I see Berlin 2/2

Deuxième et dernier article consacré à nos quelques jours de pérégrination dans la capitale allemande ! Il faut croire que j’ai définitivement adopté le style de compte-rendus que j’ai mis en place pour mon voyage au Japon : des articles immenses, blindés de photos et de vidéos, mélangeant mes expériences et impressions avec des bonnes adresses et un travail de documentation complémentaire. Je me suis replongée il y a quelques jours dans les articles dédiés à mon séjour nippon, et j’avoue avoir ressenti une grande fierté à les redécouvrir. Rédiger de tels compte-rendus me demande un travail immense qui me décourage parfois, mais j’en suis tellement contente une fois qu’ils sont achevés ! J’espère qu’ils vous permettent de voyager par procuration, tout comme ils me permettent la préservation d’une merveilleuse capsule temporelle.

Je concluais l’article précédent par une touche de pessimisme sur Berlin, mais je me permets de la mettre entre parenthèses pour le moment, préférant y revenir en fin d’article. Il me reste en effet plein de chouettes endroits que j’ai découverts durant les derniers jours du voyage, et que je tiens à partager !

Poney

Brandenburger Tör

Toilettes

Affiches

Statisticon

Bonnes adresses autour d’Alexanderplatz

Nous logions non loin d’une des places les plus grandes de Berlin que j’ai trouvée d’une laideur sans nom, entourée de ces immenses blocs communistes, paysage signature du côté Est de Berlin. Alexanderplatz s’est néanmoins avéré un excellent point d’ancrage pour accéder à l’ensemble du réseau de transports de la ville, et surtout pour les excellentes adresses culinaires que nous y avons trouvées (oui, je commence par les bons plans nourriture, on ne se refait pas).

Spreegold

Spreegold

Imaginez la hype d’un Starbucks, enlevez les sandwiches industriels fades et les 3 tonnes de sucre dans chaque boisson, remplacez tout ça par des petits plats maison complets, des boissons chaudes parfaitement dosées et d’incroyables mélanges de jus de fruits frais… Spreegold (Rosa-Luxemburg-Straße 2) se trouve juste à côté de l’Alexanderplatz et a été un véritable coup de cœur. Mon premier petit déjeuner là-bas m’a comblée de mon combo fétiche œufs-brouillés-bacon-salade-avocats avec un caramel macchiato et un jus de fruits rouges frais au gingembre dont je recherche encore la recette aujourd’hui. Les pancakes copieusement arrosés de sirop d’érable y sont tout aussi recommandables, et je ne doute pas que les plats proposés durant les repas de midi et du soir le soient tout autant. Spreegold est devenu notre quartier général quotidien, et je m’enthousiasmais chaque matin d’y savourer mon petit déjeuner en préparant le programme de la journée.

Spreegold

Photo Spreegold

Détail qui a son importance : C’est la première fois que je découvrais dans un restaurant toute une page spécialement dédiée au régime paléo. Je m’intéresse depuis quelques années à ce mode d’alimentation bas en glucides et riche en graisses et protéines, qui m’a été très bénéfique durant les deux mois où je l’ai suivi – avant de décrocher durant les pics de stress de ma thèse, le sucre étant un réconfort bien trop tentant pour moi à cette période. Vu la contrainte qu’impose un tel choix d’alimentation, je salue les nombreuses options paléo-compatibles que ce restaurant proposait, et qui étaient toutes aussi savoureuses que les plats classiques. Cette redécouverte me pousse à me repencher sérieusement sur la question d’altérer mon alimentation actuelle, même si ce régime va totalement à l’encontre de la philosophie végétarienne vers laquelle tendent de plus en plus chacun de mes proches. Cela promet de sacrées discussions à table dans les mois à venir ^^

Cuore Di Vetro

Photo par Veronica Johnsson

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Pour l’heure, le sucre reste toujours présent dans mon alimentation, et bien heureusement puisque c’est une envie sucrée qui m’a fait découvrir une autre merveilleuse petite adresse ! Sortant à 22h d’un restaurant coréen au bibimbap particulièrement épicé, nous cherchions une enseigne encore ouverte où finir la soirée sur un doux dessert. Nous sommes tombés sur Cuore di Vetro (Max-Beer-Straße 33), tenu par un couple d’italiens qui s’est taillé la réputation de créer les meilleures glaces de toute la ville. Leur production est quotidienne, à partir de produits frais, et leurs glaces sont crées en direct dans leur atelier entouré de parois en verre, visible au cœur de la boutique (d’où son nom, cœur de verre). Cette dernière permet au couple d’organiser régulièrement des concerts et de petites expositions d’art, souhaitant encourager une ambiance créative stimulante qui m’a particulièrement plu. Je garde un merveilleux souvenir de cette glace aux fruits rouges savourée au son de bons classiques de Depeche Mode, groupe revenu en avant dans mes oreilles ces dernières semaines grâce à cette chouette fin de soirée.

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Haus Schwarzenberg

Maintenant que les points alimentaires essentiels ont été traités, place aux visites. Dans la digne lignée des lieux abandonnés réhabilités qui semblent peupler toute la ville à mon plus grand bonheur, la Haus Schwarzenberg est un ensemble d’immeubles qu’on ne devinerait pas caché au beau milieu d’un quartier huppé. Seul un petit passage de la Rosenthaler Straße (n°39) permet d’accéder à une succession de cours intérieures emplies de street art régulièrement renouvelé. Derrière les portes et dans les étages se cachent des bars, cinémas, galeries et musées – dont beaucoup nous ont été hélas inaccessibles un lundi (je garde ainsi avec moi le fantasme du Monsterkabinett et de ses animatronics en métal brut qui m’auraient sûrement un peu déçue, mais qui me paraissaient si fascinants).

Je n’ai pas réussi à trouver quelle est l’histoire du lieu – mon allemand étant hélas bien trop rouillé pour décrypter les textes du site officiel – mais j’ai halluciné de voir une telle bouilloire artistique concentrée en plein cœur d’un centre ville. Il est d’ailleurs très agréable de flâner dans les ruelles annexes pour découvrir d’autres cours intérieures – dans un style bien plus classique et art nouveau cette fois.

Haus Schwarzenberg

Haus Schwarzenberg

Haus Schwarzenberg

Haus Schwarzenberg

Haus Schwarzenberg

Haus Schwarzenberg

Haus Schwarzenberg

Haus Schwarzenberg

Haus Schwarzenberg

Designpanoptikum

Le Designpanoptikum est un musée dont j’avais énormément entendu parler lors de mes recherches préliminaires pour ce voyage, sans vraiment comprendre ce dont il s’agissait ni si cela valait la peine de le visiter. Maintenant que j’y ai mis les pieds, je peux dire que le musée en vaut le détour, peut-être bien plus pour son propriétaire que pour les objets qu’il y expose !

Vlad Korneev est un photographe dont la marque de fabrique est de décontextualiser des objets industriels pour en détourner la fonction et les intégrer de façon originale dans des portraits dérangeants, pris avec d’anciens appareils photos argentiques. Au fil des années, l’artiste a accumulé une quantité considérable de ces objets photographiés, tant et si bien qu’il a décidé de les exposer dans son propre musée, le Designpanoptikum, dont il est le seul curateur.

Photos par Vlad Korneev

Quittant ainsi le milieu de la photographie dans lequel il est difficile de survivre en tant qu’artiste, Vlad organise au quotidien des visites guidées dans sa galerie d’objets bizarres, dont bien souvent la fonction est difficile à deviner. Une cuvette de toilettes ? Un réacteur d’avion ? Un sarcophage futuriste ? Là est tout l’objectif de l’artiste : nous faire découvrir des objets banaux sous un autre angle afin de stimuler notre créativité et notre inventivité. « Au pire, si ça ne vous évoque rien, acquiescez lentement en hochant la tête tout en vous caressant le menton. Vous allez gagner 10 points de QI rien qu’en ayant ce geste, comme tout visiteur de n’importe quelle galerie d’art », nous partage-t-il d’un ton mi-moqueur, mi cynique.

La démarche est originale, la multiplicité d’objets insolites est captivante, et le personnage joue bien le jeu. Trop bien, peut-être. Lorsque je lui ai demandé s’il continuait à faire de la photo, il m’a répondu que cette dernière faisait partie d’un temps révolu pour lui : « Maintenant, avec les appareils photos numériques, tout le monde peut prendre tout et n’importe quoi en photo. La photo ne permet plus de voyager dans le temps, ça n’a plus aucun sens pour moi ». Il m’a expliqué trouver le travail de photographe trop répétitif et enfermant ; ce musée lui avait accordé cette chance de ne plus dépendre d’autres galeries d’art pour se faire connaître. « Grâce à ce musée, je suis libre », s’exclamait-il.

C’est cette idée de la liberté qui m’a troublée : cela fait des années que le Designpanoptikum est ouvert, et j’ai eu l’impression que Vlad nous a débité son histoire comme il le fait automatiquement aux dizaines de touristes curieux qui parcourent son musée tous les jours. L’ensemble de ses phrases étaient bien trop fluides, bien trop lissées, bien trop rapides, de ces poèmes qui n’ont plus aucune âme du fait d’être sans cesse répétés. Je ne veux de loin pas décrier la démarche de l’artiste ni ses choix, mais j’avoue ne pas avoir compris où la liberté se trouvait dans cette répétition-là, que l’artiste semble aimer au point d’en avoir abandonné toute pulsion créative. Peut-être car je suis bien trop attachée à l’image pour la délaisser totalement au profit de l’objet… (y a-t-il une interprétation psychanalytique à y trouver ?)

Designpanoptikum

Designpanoptikum

Designpanoptikum

Designpanoptikum

Designpanoptikum

Designpanoptikum

Designpanoptikum

Designpanoptikum

Designpanoptikum

The HAUS

Un événement que je ne voulais absolument pas manquer durant notre séjour à Berlin était The HAUS, à nouveau un endroit abandonné réinvesti par une incroyable initiative culturelle. Cette ancienne banque désaffectée a en effet été prêtée durant quelques mois à un collectif d’artistes de street art qui ont pu investir comme ils le souhaitaient les 108 pièces de l’immeuble. Le deal était que l’endroit ne serait visitable que durant un mois, et qu’il serait ensuite définitivement détruit.

The HAUS

The HAUS

Nous nous sommes naïvement approchés de l’adresse de The HAUS un début d’après-midi, avant de constater que la file d’attente pour y entrer faisait le tour de tout le pâté de maisons ! Nous avons retenté notre chance le lendemain matin, tôt avant l’ouverture, ce qui nous aura tout de même coûté une bonne demi-heure de queue. Vous voulez organiser un événement culturel qui marche ? Rien de plus simple ! Choisissez un lieu non conventionnel, invitez une centaine d’artistes de renom des quatre coins du monde à le décorer, empêchez toute photo à l’intérieur, et détruisez toute trace de votre passage sitôt l’événement achevé. C’est en tout cas ce qui a fonctionné pour The HAUS : aucune photo n’est autorisée à l’intérieur du bâtiment ; on ne sait donc pas du tout à quoi s’attendre avant d’y entrer, très peu d’images du lieu étant diffusées sur le net. Histoire de faire mousser un peu la hype, les organisateurs ont imposé aux visiteurs de glisser leur smartphone dans une pochette en plastique scellée distribuée à l’entrée, afin de renforcer l’esprit privé et unique de la visite. Mis de côté tout le buzz, je doit admettre que cette dernière était absolument incroyable.

The HAUS contient six étages complets dont chaque pièce était un univers à part entière, créé de toutes pièces par un artiste aux inspirations et influences bien différentes de son voisin. L’originalité des œuvres consistent en leur réappropriation de l’espace : on ne passe pas ici devant une galerie de tableaux, on est au contraire invités à pénétrer dans chaque œuvre dès qu’on en franchit le seuil. Notre parcours de l’immeuble a duré trois bonnes heures, passant très rapidement dans certaines pièces qui ne nous parlaient pas, restant de longues minutes installés dans les univers qui nous plaisaient le plus.

The HAUS

The HAUS

The HAUS

Photos : Urban Presents | Vice.com

Personnellement, j’avais beaucoup de mal à m’intéresser aux pièces, hélas nombreuses, dont les artistes se sont contenté de peindre les murs. Toutes aussi magnifiques les fresques étaient-elles – et certaines étaient absolument renversantes – j’ai trouvé très dommage de s’arrêter à deux dimensions, alors que l’intérêt de l’exercice était justement le volume permis par toute une pièce mise à disposition. Ainsi, les œuvres que j’ai adorées étaient sans aucun doute celles qui renversaient la fonction d’une pièce en la restructurant, la changeant de contexte. Il y avait cette fillette en plâtre qui semblait pénétrer dans une forêt. Cette représentation de l’enfance partant du mur et débordant dans tout l’espace en de multiples sculptures en carton. Cette pièce noire emplie de fils pendant du sol au plafond, nous forçant à avancer à l’aveuglette jusqu’à atteindre les peintures éclairées au mur. Cette reconstruction d’un quai de gare, dont le wagon est une toile vierge rêvée pour les graffeurs.

Et enfin, ma préférée qui était pourtant toute simple : une pièce au sol couvert de sable, dans l’obscurité et le silence les plus totaux, jusqu’à ce que deux volets s’ouvrent et laissent apparaître un paysage marin, mélange de projections et de peintures, accompagné d’une ambiance sonore de bord de mer. L’espace d’un instant l’illusion a fonctionné pour moi, et je me suis retrouvée catapultée au bord de l’océan, alors que j’étais au quatrième étage d’une banque désaffectée au cœur de Berlin. Lorsqu’un artiste réussit à me faire oublier que je regarde une œuvre et me plonge dans son univers : c’est là pour moi que l’exercice est réussi.

Puisque nous sommes quasiment en juin et que l’événement ne doit pas tarder à fermer, je n’ai aucun scrupule à briser le mystère et à partager les photos ci-dessus ainsi que ce petit reportage dont le commentaire est raz-des-paquerettes, mais qui permet au moins d’avoir un aperçu de quelques unes des œuvres qui seront détruites incessamment sous peu.

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L’église du souvenir

Non loin de The HAUS, je tenais à passer par l’église du souvenir, , qui m’avait fort marquée lors de mon passage à Berlin il y a plus de 10 ans. Cette église, bombardée durant la Seconde Guerre Mondiale comme une grande partie de la ville, a été conservée dans son état, totalement éventrée, en mémoire de la guerre. Juste en face, une autre église contemporaine a été construite, entièrement couverte de vitraux en verre bleu qui y donnent une ambiance toute particulière.

Église du souvenir

Église du souvenir

Église du souvenir

Église du souvenir

Église du souvenir

Nous avions choisi pour ce voyage de ne pas visiter les musées et mémoriaux qui parsèment tout Berlin en mémoire de la guerre. Il est pourtant difficile de les éviter tant ils font partie intégrante du paysage urbain ! Par exemple, K avait été très surpris de constater que le Mémorial aux Juifs assassinés d’Europe (photo ci-dessous) se trouvait au cœur de la ville. Comme un rappel constant à ses habitants des atrocités que leur peuple a mené durant la guerre…

Il est vrai qu’outre les lieux contemporains et alternatifs autour desquels j’ai axé notre séjour, Berlin contient de nombreux stigmates de cette époque sombre de l’histoire, que ce soit par son architecture ou les nombreux sites touristiques et/ou de mémoire qui y sont dédiés. Il n’y a pas une rue, pas un seul quartier qui ne contienne pas une statue, une plaque commémorative, comme autant de rappels autoflagellatifs de ce qu’il s’est passé à l’époque. Leur multiplicité est-elle significative d’une forme d’absolution ? Je serais curieuse de savoir ce qu’en pense un Berlinois : le devoir de souvenir est certes essentiel, mais K me soulignait à juste titre qu’il devait être pesant de se faire rappeler à chaque coin de rue des atrocités que son propre peuple a causé…

Mémorial aux Juifs assassinés d'Europe

Liquidrom & Potsdamerplatz

Aleks avait écrit avec grand enthousiasme au sujet du Liquidrom de Berlin, et me l’a rappelé à plusieurs reprises lors de nos rencontres du mois de mai comme devant être un passage obligé de notre séjour. Je ne suis pourtant pas grande adepte des spas, souffrant d’un problème de santé qui m’empêche de rester longtemps dans des pièces fortement chauffées ou de l’eau chaude. J’ai tout de même cédé à son enthousiasme en réservant la dernière soirée de notre escapade Berlinoise à deux heures de détente dans ce complexe absolument unique. Qu’est ce que c’était bien !

Liquidrom

Liquidrom

Liquidrom

Liquidrom

Liquidrom

Liquidrom

Photos Liquidrom

Le Liquidrom est un des spas les plus modernes d’Europe, se trouvant dans une petite aile du Tempodrom, cette salle de spectacles à l’architecture si particulière. Au programme ? Des pièces design aux grandes dalles de pierre lisses, de nombreuses salles de massage, plusieurs saunas à différentes températures et odeurs, et surtout ce bassin-cocon d’eau de mer où est diffusée de la musique électro (y compris sous l’eau !) avec des lumières apaisantes. Qu’il était agréable de soulager la fatigue de mes jambes après quelques jours de marche en flottant sur l’eau au rythme des basses, laissant mon esprit errer le long des projections psychédéliques s’étendant sur le plafond…

Lorsque j’ai senti mon cœur faire des siennes, je suis allée m’allonger sur une chaise longue avec un verre de vin blanc frais à la main. J’ai alors curieusement observé tout un groupe de personnes sortir d’un sauna, complètement nues, pour se tartiner le corps d’un gommage au savon noir, qu’elles ont laissé agir un quart d’heure avant d’aller se rincer. C’était un spectacle plutôt surprenant de voir ces personnes de tout âge en tenue d’Ève, recouvertes d’une pâte brune, parcourir les allées du complexe en discutant librement, mangeant un morceau, sortant fumer dans le froid pour les plus téméraires d’entre elles.

J’ai retrouvé là cette banalisation de la nudité que j’avais déjà constatée dans les thermes allemandes où j’allais étant enfant, et qui semble commune à de nombreux peuples nordiques. Être nu en ce genre d’endroits n’est nullement surprenant car le lieu l’impose, les saunas n’étant pas accessibles en maillot de bain. Passée une étape de surprise et de gêne, je me suis à mon tour dévêtue pour pleinement profiter d’une séance de bain de chaleur (d’une durée très courte que mon corps pouvait tolérer), juste de quoi réaliser qu’il y a quelque chose de très apaisant et libérateur dans ce détachement de la pudeur et de notre rapport fermé au corps.

J’étais entrée dans le Liquidrom un peu sceptique, ayant peur de m’y ennuyer – j’en suis sortie totalement détendue et apaisée, sans avoir vu les deux heures passer, et ravie d’avoir réservé cette activité pour la fin du séjour !

Histoire de rester dans la thématique design de la soirée, j’ai ensuite entraîné K vers le Sony Center de la Potsdamerplatz pour boire un dernier verre et profiter des lumières de cette architecture unique que j’aime énormément.

Entre souvenirs et réalité : les bémols du séjour

On arrive ici au bout de toutes les super visites que j’ai faites durant ces cinq jours, et je pourrais boucler mon article ici. Toutefois, je tiens aussi à parler de l’ensemble des points négatifs du voyage, et de la succession de déconvenues auxquelles nous avons du faire face.

Je tenais absolument à monter dans la coupole en verre du Parlement dont l’architecture m’avait laissé un souvenir impérissable – j’avais complètement oublié qu’il était obligatoire de réserver son billet en ligne, et plus aucune place n’était disponible lorsque nous nous sommes pointés devant le guichet des invendus. Je voulais retourner au Musée de Pergame, incroyable pour ses reconstructions monumentales d’anciens temples – jusqu’à apprendre qu’il était en travaux et qu’une majorité de sa collection était inaccessible au public. J’avais gardé un souvenir très fort de l’East Side Gallery, ces morceaux encore debout du Mur de Berlin qui étaient couverts de street art ; quelle ne fut pas ma surprise de voir que ces ruines avaient reconstruites il y a quelques années en un mur tout propre tout neuf, sur lequel chaque fresque avait été soigneusement repeinte, enlevant pour moi toute le choc symbolique du lieu. Je voulais passer devant l’AquaDom, cet immense aquarium vertical en accès libre au beau milieu d’un building, jusqu’à me retrouver devant un accès désormais payant. La porte de Brandenbourg était ridiculement petite et laide comparée à l’immensité qui m’était restée en souvenir. Le parcours d’Unter den Linden, célèbre avenue arborée, s’est faite sous la pluie et dans le froid le plus perçant – nous nous sommes réfugiés dans un musée gratuit exposant un artiste sud-africain aux œuvres cintre sur mur les plus fades et hermétiques possibles, faisant semblant de nous y intéresser pour grappiller un tant soit peu de chaleur. Je voulais montrer à K la Neue Wasche, mémorial qui m’avait fortement marquée à l’époque – tout le bâtiment était en travaux et totalement inaccessible. D’ailleurs, tout Berlin semblait en travaux – la plupart des places et rues principales étaient barricadées, emplies de grues et tractopelles en masse.

Kreutzberg

Kreutzberg

Kreutzberg

Kreutzberg

J’avais dédié une demi-journée à l’exploration de Kreutzberg qui semble être un quartier fétiche de nombreux locaux et touristes, et je ne comprends toujours pas pourquoi. J’ai absolument détesté ces rues dont le sol était jonché d’ordures, dont chaque mur était couvert de tags dignes d’un gamin de 12 ans, dont le marché hipster central proposait du vin à 15 euros le verre, indécence tarifaire que semblaient partager toutes les boutiques du coin. Mon humeur a sûrement été creusée par la météo pourrie de cette journée, il n’empêche que K et moi étions sacrément déprimés à son issue de constater que la ville ne nous plaisait pas vraiment.

Berlin était laide à vomir. J’en avais un merveilleux souvenir d’immenses allées entourées d’arbres, d’architecture allemande massive et rutilante, de places plus belles les unes que les autres – je ne sais pas où j’ai pu voir tous ces lieux en question, puisque j’ai détesté presque tous les quartiers que j’ai visités durant notre séjour (mention à part pour Friedrichshain , mon quartier fétiche qui a été salvateur). J’étais incroyablement troublée par ce décalage entre la réalité de cette ville sale et étrangère que je parcourais, et les merveilleux souvenirs que j’en avais.

C’est alors que j’ai réalisé ne pas être attachée à ces souvenirs pour les lieux que j’ai vus, mais pour le contexte personnel dans lequel j’étais à cette époque. En 2006, ce voyage à Berlin était le premier où j’avais mon propre appareil photo. J’étais libre d’explorer la ville sous un nouvel angle que je n’avais jamais connu avant, celui de mon objectif. Et j’avais passé ces quelques jours dans un immense terrain de jeux visuel où je découvrais pour la première fois l’excitation de capturer des images en terrain inconnu. Je n’avais pas de souvenir mémorable de Berlin. J’avais un souvenir mémorable de qui j’étais à Berlin en 2006.

Berlin 2006

Berlin 2006

Berlin 2006

Berlin 2006

Berlin 2006

Photos prises en 2006.

Aujourd’hui, je ne vibre plus autant pour capturer des images. Je mitraille à tout va sans plus réfléchir à mes cadrages, à mes angles, à l’originalité de mes photos. Je ne suis plus investie dans ces clichés de voyage. Le blog me donne un excellent prétexte de les multiplier et de me créer de superbes capsules de souvenirs – mais je ne prends pas plus plaisir que cela à l’exercice photographique en tant que tel, qui est devenu un automatisme. En sont pour preuve les dizaines de photos que j’ai prises en double, en triple même – pensant que dans le tas, il y en a bien une qui sera bonne. En 2006, cet exercice était encore neuf pour moi, et j’en ai ramené le souvenir de cette merveilleuse excitation de capturer une ville en images. J’aimerais retrouver ce plaisir de réfléchir chaque cliché, plutôt que de rentrer avec des milliers de photos sous le bras. J’envisage même de revenir à un format argentique pour une certaine période, pour retrouver ce goût des photos de voyage que j’ai perdu au profit de la facilité de la capture numérique. Dans ce sens, Vlad Korneev n’avait pas totalement tort…

Quelle est ma conclusion sur Berlin, finalement ? J’y ai visité des endroits incroyables et vécu des expériences très fortes que j’ai eu grand plaisir à retranscrire ici. Mais la ville en elle-même ne m’a absolument pas charmée. Les rues y sont incroyablement sales, la plupart des lieux touristiques sont en travaux, l’architecture y est massivement laide. Un soir à l’hôtel, je partageais à K mon immense frustration d’être dans un endroit qui ne me parlait absolument pas. Ce à quoi il a simplement répondu « Tu sais, on a aussi le droit de ne pas aimer un endroit où on part en voyage – il fallait bien que ça arrive un jour ! » Berlin était pour moi ce premier endroit là. Cette déception de voyage, ce Meh ! blasé, cette absence de résonance intérieure.

J’écrivais en conclusion de mon article sur Milan que c’était un peu de moi que je retrouvais dans chaque voyage. Je maintiens cette vision : à Berlin, j’ai su ré-affirmer mon amour de ces lieux et artistes décalés qui se lancent à corps perdu dans des initiatives alternatives au cœur de grandes villes. J’ai définitivement confirmé que je préférais les petits centre-villes historiques aux grands monuments / blocs d’empires disparus. J’ai su qu’il était peut-être temps de sortir de ma zone de confort et de chercher à changer de mode de voyage, pour découvrir autre chose que ma routine « petits-coins-alternatifs-dans-une-grande-ville ». Enfin ce n’est pas pour tout de suite, je vais maintenir encore un peu cette habitude : la prochaine destination en vue est New York, et je commence déjà à me plonger dans mes recherches virtuelles préparatoires !

Eli & K

Exit

10 commentaires

  1. Je ne saurais l’expliquer, mais je garde un très bon souvenir de Berlin. Nous n’y avons passé que quelques jours et n’avions rien prévu, c’est peut-être pour ça.

    Je me rends compte que j’en retiens surtout les gens : le bar à punks anar’ et ses pintes à 1€50, le bar avec le serveur dont la copine était française et qui passait du Noir Désir, la pizzéria où on mangeait pour 8€ à deux, le mec qui écoutait Rammstein à fond les ballons dans les bureaux du Bundestag, les métalleux…

    Je ne sais plus vraiment à quoi ressemble la ville, à part le quartier où nous logions (Berlin Est, pas loin d’Alexanderplatz, c’est tout ce que je peux dire), qui était cool, et la Potsdamerplatz parce qu’à l’époque j’étais étudiante en Histoire de l’Art et fan de Renzo Piano (même si ce n’est pas vraiment son travail qui me marque le plus à cet endroit).

    On en a déjà parlé, on ne voyage pas du tout de la même manière ; cela dit je suis d’accord avec K : toutes tes destinations ne te plairont peut-être pas, c’est un risque, mais je crois que l’expérience demeure enrichissante.

    • Avec le temps qui passe, je pense que mes souvenirs de voyage les plus marquants sont en effet ces petits moments non prévus, ces rencontres aléatoires, ces découvertes hasardeuses qui sont de véritables petits trésors. Par exemple, ici à Berlin, ce couple-glacier en faisait partie !

      Je ne sais absolument pas comment je vivrais un séjour où je n’ai rien prévu – j’essaie d’imaginer ce que je ferais en me retrouvant propulsée dans une nouvelle ville sans rien avoir recherché au préalable. Je crois que je profiterais d’une autre manière – celle que tu décris – mais je risque fort de trouver, une fois rentrée, plein d’endroits trop intéressants que j’aurais manqués, ce qui me frustrerait beaucoup.

      L’expérience de ce séjour à Berlin demeure bien sûr enrichissante ! Il fallait bien que je me confronte un jour à cette déception, et puis ces deux derniers articles sont emplis de preuves que j’y ai tout de même bien trouvé mon compte ;)

  2. Aleks Crément

    Trop bien ce second article, je me suis régalée!

    Il y a eu un projet similaire à Bruxelles que The Haus, qui s’appellait Remember/Souvenirs, une oeuvre monumentale et éphémère dans un bâtiment désaffecté qui allait être détruit…

    https://www.flickr.com/search/?text=Remember%2FSouvenirs

    C’était très beau et très impressionnant…mais au fond de nous on a tous détesté! De nouveau, c’est le même débat entre l’exploration urbaine qui est légale ou non, on s’est rendus compte que dans notre petit coeur ce n’était pas du tout la même chose, le fait d’être greffé à un groupe et un circuit défini, ou de pouvoir circuler librement…

    Je suis contente de lire que tu comprends finalement ce que le propriétaire du Panoptikum a voulu dire, j’allais te taper illico un méga commentaire sur « La photographie, cette prison », j’ai donc été agréablement surprise de voir tes réflexions te porter jusque-là.

    Par contre, je ne suis pas sûre du tout que le hoarding et la collectionite aigue soit la voie à suivre par la suite comme l’a fait ce monsieur, je pense même que c’est une pire prison que celle de la photo, mais nous avons discuté en long et en large la fois passée qu’en se privant d’un domaine, cela réveillait d’autres troubles dans beaucoup d’autres, et j’en suis d’ailleurs l’exemple parfait.

    Par contre je crois que ton point de vue sur ce que tu fais est sans doute biaisé, et je me demande ce que tu penseras de tes photos dans 10 ans. Tu les trouveras peut-être extrêmement créatives comparé à ce que fera la Eli du futur? La BD dont je t’ai parlé dernièrement détient une phrase que je trouve très vraie et qui dit « Vivre, c’est s’éloigner de soi. », et je me demande si ce n’est pas cyclique de penser qu’on était plus inspirés/inspirants avant, si on part de ce principe que plus on avance, au moins on est nous-même.

    Aussi je te le demande, si tu admets prendre des photos machinalement sans plus vraiment de plaisir lors de ces périples, pourquoi continues-tu à le faire? Pour la mémoire, pour les autres? Parce que comme Vlad Korneev tu en es devenue prisonnière?

    Je crois que tu es la troisième personne à qui je conseille Berlin qui revient en me disant « Et bien, c’était très laid », et à chaque fois je suis complètement perplexe sur ma manière de voir les choses. Cela me rappelle un article de K qui détaillait son dégoût pour le Nord et ses multiples bâtiments à l’abandon, celui-ci m’avait fort marquée parce c’était justement à mes yeux ce qui faisait tout le charme de la région! Dafuck?

    Sinon je finis sur une note dubitative. Tu conclus que tu préfères les petits centres villes historiques et puis tu nous annonces que tu vas ensuite… à New-York :D ?

    Berlin étant considéré comme le New-York européen (à juste titre de mon point de vue), je tiens à dire que je crains le pire, hahaha! Mais bon, il faut vivre dangereusement après tout :D!

    Des bisekes!

    • Ce que je n’ai pas du tout aimé à The Haus – et que tu sembles peut-être avoir perçu aussi dans Remember/Souvenirs, c’était le côté très médiatisé du truc. Il y avait énormément de pubs partout dans Berlin sur ce projet, et le côté hyper buzz à la « whaou attention aucune photo ne filtre c’est trop alternatif et unique en son genre » m’a gavée. Je veux dire, hé les mecs calmez-vous, l’initiative est louable mais vous n’avez rien inventé… Mais bon, j’ai du mal à leur en vouloir d’ainsi faire la promo de leur projet ? C’est pour cela que j’ai bien plus approché la visite comme une visite de musée que comme une exploration urbaine à proprement parler

      Plus tu m’en parles, plus j’ai hâte de découvrir Otto ; la réflexion que tu tires du « Vivre, c’est s’éloigner de soi. » m’impacte beaucoup. À y réfléchir, je crois que j’ai hâte de me rencontrer dans 10 ans et de connaître mon opinion sur la moi actuelle, et c’est pour cela que je suis si attachée au blog aussi – pour permettre cette rencontre.

      Pour répondre à tes questions, j’aime parcourir mes photos de voyage une fois qu’elles sont prises, je suis ravie d’avoir un support de souvenir. J’ai relu récemment mes articles sur le voyage au Japon, et je me suis surprise à en être très fière, ravie d’y avoir investi tant de temps et d’efforts, pour les rédiger comme les illustrer. Les parcourir me replonge tellement dans ces ambiances et mes ressentis de voyage – c’est pour cela que les photos me sont importantes. Mon regret réside dans le fait que je ne prends plus autant plaisir à capturer ces images, car je ne le fais plus de façon aussi consciente et investie, au contraire c’est un automatisme parfois pesant. Je ne perçois pas cela comme une prison, mais je saisis la lassitude de l’exercice, comme celle que semble avoir vécue Vlad Korneev. Toutefois, loin de jeter l’éponge, je pense qu’il faut que je trouve comment redynamiser ma pratique – tout comme par exemple je retrouve du plaisir aux autoportraits depuis que les sujets d’articles que je traite me donnent des idées plus exploratoires pour les illustrer. Dans tous les cas, le blog reste le moteur central de la photo pour moi, me donnant une bonne motivation à m’y mettre et à vouloir tester de nouvelles choses.

      Je crois me rappeler de façon très floue un de tes anciens articles de blog dans lequel tu écrivais préférer les personnes laides et / ou mutilées car elles te paraissaient plus authentiques. Je ne me souviens plus exactement de ton texte aussi je ne voudrais pas mal le retranscrire – mais cela ne me surprend ainsi nullement que tu puisses être attachée à ces villes sales et délaissées. Correspondant à cette description, la seule ville qui me vient en tête et qu’il m’intéresserait d’explorer serait Détroit – mais je me méfie : mon imaginaire est très stimulé par Only lovers left alive ainsi que Lost river, je pense que j’ai intérêt d’emmener plein de lampes à néons de couleur dans ma valise le jour où je m’y rendrai pour ne pas être déçue ^^

      New York n’aurait pas été ma destination privilégiée spontanément choisie, mais ce voyage est un cadeau de ma famille pour ma thèse ;) Je t’avoue ne pas savoir à quoi m’attendre, mais comme tu dis, faut tester pour savoir !

  3. Je pense qu’il faut pas mal d’objectivité et de sincérité pour oser dire qu’on a moyennement aimé une destination de voyage (et comprendre pourquoi) donc j’apprécie la tonalité de l’article. D’autant plus que Berlin se trouve très très loin dans ma liste de destinations rêvées, donc j’ai pu avoir un certain recul.
    Pour toi, c’est certainement une démarche naturelle mais j’avoue que j’ai toujours du mal à faire part de mes déceptions de voyage. C’était comme si je « trahissais » mon intention de départ en revenant mitigée. Par exemple, je suis revenue à moitié convaincue de Copenhague, déjà parce que j’y suis restée 10 jours et que c’est beaucoup trop (d’où un certain ennui) mais j’ai eu l’impression d’être une enfant gâtée parce que tout le monde en revient enchanté. Même chose pour New York. C’était un merveilleux voyage et c’était vraiment inoubliable de mettre les pieds dans cette ville mais est ce que je me suis sentie en connexion avec la ville ? Non… Et c’était horrible à (s’)avouer.
    Après comme il est dit dans un commentaire plus haut, ne pas avoir de coup de cœur pour un voyage ne veut pas dire que l’expérience ne vaut pas la peine :) Tu es revenue avec plein d’images et de souvenirs, et ça n’a pas de prix !

    • Je crois que la difficulté est multiple : d’une part il est très difficile de s’avouer à soi-même qu’on est déçu, qu’on n’a pas autant apprécié ses vacances que ce qu’on espérait ; on a comme une impression de temps gâté et perdu qu’on ne pourra pas retrouver. D’autre part, c’est encore plus difficile lorsqu’il s’agit d’une destination qui a enchanté plusieurs proches, et avec laquelle on n’a pas du tout ressenti la même connexion. On a forcément l’impression de mal avoir fait les choses, de ne pas avoir perçu le voyage « comme il se doit ».

      Personnellement, je suis convaincue que toute destination de voyage a sa part de fantasme qui reste ancré dans tout le séjour : on est modelé par l’idée préconçue qu’on se fait de la destination, et la déception arrive lorsque cette idée est en décalage complet avec la réalité. Alors souvent on s’accroche à ces clichés qu’on s’était formés dans la tête, en refusant de voir ce qu’il en est réellement.

      C’est pour cela qu’il m’était important de partager aussi ma déception sur Berlin : je veux mieux appréhender ce décalage entre projection et réalité, même s’il est source de déception. C’est également pour cela que j’aimerais un jour voyager dans une destination inconnue sur laquelle je n’ai aucune préconception, et au sujet de laquelle je n’aurais pas fait tant de recherches au préalable. Histoire de libérer mon esprit de tout préjugé, et de découvrir cette destination sans filtre :)

  4. Ton bilan de voyage m’a rappelé un peu mon retour de Prague : autant les points touristiques incontournables m’avaient saoulé au delà du possible, autant les petits moments passés au bord de la Moldau une bière à la main, les librairies et le minuscule mais charmant musée de la Musique sont des souvenirs encore très vivaces et très chers à mon cœur. Je me suis rendu compte que nul besoin d’un circuit défini pour profiter d’une ville. Il suffit parfois de se poser sur un banc et de la regarder vivre… New York est un choix intéressant : essayer de retrouver une ambiance village est sûrement possible dans certains quartiers, à creuser !
    (Pour ma part, quelques semaines seule à Toulouse au programme l’année prochaine, c’est une destination assez exotique pour la costarmoricaine que je suis, même si c’est pour le travail, je ne te raconte pas comme j’ai hâte !)

    • Prague est une destination qui est depuis longtemps sur ma liste, mais que j’appréhende un peu car j’ai beaucoup d’idées sur ce que devrait être la ville, sans savoir si elle est ainsi en réalité. Tout comme toi, je suis souvent blasée par les coins touristiques évidents, préférant de loin les découvertes plus intimes, authentiques et loin de la foule !

      J’avais séjourné une semaine à Toulouse pour mon boulot il y a quelques années, je garde un excellent souvenir de ses places et de son architecture, j’y retournerais volontiers en tant que touriste :) J’espère que tu pourras profiter de quelques balades dans la ville hors de ton contexte professionnel !

  5. L’article est resté en non-lu dans mon lecteur RSS parce que je voulais trouver un moment pour rebondir sur ton rapport à la photographie. Tes anciennes photos ont accroché mon regard avant que je découvre qu’elles n’étaient pas de ce voyage-ci : leur composition est forte, elles attirent le regard. Mais en même temps, elles paraissent moins personnelles que les autres ; on a l’impression que d’autres personnes avec la même technique auraient pu les faire. Le cadrage est efficace, mais presque trop, comme un geste qui, une fois maîtrisé, devient mécanique. Du coup, cela ne m’étonne qu’à moitié que cela t’ait un peu lassé. Ou plutôt : peut-être que c’est simplement la marque d’une transition. Que l’important n’est peut-être plus tant (pour l’instant) de faire de belles images que de garder un souvenir, de traduire une certaine esthétique de vie. Plus ça va, plus je préfère les photos de type « journal »… (Gerhard Richter a des réflexions hétérodoxes hyper intéressantes à ce sujet ; il faudrait que je reprenne ma lecture.)

    Lors des premiers voyages que j’ai fait avec Palpat’, j’étais un peu effarée qu’il mitraille à tout va, sans forcément cadrer ni même s’arrêter. Puis j’ai fini par comprendre son approche : il enregistre, documente ses archives personnelles, notamment pour pouvoir comparer l’évolution de l’endroit s’il y revient – et pas pour traduire un ressenti ou un souvenir personnel. Lors de mon dernier voyage au Japon, j’ai senti poindre une lassitude des mêmes cadrages et obsessions, et de dépit j’ai aussi parfois mitraillé un peu au hasard… ce qui, à ma surprise, m’a permis au retour d’avoir une aide mémorielle bien efficace que d’habitude pour rédiger mes billets… une trace au final tout aussi légitime que les photos. Peut-être un déplacement de cette sorte s’opère-t-il quand on sent confusément que le médium qu’on utilise n’est pas le plus adapté pour fixer ses souvenirs ?

    • Ton nouveau regard sur mes anciennes photos m’impacte beaucoup, car je regrette souvent ce moment où j’avais un regard « neuf » et où tout me paraissait hyper esthétique. Je recherchais en effet énormément de cadrages et de lignes de découpe, ça me parlait beaucoup à l’époque, et c’est quelque chose que je retrouve bien moins actuellement. Je crois qu’en effet, tu as raison, il y a une évolution du rapport à l’image et à son sens – outre l’évolution techniques également !

      Le support photo m’aide énormément pour rédiger mes articles également, et j’utilise souvent mon appareil pour capturer des instants dont je veux me souvenir pour pouvoir écrire à leur sujet ; le but n’est ainsi pas esthétique en premier. Et ce sont souvent des photos qui, au final, se retrouvent dans mes articles ! Je rejoins ainsi finalement la vision que tu décris dans ton dernier paragraphe sans jamais l’avoir ainsi conscientisé – merci d’avoir apporté cette précieuse lumière !

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