver en déployant de nouveaux bourgeons, et je me réjouis de profiter de mes fraisiers durant l’été. C’est comme si j’avais ajouté une nouvelle pièce à mon foyer, toute aussi chaleureuse que l’intérieur que je suis en train d’aménager. Je me sens si bien, dans mon nouveau chez moi.

Racines

Pousses

Django

Semis

Traverser tous les jours la forêt pour aller travailler me montre à quel point j’étais déconnectée de la nature toute ma vie ; j’entends sans cesse des oiseaux que je ne connais pas, je découvre des plantes dont j’ignore le nom, j’inspire les odeurs de sous-bois à pleins poumons et je m’émerveille de chaque nouveau bourgeon que j’aperçois. La forêt est vivante et change de jour en jour, elle respire, elle chante, et je me sens infiniment petite à la parcourir. Je crois l’avoir enfin trouvé, l’équilibre auquel j’aspirais tant.

Chemin

Bourgeons

Pic épeiche

Hache

Fleurs

Géocache

Feuilles

Fleur

Fleurs

En parcourant les routes alentours, j’ai surpris au loin quelques chevreuils. J’ai rapidement constaté qu’ils paissaient à heures régulières au même endroit en lisière de forêt, pas très loin de chez moi. Je me suis récemment inscrite à un club photo qui me permet d’accéder à tout un arsenal matériel ; c’est ainsi que j’ai emprunté un téléobjectif pour le weekend, bien décidée à relever le défi de capturer ces animaux en image. Je me suis levée à l’aube samedi pour espérer les trouver dans la lumière du petit matin ; c’était sans compter ma naïveté citadine. Malgré mon approche tout en silence, je n’ai pu apercevoir que leurs arrière-trains moqueurs bondissant vers la forêt pour y disparaître : je n’avais pas considéré le sens du vent révélant ma présence par mon odeur.

Nikon

Je suis retournée plusieurs fois durant le weekend au coin à chevreuils, à l’aube ou au crépuscule ; à chaque fois, l’humiliation s’est répétée, tantôt parce que j’étais repérée bien trop vite, tantôt parce que d’autres éléments perturbateurs faisaient fuir les animaux sauvages. Parfois, les plus jolies choses arrivent lorsqu’on ne les force pas. C’est en plein jour, alors que j’étais dans mon appartement, qu’un mouvement à la fenêtre du salon a attiré mon regard. Ils étaient là, broutant paisiblement à quelques dizaines de mètres de ma fenêtre. L’ancien locataire ne m’avait pas menti : j’ai pu observer à loisir les chevreuils tranquillement installée sur mon canapé, et ai même pu en prendre quelques clichés. J’avais le sourire jusqu’aux oreilles.

Chevreuil

Chevreuil

Chevreuils

J’ai passé des années à chercher à démêler les pelotes de nœuds que je trouvais dans mon esprit ; je pensais qu’en étudier patiemment chaque boucle allait me rapprocher de moi-même. Je ne réalisais pas à quel point je m’en distanciais au contraire, tellement je filtrais mes sens par un écran opaque d’introspection. La tendance au détricotage est bien trop ancrée en moi pour que je m’en défasse de sitôt ; aujourd’hui, toutefois, je me trouve enfin dans un environnement où je ne me sens pas tiraillée de toutes parts. Au lieu de m’acharner sur les fils, j’apprends à relâcher la tension, et découvre que certains emmêlements se défont tout seuls de cette façon. Parfois, les plus jolies choses arrivent lorsqu’on ne les force pas.

Video Thumbnail

We took a walk to the summit at night, you and I
To burn a hole in the old grip of the familiar, you and I
And the dark was opening wide, do or die
Under a mask of a million ruling eyes

10 commentaires

  1. Aleks Crément

    Ce n’est que très récemment que j’ai commencé à lire des bouquins de « développement personnels » de mon côté, et ton article fait écho à plusieurs choses que j’ai lues et qui ont résonné énormément en moi, me donnant l’impression que c’était tout à fait vrai après avoir passé de longs mois à essayer de les appliquer au quotidien.

    La première vient d’un livre de Michael a. Singer qui évoque essentiellement le « vritti » (le yoga mental) et qui te développe tout du long que le moyen d’être enfin serein, épanoui et heureux, c’est de ne surtout pas décortiquer ta psyché, comme celle que tu décris ici sous le terme de « démêler les pelotes de noeuds », et de ne pas te perdre dans ces tourbillons mentaux incessants, en t’expliquant le moyen d’arriver à les arrêter. Es-tu d’accord avec ça aujourd’hui :) ?

    La deuxième est un passage d’un livre sur le minimalisme de Fumio Sasaki qui’ ma énormément percutée lorsqu’il t’explique que ton aptitude au bonheur est composée de :

    50% de capital génétique
    10% de ton environnement/ de tes conditions de vie
    40% de ta propre responsabilités

    Ce sont des données qui ne m’ont plus quittées depuis, puisque j’ai l’impression que tout le monde et moi y compris se concentre et met toute son énergie sur le deuxième ingrédient, alors que tout ce travail a finalement l’impact le plus faible sur ton bien-être. 30 ans à me focaliser sur des objectifs à faible répercussion, c’est vraiment très con. Les 50% de gêne m’ont fait penser à ton soulagement en début d’article, et en te lisant j’ai pourtant l’impression que la Suisse vaut plus que 10% à tes yeux?

    Enfin la dernière provient du docu que tu n’as pas su voir: « The architecture of peace ». Un maître indien expliquait que selon lui les photographies de toi et les autoportraits n’étaient pas un bon process et que chaque fois que tu en prenais/voyais une, cela ne faisait qu’une chose : te perdre d’avantage et répandre la confusion dans ton être. Avec tout ton travail que tu estimes comme thérapeutique avec tes autoportraits, je me suis demandé comment tu aurais perçu cette remarque et j’aurais aimé avoir ton point de vue là-dessus :)

    • Je ne sais ce qu’est le vritti ni s’il s’approche d’une forme de méditation, mais je suis tout à fait d’accord avec ses fondations que tu décris ici : être heureux et apaisé passe par la nécessité de s’affranchir de son ego, ou tout du moins de canaliser les pensées qui tournent en rond à l’intérieur. Toutefois je crains que pour arriver à un tel constat, on est obligé de passer par ces détours introspectifs tortueux : besoin de faire suffisamment le tour de la question pour constater qu’elle n’aura jamais de réponse claire et que seule l’absence de question en premier lieu nous permettra de ne plus nous torturer. Il n’y a que deux choix finalement : continuer dans ces mécaniques autophagiques, ou s’en libérer. Le dernier me parait de plus en plus évident dans ma vie, mais les habitudes sont tenaces, et je pense que j’aurai toujours cette propension à me creuser le ciboulot (ce qui s’apparente à une forme de vanité finalement quand j’y réfléchis).

      Il y a pas mal de temps j’écrivais que je rejetais en bloc la méditation tant elle me paraissait insatisfaisante ; aujourd’hui c’est un besoin que je place en haut de ma liste de toutes ces choses que j’aimerais faire dans ma vie si je n’avais pas une telle flemme de m’occuper de moi et de mon bien-être (l’autodestruction demande quand même sacrément moins de boulot !) Peut-être n’ai-je pas encore assez touché le fond ?

      C’est dingue que mon boulot me mette autant sous les yeux les prédispositions génétiques de chacun sans pour autant que je réfléchisse à leur impact sur ma propre personne (cette confidence familiale à Pâques était vraiment de l’ordre de la révélation pour moi !) Je suis ainsi d’accord avec tes pourcentages, même si j’ai du mal à distinguer le 40% de responsabilité du 10% d’environnement. J’estime avoir la chance de ne pas devoir séparer ces deux derniers, grâce au privilège de mon niveau de vie – la responsabilité est clairement la partie avec laquelle je lutte le plus actuellement.

      C’est depuis que je suis en Suisse que je réalise à quel point le Nord/la ville m’étaient étouffants. Même si je ne vis pas d’un coup dans un Walt Disney, être plus proche de la nature me fait un bien psychologique phénoménal. Peut-être que de se concentrer sur les 10% restants n’est pas si idiot que cela, si effectivement c’est la part qui est la plus facilement accessible / sur laquelle on a le contrôle le plus immédiat ?

      Je ne sais pas comment me procurer ton documentaire mais j’espère mettre la main dessus un jour puisqu’encore une fois, tu tapes dans le mille. Je trouve que la remarque de cet homme sur les autoportraits est très juste, puisque je suis toujours très surprise de découvrir sur chaque photo que je prends de moi-même un trait qui m’est inconnu. Je pensais quand j’étais ado que plus je pratiquerais, plus je me rapprocherais de moi-même ; j’ai appris ces dernières années à quel point ça ne faisait que me confirmer que l’identité est définitivement une notion bien floue et peu délimitable. Toutefois pour le moment je prends encore cela comme un jeu ; peut-être que le besoin s’en fera moins sentir si j’arrive à calmer mes envolées lyriques introspectives ?

      Ce qui me rassure est qu’il y a évolution ; je ne sais pas encore vers quoi ni si j’y parviendrai vraiment, mais je prends conscience des mécanismes de pensée dans lesquels je m’enferme toute seule, et c’est déjà un progrès. Si jamais dans tes lectures tu tombes sur des choses qui te parlent, n’hésite pas à me les partager ; je te fais bien plus confiance niveau ressources culturelles & spirituelles que Doctissimo, et j’imagine avec ce que tu m’écrivais dernièrement que tu as déjà emprunté des sentiers similaires ? Rien que ton commentaire est une vraie mine d’or pour pousser ma réflexion, merci mille fois <3

      • Aleks Crément

        En fait le vritti de ce que j’ai compris s’apparente plutôt à ce mouvement de pensées incessant (souvent très déprimant et qui ne cesse te descendre continuellement) et la maîtrise de celui-ci serait donc une forme de « yoga mental ». Tout le premier paragraphe que tu décris est abordé dans ce livre de Singer que j’ai terminé récemment, il décrit absolument tous les points sur lesquels tu te poses des questions, mais surtout je trouve qu’il y apporte les bonnes solutions.

        De mon côté, je l’ai refermé en me disant que c’était sincèrement la lecture la plus importante de toute mon existence, et moi qui ne relit rien et qui ne garde plus de livres chez moi, celui-là j’ai décidé de le conserver et de l’avoir toujours dans les parages au cas où il m’arriverait d’oublier et de repartir dans des mécanismes qui me font du mal.

        Je te l’amène en mai si tu me promets de ne pas hurler de rire en voyant le titre et si tu ne me jugeras pas affreusement par la couverture abominable qu’ils ont choisi, je te promets que le contenu est vraiment life changing :D

        Je trouve ça formidable en tout cas que tu arrives à mettre les mots et pointer du doigt sur ce qui ne va pas et d’avoir l’optique d’y remédier. Quelques personnes de mon entourage avec un comportement assez autodestructeur n’y arrivent pas du tout et je n’arrive plus à trouver les mots justes ou à adopter le bon comportement pour leur donner des pistes qui me semblent bonnes mais qu’ils rejettent en bloc. Ils disent la même chose que toi au final, que c’est plus simple de se sentir à chier et d’être malheureux que d’avoir les couilles d’affronter le coeur du problème et se sortir de là. Je n’ai aucun argument face à ça.

        Si tu n’es pas prête pour la méditation, il y a plein d’autres exercices qui permettent de déjà lâcher prise progressivement, et des idées de toi-même qu’il faudra abandonner (ah le culte de l’identité et de la personnalité!) On aura tout le temps d’en parler plus tard si le coeur t’en dit :) !

        Je suis d’ailleurs tombée sur une petite vidéo cette semaine qui résume grosso modo l’idée de base, tout converge et tout s’éclaire:

        Video Thumbnail

        Pour les fameux pourcentages, de ce que j’ai compris les 10% de conditions externes signifient que tu peux vivre dans une cave pleine d’humidité ou dans une villa avec piscine, ton aptitude au bonheur à ce niveau-là ne vacille que de 10% dans la globalité. Bon je vais dans les extrêmes, mais dès que tu es devenu un super héros de maîtrise du cerveau et que tu arrives à faire un travail profond sur toi en vivant tes journées avec le bon mindset, ta condition sociale importe peu finalement puisque tu vois n’importe quelle merde qui t’entoure comme un cadeau de l’existence. Ce qui nous amène aux 40% de responsabilité propre, puisque la balle est dans ton camp pour adopter cet état d’esprit, mais pour ça, comme le dit la vidéo postée un peu plus haut, tu dois en faire ta priorité dans l’existence si tu veux que ça change et pour que cela aie des répercussions positives dans ta vie.

        Ton paragraphe sur la photo est dingue, je ne pensais vraiment pas que tu arriverais à ces conclusions et je m’attendais encore moins à les lire sous un article avec d’aussi beaux autoportraits! Je t’avoue que j’avais un peu d’appréhension en te partageant cette réflexion du documentaire, et puis paf! Surprise!

        Vivement bientôt!

        • Tu m’as déjà trop bien vendu ton livre pour que je m’arrête à sa couverture, toute horrible soit-elle ;) Je te l’emprunterai avec grand plaisir, glisse-le dans ta valise !

          On m’a dit un jour que je ne pouvais pas aider quelqu’un qui refusait d’être aidé, peu importe la quantité de solutions que je pouvais apporter – et cette révélation me fait souvent cogiter. J’y ai fort pensé en lisant ce que tu écrivais sur ces proches qui s’obstinent dans leur malheur par confort – et je me reconnais aussi dans ce comportement. Le plus dur est alors de se rappeler que ces personnes choisissent volontairement de rester dans leur situation, et qu’elles y trouvent leur compte d’une façon qui nous est incompréhensible. Le premier pas, tout aussi minime soit-il, doit venir de l’intérieur (et ça rejoint ce que tu m’écrivais sur le végétarisme par exemple).

          En regardant cette vidéo et lisant ton paragraphe sur ces pourcentages, je me suis aussitôt dit « Oui, c’est évident, mais si épuisant ! » et je ne sais pas dans quelle mesure c’est une réalité ou une excuse. Je me dis que toutes ces transformations de façon de penser demandent une discipline et des efforts immenses avant de devenir des automatismes, et c’est cette courbe d’apprentissage qui me rebute – j’ai l’impression que ce « tu dois en faire ta priorité dans l’existence » est incompatible avec ma vie actuelle, ce qui me décourage fort d’essayer de concilier les deux… (d’où ma remarque précédente sur le fait que je n’ai pas encore ressenti un besoin suffisamment fort pour que ça en devienne une nécessité absolue, et je ne sais pas si je dois en être soulagée ou peinée)

          Je ne creuse pas beaucoup ma réponse parce que j’avoue préférer attendre de pouvoir papoter avec toi de vive voix sur toutes ces questions – comme tu le conclues si bien, vivement =)

          PS : J’ai vu que je pouvais louer On Yoga via Amazon, je vais pouvoir le regarder avant ta venue !

  2. N’ayant rien de plus ni d’aussi intelligent à dire que ce qu’Aleks pointait dans son commentaire, j’attendais de lire ta réponse :)
    J’y sens peut-être pour la première fois ici une détermination nouvelle, ou peut-être est-ce une légèreté ? Un peu comme si, foutu pour foutu, tant qu’à être dans la montgolfière, autant lâcher du lest (ne me demande pas d’où me vient cette comparaison idiote :))

    • J’aime bien ton image de montgolfière :) Actuellement j’ai l’impression de me laisser porter au gré des vents, en attendant d’apprendre à savoir les canaliser pour m’emmener là où je le souhaite. Je fonctionne par influences, par résonances, et ces derniers mois ce sont les réflexions d’Aleks ainsi que ce que tu me partageais par mail qui me font beaucoup cogiter. Comme souvent je prends beaucoup de temps pour tout digérer et savoir comment transposer ces cogitations à moi-même sans trop m’y agripper – mais j’aime bien cette sensation, et je suis très reconnaissante de connaitre des personnes qui m’apportent certaines lumières sur mes boucles de réflexion sans issue. Il est trop tôt pour dire si ou comment ça va porter ses fruits, mais comme tu le remarques bien, j’avance à mon rythme sur le sujet =) J’espère pouvoir en rediscuter avec toi bientôt !

  3. Wow.
    Bon, en relisant l’article et les commentaires après un temps de repos, ça se dessine plus clairement.
    Mais quand même.
    Je suis toujours étonnée qu’avec des parcours et des sensibilités artistiques si différentes, on mouline de manière très similaire.
    Même timing de découverte et de prise de conscience. Je me souviens de ma perplexité, la première fois, quand j’ai commencé à comprendre que la méditation ne consistait pas à penser-analyser-ressasser mais au contraire à faire le vide et à laisser les pensées défiler sans chercher à les nouer ou les dénouer. Cela fait un moment que je décante ça, et en regardant les photos qui passent de la cervelle (qui me met franchement mal à l’aise – c’est très réussi dans le genre) à la forêt, en te relisant, ça me paraît limpide : on ne parviendra pas à arrêter le ressassement en l’analysant *une bonne fois pour toutes*, parce que ce ne sera jamais qu’une occurrence du ressassement ; on ne l’arrêtera pas, mais on peut porter notre attention sur autre chose que l’intellect parti en roue libre, en troquant le sens pour les sens. Je le savais sans le savoir (la danse) ; ton rapport à la forêt le rend plus évident encore. À te lire, j’ai l’impression d’entendre un soupir de soulagement mental, comme le soulagement des premiers rayons de soleil qui mettent fin aux contractures hivernales. C’est très chouette à lire ; j’espère que ça va continuer.

    Concernant les autoportraits : je me suis également dit que tu ne ressemblais pas à tes portraits lorsque l’on s’est retrouvées IRL, mais à la réflexion tes portraits ne se ressemblent pas non plus entre eux. C’est plutôt chouette de faire ressortir un trait différent à chaque autoportrait, qui deviennent ainsi moins le reflet de ta personne physique que de ta créativité, à toujours se réinventer à partir des mêmes motifs – moins un enfermement, au final, qu’une manière patiente de grignoter un peu plus de surface d’être. N’est-ce pas, après tout, ce que l’on cherche à partir de l’adolescence : non pas qui l’on est, mais qui l’on peut être et devenir ?

    (Bref, il va falloir que j’aille voir si la médiathèque a le bouquin recommandé par Aleks. Je me suis longtemps tenue à distance de la littérature de développement personnel, perçue comme de la camelote anxiogène, mais je commence à sentir que cela pourrait être bénéfique à petites doses bien administrées. ^^)

    • Le déclic pour moi au sujet de la méditation a été de participer à une série de cours d’initiation proposés à mon boulot : je n’avais aucun effort à faire, et pas grand chose à y perdre. Là, j’ai pu suivre les recommandations d’une instructrice très douce, pédagogue et acceptante (ce dont j’avais vraiment besoin pour baisser ma garde), et j’ai pu lui poser des dizaines de questions. Ce qui m’a interpellée il y a peu était de réaliser que ce cours était sans doute un des moments que j’attendais le plus dans ma semaine : il y a là un besoin de mon esprit auquel je me dois de répondre. Je suis actuellement en plein milieu d’un mélange d’inconfort, de remises en question, mais aussi enthousiaste de jolies perspectives qui se dessinent devant moi. J’espère fort que pour toi aussi, ces réflexions te mèneront vers des sentiers plus tranquilles :)

      Ce qui me plaît dans ton commentaire et que je lie à plusieurs discussions passées avec d’autres personnes est de constater que même si certaines angoisses / questionnements se recoupent, chacun peut se diriger vers une solution différente pour les canaliser. Comme tu l’écris, je me dis que la danse doit être un fantastique vecteur de lâcher prise cérébral, je n’y avais jamais pensé de cette façon !

      Je n’ai jamais réussi à clairement comprendre pourquoi cette obsession de l’autoportrait, mais ceci commence à changer doucement aussi ; au sujet de ma série de négatifs, je me suis surprise à dire que j’étais lasse de voir ma propre gueule. Je crois que cette pratique restera simplement pour moi une zone de confort, un doudou photographique, même si j’apprends de mieux en mieux que je n’y trouverai finalement jamais réponse à mes nombreuses questions identitaires. Je m’en détache, et du coup l’exercice trouve d’autres sens ; constater cette évolution me soulage.

      Au sujet des bouquins de développement personnel, beaucoup sont gonflés de blablas prétentieux sur fond de success stories à l’américaine. Personnellement, lorsque je sens qu’ils tournent de la sorte, je les lis en diagonale en picorant les quelques outils / points d’intérêt qui résonnent en moi sans m’attarder sur le reste. L’avantage est que leur lecture est très facile et rapide, aussi ils se consomment assez rapidement ! Et, parfois, on tombe sur l’un ou l’autre qui sont de vraies révélations, en quel cas c’est un plaisir de s’y plonger plus en détails. Toutefois je m’en méfie beaucoup ; il est facile d’en faire une course à la solution miracle, une obsession à la « si j’applique de A à Z tout ce que prêche ce livre, ma vie sera merveilleuse ». C’est pour cela que j’ai eu une longue période sans en lire aucun, histoire de me défaire de l’idée qu’il existe quelque part une recette secrète parfaite qui répondra à toutes mes angoisses ! Ton approche de « petites doses bien administrées » me semble bien plus saine ;)

      (à quand de nouvelles discussions autour d’un thé ou chez un glacier ? j’aimerais échanger avec toi au sujet de tant de choses qui débordent énormément de cette petite boîte de commentaires !)

      • Oh oui pour une discussion fleuve dans un salon de thé ou chez un glacier ! Il faut vraiment qu’on s’organise cela ; cela me ferait énormément plaisir.

        Les cours de méditation au bureau, c’est assez génial, comme idée. J’ai relancé par mail la prof de sophrologie avec qui j’avais fait un cours d’essai et qui devait trouver un nouveau local, mais pas de retour pour le moment. Je commence aussi à lorgner vers le yoga. Mon cours de danse fétiche s’arrête la semaine prochaine, autant en profiter (je chouine quand même).
        De manière assez amusante, l’opéra occupe chez Palpatine-spectateur la fonction que la danse occupe chez moi comme amatrice. Il m’a confié une fois que c’était la seule activité (avec le code peut-être) qui l’accaparait suffisamment pour qu’il cesse de penser à mille choses en même temps. Et c’est clair que quand on essaye de synchroniser écoute de la musique, lecture des surtitres, déduction de la traduction (si c’est une langue qu’on connaît un peu) et livret plein de quiproquos, ça épuise bien, comme un bon cours de sport. ^^

        Bref : la Suisse ou Paris ?

        • J’aurais bien poursuivi les cours de méditation toute l’année, mais hélas ce n’était qu’une initiation sur deux mois qui s’arrête la semaine prochaine. J’imagine que c’est à moi de maintenir l’habitude, même si j’ai un peu peur que ma discipline ne soit pas au rendez-vous ; il y a quelque chose de bien plus motivant à « avoir le droit » d’interrompre sa journée de travail pour une telle activité !

          Ce que tu écris sur l’opéra pour Palpatine ou la danse pour toi, me fait penser à cet état de flow (état de grâce ?) dont j’ai déjà croisé la définition dans pas mal d’articles et de bouquins. C’est cet état de concentration extrême où tu n’es qu’un avec l’activité que tu entreprends, et où rien d’autre n’existe. Je n’ai pas encore beaucoup creusé le sujet mais cela m’intéresse beaucoup, et j’essaye de plus en plus de prêter attention à de tels états d’esprit comme autant de chemins à développer / activités à encourager.

          Je passe à Paris en coup de vent fin du mois pour le boulot, mais juste le temps d’une correspondance hélas :( Envisagerais-tu une vadrouille en Suisse ? Sinon je passerai peut-être une semaine en Charente en août, je peux sûrement faire un crochet d’une journée par chez toi sur le chemin du retour ! Discutons-en via DM Twitter, cela me plairait énormément également de te revoir :)

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