Plutôt écrire que mourir

Toi aussi, tu veux écrire un livre ! Je me suis retenue de ne pas m’exclamer à haute voix tandis que j’écoutais N. m’exposer sa bucket-list-des-choses-à-faire-avant-de-mourir-un-jour. Un sujet vers lequel j’aime beaucoup diriger les personnes que j’apprends à connaître, car je le trouve révélateur de nombreux éléments qui m’aident à cerner mon interlocuteur. Qu’est-ce que tu aimerais accomplir avant de mourir ? Peut-être suis-je aussi fascinée par la quantité de réponses que je récolte, la plupart des gens semblant tenir à jour une liste détaillée soigneusement réfléchie de points à compléter, tandis que je panique complètement lorsqu’on me demande la mienne – refusant de réfléchir un seul instant de quels souhaits je souhaite paver mon chemin vers une mort certaine (hé oui, on en revient toujours aux mêmes nœuds intérieurs).

Écrire

Que ça soit dans ce contexte ou au détour d’autres conversations, je ne compte plus les personnes qui m’ont annoncé un jour qu’elles aimeraient écrire un bouquin. Pourtant, après avoir creusé un peu, je réalise souvent qu’il ne s’agit pas d’une vocation. En effet, rares sont ceux qui en ont la flamme. Je ne parle pas de talent à ce stade, je parle d’une aspiration dévorante, d’une pulsion d’écrire si forte qu’elle les brûle vifs. D’un combat, surtout, intérieur, douloureux, avec l’écriture. Pour ces personnes, il s’agit d’une bataille dont elles ne sortent que rarement vainqueurs ; mais elles ont fait leurs armes, et les ont déjà tachées de sang.

Pour la grande majorité des autres, dont je ne connais aucun goût pour l’écriture et qui m’avouent eux-mêmes ne pas pratiquer cet art, j’ai la sensation que ce souhait d’écrire un livre est balancé comme on indique au bas d’un CV qu’on est fan de lecture et de cinéma. Comme une aspiration de bon ton évident, une facette un peu plus artistique du mariage-deux-enfants-monospace-chien-maison. Si t’as pas publié un bouquin avant de mourir, t’as raté ta vie.

– Oh ? Tu aimerais écrire quoi ?
– J’en sais rien, en vrai je pense pas que je le ferai. Mais j’aimerais bien. Autant les enfants, toujours pas, mais un bouquin j’aimerais bien. Pour laisser quelque chose de moi quand je serai plus là.

J’ai récemment fini La vérité sur l’affaire Harry Québert, pavé de 800 pages qu’on m’a recommandé à de nombreuses reprises ces dernières années, et qui a été un des bouquins les plus mal écrits que j’ai jamais eu l’occasion de lire. J’ai enchaîné ses chapitres avec une aberration croissante, consternée que ce livre ait été à ce point encensé de nombreux prix alors que je le trouvais d’un style abominable. Je ne pouvais même pas cette fois lui donner le bénéfice du doute sur une traduction maladroite, puisque son auteur est français.

K. m’a demandé si je souhaitais en écrire un article, tant il s’amusait de me voir fulminer à haute voix sur ce bouquin. Me sont alors revenues ces paroles de N. qui ont coupé court à tout plaisir critique dénigrant. Ce livre est sans doute à considérer comme un produit commercial, rien de plus. Et je fais une projection bien trop facile qui est sans doute bien loin de la réalité. Mais d’un coup, j’ai imaginé cet écrivain, plancher des centaines d’heures sur cette histoire, sur ces personnages, sur ces phrases. Pour laisser quelque chose de moi quand je serai plus là.

Je suis en train d’observer ma bibliothèque débordant de bouquins alors que j’écris ces mots. Parmi eux, combien ont été écrits dans cette optique de transcender la mort ? Et pourtant le livre n’a plus rien de sacré ; il suffit de constater la quantité de romans usinés à chaque rentrée littéraire pour réaliser que rares sont ceux qui tiendront l’épreuve du temps. J’étais le week-end dernier à un destockage de bouquins de bibliothèque vendus à prix réduits, et j’ai vu des piles entières du même livre inconnu d’un auteur tout aussi inconnu dont le portrait figé ornait la quatrième de couverture. Des livres écrits pour ne pas qu’on l’oublie, et qui ont fini dans des piles d’invendus à 50 centimes pièce.

Écrire

« Et toi Eli, t’es sans doute la personne que je connais qui écrit le plus, t’as pas envie de publier un livre ? » Ce qui me renvoie en écho à ce professeur de français au collège, à ce moment où il m’avait retenue à la récré pour me parler, pour m’encourager à continuer à écrire, « parce qu’un jour tu pourras sûrement écrire un livre ». Et déjà à l’époque, je me demandais : « Pour quoi faire ? »

Je sais que je ne tiendrai pas le temps. Que cette illusion ne me tiendra pas debout. Je n’ai à l’esprit aucune histoire suffisamment importante à mon goût pour oser dépasser cette peur de l’oubli et me mettre à l’ouvrage. Je n’ai jamais été créatrice d’histoires, je n’ai jamais su imaginer des personnages ni les faire évoluer dans une vie parallèle. La fiction me dépasse, la réalité m’ennuie. J’allais presque taper sur mon clavier « Je n’ai rien à écrire qui vaille la peine d’être publié ». Avant de prendre conscience de l’ironie de cette phrase.

J’ai publié près de 100 000 mots sur ce blog depuis sa réouverture. Autant d’histoires que je me suis appliquée à écrire, en choisissant les mots, les trames, les personnages. Des textes que je modèle, que je corrige, que je publie. J’écris un livre, si on veut. Il n’est pas sous format papier, il n’est pas édité, mais il s’agit d’une œuvre écrite et publiée, dans toute sa prétention de vouloir transcender l’écoulement du temps qui passe inéluctablement.

Une des œuvres d’art qui m’a le plus marquée dans une expo que j’ai vue aujourd’hui était le Chrono shredder de Susanna Hertrich, calendrier dont chaque jour est dévoré heure par heure, et dont il ne reste que de grands lambeaux de papier au sol. Ce projet m’a empli d’un immense malaise, et c’est en y repensant que je réalise en quoi ma démarche sur ce blog diffère de celle d’un livre.

Écrire un livre m’est quelque chose de beaucoup trop définitif et incontrôlable. Il s’agit de figer le temps en une œuvre unique et immuable, destinée à être léguée au monde dans l’espoir qu’elle ne s’y fanera pas, en espérant que les autres se souviendront de l’arroser de temps en temps. Pour ma part, je n’ai rien à foutre que mes mots disparaissent avec moi lorsque je serai morte. Je n’ai aucune prétention de vouloir laisser un témoignage qui me survivra et qui sera lu par le plus grand nombre ; Hypothermia n’est pas un héritage absolu. Il m’est un travail d’écriture qui évolue avec le temps, et que je tiens à modeler au fil des billets. Le blog me permet de récupérer les lambeaux des jours passés et de les assembler, les scotcher ensemble, article après article, pour éviter qu’ils se perdent trop vite.

Je n’écris pas pour qu’on se souvienne de moi après ma mort. J’écris pour me rappeler au fait que je suis bien vivante.

Écrire

31 commentaires

  1. L’ironie de mon pseudonyme me saute au visage, mais je me lance.

    Il est intéressant de découvrir et comprendre le point de vue d’une personne qui ne souhaite pas écrire un livre – je résume grossièrement, et je m’en excuse – mais de prime abord, j’ai réagi assez brutalement.

    Je n’ai jamais eu le temps de commenter ton blog. J’avais souvent beaucoup de choses à dire et peur de ne pas savoir les formuler. Mais j’écris depuis tout gamin et j’avoue que cet article m’a laissé une drôle de sensation. Une sorte d’amertume, pas envers ton opinion qui se défend, et donc je partage certains points, mais envers ce besoin continuel de comparer ce que tu penses et ce que tu es aux autres. Je ne veux pas jouer les psys de comptoir, mais globalement, l’article m’a donné la sensation que *ta* façon d’écrire est le seul exutoire qui ne tombe pas dans la branlette égocentrique, dans le besoin impérieux de « laisser une trace ».

    J’ai trouvé ça présomptueux, notamment le passage où tu parles des livres déstockés. J’ai trouvé ta remarque d’une incroyable prétention : peut-être qu’effectivement, ces livres vendus au rabais ne marqueront pas l’histoire, mais l’auteur, derrière, a accompli un acte cathartique. Bien sûr, de nombreux livres sont des produits commerciaux fades, mais ce sont aussi des dons de soit qui exigent une rigueur intense.

    Puis, j’ai réfléchis à nouveau. J’ai commencé à comprendre où tu voulais en venir. Je ne peux pas partager ton avis, mais j’ai réalisé que j’en percevais l’intention, et j’ai réalisé que je me suis trompé : ce n’est pas de la prétention et je m’excuse d’avoir eu cette basse pensée. Cela ne m’empêche pas de désapprouver ton argument, mais en contemplant cette œuvre dont tu parles, je me suis permis d’autres réflexions.

    L’écriture est un acte qui exige un sacrifice : du temps, de la sueur, des larmes ! Mais pourquoi au fond ? Peut-être que oui, l’écriture est une obsession, un besoin de combattre des démons qui sont souvent liés à la mort, à l’oubli, à la disparition… Mais au-delà de cet aspect cathartique (je me répète), il est triste de constater que pour beaucoup, ce n’est pas l’écriture qui importe, mais le livre publié. L’acte d’écrire perd alors pas mal de sa superbe quand on découvre que ses proches ne veulent pas « écrire » mais être « publiés ». Ils veulent laisser une trace pour laisser une trace, pas parce qu’ils ont besoin d’exprimer ce qu’ils ressentent, ou de se délivrer de quelque chose.

    Je ne dis pas que toute activité doit être guidée par la passion. On peut vouloir écrire sans vider ses tripes sur le papier. Mais je comprends bien mieux ta démarche désormais, et j’avoue qu’elle me semble plus honnête que ce désir narcissique de voir son œuvre perdurer dans le temps (pour moi, l’idée de publier un bouquin pour la postérité me paraît tellement absurde… Il suffit de voir le nombre de « grands » écrivains qui n’ont jamais connu la célébrité, et qui écrivaient parce qu’ils ne pouvaient pas faire autrement, parce que c’était leur moyen de survivre ou de lutter contre la folie, ou que sais-je).

    J’espère que je ne sonne pas trop « rude », ce n’était pas mon intention. J’apprécie les idées de ce blog bien que je les partage rarement : c’est encore plus intéressant et je respecte énormément ton travail et ta rigueur.

    Bonne journée,

    K.

    • Bonjour Kafka,

      Tout d’abord bienvenue par ici, et merci de t’être cette fois-ci pris le temps de partager tes impressions. D’autant plus qu’elles semblent de prime abord opposées à mon opinion, ce qui est du coup bien plus difficile à formuler. Je comprends en quoi mon texte t’a initialement paru prétentieux et condescendant. Plusieurs de mes lecteurs, dont certains sont de proches amis, sont en cours d’écriture de livres, et je n’ai eu de cesse de me demander s’ils n’allaient pas mal prendre mon article. J’ai décidé qu’ils me connaissaient assez pour considérer que leur réaction serait plus révélatrice de leurs propres angoisses qu’un jugement de ma part. Mais il est vrai que pour quelqu’un qui ne me connait pas beaucoup, je peux paraître très hautaine même si ce n’est pas mon intention. Je ne parlais bien ici que de mon propre rapport à l’écriture, en précisant que la tristesse et l’amertume que je ressentais à la lecture de certains livres ou à la vision de ces ouvrages destockés n’étaient que mes propres sentiments et projections, en aucun cas un jugement sur leurs auteurs et leurs intentions. Je ne vois ainsi aucunement où j’exprime que *ma* vision des choses est la seule valable, je suis très loin de telles considérations.

      Néanmoins, tu mets le doigt sur une distinction que je n’ai pas faite au moment de ma réflexion, et qui aurait éclairci les choses : la différence entre écrire et être publié. Ta remarque m’a rappelé un souvenir d’il y a de nombreuses années, parcourant une librairie avec une amie, qui au vu du rayon des best-sellers s’est exclamé « Whaou, imagine, ça doit être génial de voir ton nom sur toutes ces couvertures ! ». À l’époque déjà cet avis m’avait fortement dérangée, et c’est la gêne que je retrouve lorsqu’on m’exprime « Je veux écrire un livre ». Car je reconnais souvent dans cette ambition le désir d’être reconnu et immortel, non le besoin de partage, la pulsion d’écrire telle que celle que j’essayais de décrire. Sur ce point je te rejoins complètement, et j’essaie d’autant plus à ne pas faire de jugements hâtifs lorsqu’on me partage un tel souhait. Cependant, en approfondissant la question, je retrouve bien plus souvent l’idée de perennité que l’idée d’écriture à proprement parler.

      Ce qui m’amène à une autre interrogation : pourquoi écrire un livre, plutôt que peindre, créer un film, ou tout autre processus créatif ? Comme si l’écriture semblait plus accessible, plus facile, comme si la reconnaissance par publication était plus évidente ; peut-être car on nous bassine à longueur de temps de ces écrivains personne normale qui écrivait sur son temps libre et qui d’un coup a été propulsée au sommet ?

      Je ne dis pas que ma démarche est plus noble ou meilleure. J’essayais simplement d’exprimer que c’est celle qui me convient le mieux, et qui comble au mieux mes propres angoisses du temps qui passe. Je sais désormais comment répondre à la question Et toi, t’aimerais pas écrire un livre un jour ?, et c’est l’écriture de cet article qui m’a amenée à comprendre pourquoi.

      Merci encore une fois pour ce partage, je n’ai absolument pas mal pris ton commentaire bien au contraire, ce sont aussi les opinions différentes et les personnes en désaccord avec moi qui me permettent d’approfondir mes propres opinions et de me remettre en question.

      PS : Tu écris ici ne jamais avoir commenté Hypo, mais ton adresse e-mail me trouble aussi permets-moi de te demander : si je ne m’abuse, ne serais-tu pas anciennement Hel ?

      • Merci d’avoir pris le temps de me répondre, et d’avoir saisi la nuance. Ton anecdote au sujet des best-sellers rejoint exactement le point que j’avançais. J’ai moi-même une amie très « investie » dans l’écriture de son roman, qu’elle décrit comme une grande fresque ambitieuse, et dont nous connaissons tous, proches et vagues connaissances, les détails les plus subtils. La dernière fois, alors que je l’interrogeais sur l’avancée de son œuvre, elle m’a expliqué qu’elle avait hâte de signer des dédicaces ! Comme toi, j’ai été fortement troublé par cette remarque qui m’a paru d’autant plus improbable qu’elle est de nature introvertie et n’aime pas beaucoup les gens. Mais j’imagine que l’on entre là dans un autre débat qui touche davantage au domaine de la psychologie.

        Je suppose qu’à l’origine, l’écriture nous paraît plus innée : les rédactions du collège, les thèses plus tard, tout ceci peut être considéré comme de l’écriture. On a simplement besoin d’un papier (parfois même d’un coin de set de table dans un restaurant crasseux) pour écrire. Il y a peut être le côté bohème de l’écriture qui en fait une démarche plus « facile » que tourner un film nécessitant des acteurs, des moyens, une caméra… Le cliché de l’écrivain ou poète maudit, seul avec son carnet et son crayon, donne peut-être l’impression qu’il est simple d’écrire ? Je connais beaucoup de personnes qui se sont achetés de beaux Moleskine pour écrire avant d’abandonner, mais pour eux, il s’agissait avant tout d’une démarche que j’appelle de la branlette même si le mot est moche : regardez moi, je suis profond, je suis un artiste, j’écris sur le même carnet que Kerouac et les autres.

        Je ne sais pas, je m’égare peut-être. J’imagine seulement que l’écriture est plus accessible que tourner un film ou peindre un tableau, qui nécessitent tous les deux des « bases » et des apprentissages ?

        Par ailleurs je précise que j’ai lu La vérité sur l’affaire Harry Québert et que je me suis fais profondément chier. Voilà. Mon dernier « coup de coeur » littéraire étant une fanfiction – et un recueil de poème sur les androïdes – je me demande même si je ne deviendrais pas un punk littéraire, tellement les circuits officiels me gavent.

        Bref. Pour ce qui est de mon identité, je me dissimule sous un pseudonyme pour une bonne raison, et ne souhaite pas en discuter davantage. En revanche, je vis avec Hel et c’est elle qui m’a montré ton blog il y a un moment. Ceci explique cela.

        • Je me permets une réponse, et j’espère que ni Eli ni toi ne le verrez comme de la prétention : je voudrais simplement apporter mon témoignage sur un point que vous soulevez tous les deux. En effet, j’écris depuis mes dix ou onze ans, je crois. Je le fais parce que je ne sais pas faire autrement, c’est ma manière d’être et de percevoir. Néanmoins, je comprends fort bien vos amies respectives : moi aussi j’aurais aimé voir mon nom sur la couverture d’un livre ! Je ne sais pas si c’est par présomption, ou de la pure branlette, mais ça me semble évident que j’ai envie de partager ce que je fais avec le maximum de gens. En ce qui me concerne, dire le contraire serait d’une hypocrisie crasse : ce n’est pas parce que je n’ai pas obtenu le succès que j’aurais souhaité que je vais lui cracher à la gueule. Oui, j’aurais aimé partager mes réflexions et mes rêves avec un maximum de gens. En fait, je trouve que souvent (pas dans votre cas, Kafka parce que je ne te connais pas, Eliness parce que tu as démontré que ça ne t’intéressait pas), c’est de la part de l’artiste de la fausse humilité, que de prétendre ne pas être intéressé par l’avis du public. À partir du moment où tu partages ton oeuvre, tu as envie qu’elle plaise… Ou tu es très à l’aise avec toi-même, voire avec la morte, comme dirait Eli…

          • *la mort.
            Ce lapsus est étrange :)

          • Je ne saurais parler pour Kafka, mais dans mon souvenir, la personne avec qui je discutais à ce moment-là n’était absolument pas dans une démarche d’écriture et n’y voyait pas d’intérêt. Ainsi, elle ne voyait dans les livres sur les étagères que la reconnaissance / célébrité, non le travail qu’il y avait derrière. C’est ce qui m’a bloquée dans ma critique de La vérité sur l’affaire Harry Québert : d’un coup je ne voyais plus cette œuvre comme un succès que je trouvais déplorable, mais j’y ai projeté l’image que je me faisais de son écrivain, de sa démarche d’écriture, du travail qui lui a été nécessaire pour parvenir au bout de cet ouvrage. Qui suis-je pour oser cracher ainsi sur ce travail ? Et d’un autre côté, pourtant, c’est là aussi l’apanage de tout art : d’être soumis au jugement subjectif de chacun, sans que la quantité de travail nécessaire ne pèse dans la balance. C’est aussi pour cela que l’immuabilité d’un livre me fait tellement peur, après tout.

            Pour en revenir à la reconnaissance, je maintiens mon opinion que j’exprimais en réponse à Personne : je ne critique aucunement qu’elle puisse être motrice, je critique par contre l’idée qu’elle soit le seul moteur de la création.

        • Je n’ai pas le bagage psychologique suffisant pour parler avec assurance de l’ambition et de la reconnaissance, mais je reconnais bien le comportement que tu décris chez d’autres personnes. N., que je citais dans mon article, a eu une chouette réaction quand je l’ai confronté à cette idée sur son envie d’écrire : il m’a répondu en riant qu’après tout, qu’on avait tous eu un jour ou l’autre envie d’être des rock stars. L’écriture, comme tu le précises justement, est simplement plus accessible et immédiate. Ceci dit – et je pense que cela a été mal perçu par plusieurs lecteurs – je ne dénigre absolument pas ce comportement, je suis persuadée que cette motivation a pu engendrer de véritables vocations. Je trouve néanmoins important pour un auteur de l’identifier et de se l’avouer, car cela peut être un moteur enfermant si la reconnaissance en est le seul carburant.

          Enfin, je ne souhaitais pas être indiscrète quant à ton identité, je souhaitais simplement lever un doute ; suite à ton souhait, je ne reviendrai pas sur le sujet, merci de m’avoir tout de même répondu !

          PS : Ta remarque sur les Moleskine m’a fait rire, je me reconnais tellement ado lorsque j’ai acheté mon premier carnet de cette marque, totalement embobinée par leur marketing ^^

          • En effet, je n’avais pas du tout compris ce que tu voulais dire à propos de Joël Dicker ! Cela dit, ce n’est pas parce qu’il a travaillé dur que le résultat n’est pas critiquable. C’est quelque chose que je m’efforce de faire comprendre à mes élèves, qui, à l’instar de nombreux adultes, croient que faire des efforts suffit à briller. Malheureusement, tu peux te donner tout entier et produire un résultat médiocre !

            Quant à l’aspect immuable du livre… J’aime à imaginer que chaque livre est le reflet d’une étape dans le parcours d’un écrivain. Pas plus qu’un seul billet blog, il ne peut représenter toute une personne…

  2. Pfiouuuu, plusieurs choses…
    1. Merci de me donner une raison définitive de ne pas lire La vérité sur l’affaire Harry Québert (parce que votre jugement est fiable à mes yeux)!
    2. L’écrivain (Joël Dicker) est, en fait, Suisse. Ceci explique cela? Je ne crois pas tant Ramuz, Chessex, Grobéty et j’en passe ont des styles si sublimes!
    3. Je crains que le fait qu’il soit question de vie où de mort ne soit ni suffisant ni nécessaire pour qu’un livre passe à la postérité (ou simplement nous envoûte)…
    4. « Je n’ai rien à écrire qui vaille la peine d’être publié » Idem. Mais tellement… Et pourtant… (mille blogs… Mais probablement moins de mots)
    5. « Je n’écris pas pour qu’on se souvienne de moi après ma mort. J’écris pour me rappeler au fait que je suis bien vivante. » Pfiou! Tellement juste! Wow!
    6. En ce moment, je gère ma frustration en écrivant un livre, justement. Mais un livre de statistiques… Nous sommes bien peu de choses ;)

    • 1. Étrangement, La vérité sur l’affaire Harry Québert a été une des lectures qui m’a le plus marquée de ces derniers mois. Pour cette confrontation, cette surprise, ces francs éclats de rire, et cette interrogation du pourquoi ce livre est-il aussi acclamé, c’est pas possible ! Le bouquin se lit très vite, je l’ai bouclé en quelques jours, aussi je pense que c’est un exercice qui peut être intéressant malgré mon opinion négative. Je suis tout du moins très contente de l’avoir lu, et je ne considère pas cela comme du temps perdu.

      2. Je ne savais pas que l’écrivait était Suisse, ce qui pourrait être une petite excuse ? Je ne sais pas vraiment. Raison de plus pour vous de le lire, pour m’indiquer si la nationalité pourrait être une justification du style ;)

      6. Je pense avoir mis de côté dans ma réflexion les écrits plus « utilitaires » de partages de connaissances. J’ai considéré inclure à cet article ma thèse, qui est après tout un livre à part entière, mais on n’est absolument pas dans un tel processus créatif. Ceci dit, il n’en est pas moins épuisant, bon courage pour votre rédaction !

  3. Cela faisait longtemps que je n’avais pas pris le temps de commenter ! Il faut dire que j’ai parfois tellement de choses à dire que je choisis de… ne rien dire (excuse la plus absurde de l’univers).

    Alors, en vrac :

    Merci de critiquer des livres encensés par le public. Je n’ai pas lu celui là, mais ça m’est arrivé avec d’autres (Une chanson douce par exemple), et je me sens si seule dans mes critiques. Quand j’écris une review (anglicisme, mais pour ne pas dire critique, qui laisse à penser que je ne dis que des choses négatives) d’un livre – sur GoodReads, je parle toujours du fond ET de la forme. Car c’est vraiment important pour moi aussi, que ce soit bien écrit ! Mais je semble être la seule au monde (marseillaise un peu) à commenter (et critiquer souvent) cet aspect là…

    Quand à l’envie d’écrire un livre, moi aussi, c’était sur ma « liste » (je n’aime pas y penser comme « liste des choses à faire avant de mourir », mais plutôt « liste des choses à faire un jour ») (un jour étant « quand je sentirais que je pourrais y consacrer assez de temps pour m’y mettre sérieusement, et donc quand mes centres d’interêts « du moment » me demanderont moins de temps) (par exemple, j’ai « apprendre le piano », mais le jour où je m’y (re)mets, je veux m’y mettre vraiment !). Bref, tout ça pour dire, « écrire un livre » était dans ma liste, et puis j’ai fait le NaNoWriMo. Et je me suis rendue compte que ce n’était pas pour moi. Je crois que je suis trop « fermée d’esprit » (ça me fait mal de l’écrire). Je suis incapable d’écrire un personnage qui ne penserait pas comme moi. Alors bon, écrire un roman où tous les personnages penseraient pareils, et résoudraient les conflits de la même manière que moi, je crois que ça n’a pas trop d’intérêt.
    L’autre truc, aussi, c’est que j’ai envie d’écrire un bon roman. Sauf que le premier (et le deuxième, et le troisième) n’ont aucune chance d’être bons ! L’écriture, ça se travaille !

    Et je finis par oser un reproche sur ton écriture, histoire de rester dans le sujet :D Je trouve personnellement que l’utilisation d’initiales casse un peu la lecture. Je préfère lire un article qui parle de Norbert* et Kévin (* prénom changés) plutôt que N et K : les initiales me demandent un effort intellectuel plus important pour savoir de qui on parle, bizarrement.

    Bonne journée ! (je n’avais pas d’autre idée de conclusion !)

    • J’accepte ton excuse sans ressentiment ! Commenter un article prend souvent beaucoup de temps et d’énergie que l’on n’a pas toujours, et je suis déjà très contente que tu te lances sur certains :)

      Je ne me sers pas beaucoup de Goodreads mis à part pour recenser les livres lus afin de les afficher dans ma page Dernièrement ; je n’ai pas souvent quelque chose à ajouter aux critiques déjà publiées. Aussi je trouve génial que tu aies trouvé un axe critique trop souvent négligé (celui de la forme) et que tu y accordes une attention particulière ! C’est ce qui fait de tes critiques un complément original et qui mérite d’être publié selon moi ;)

      Pour l’envie d’écrire un livre, la question que je me pose en te lisant est : Pourquoi ? Quelle est ta motivation, d’où te vient cette envie ? La réponse m’intéresse beaucoup :) Et je saisis totalement ce que tu veux dire par « je suis trop fermée d’esprit » ; ceci dit, il existe de multiples autres genres que les romans de fiction ! J’en discutais hier avec quelqu’un qui m’a mentionné les livres pour enfants, je n’y avais absolument pas pensé alors que ça peut être un genre passionnant, qui nécessite d’autres compétences qu’une construction complexe et crédible de personnages.

      Respect infini vers toi pour avoir essayé le NaNoWriMo ; j’adore cette initiative, qui pour moi est un excellent débloqueur d’angoisse de page blanche et peut aider à lâcher prise sur un certain perfectionnisme. Avoir un brouillon, tout aussi imparfait, est toujours bien plus concret que d’avoir un livre idéal dans sa tête. Et, pour toi, avoir entrepris cette démarche semble t’avoir aidée à affiner ton rapport à l’écriture, ce qui est très important selon moi ! Par contre, quelle pression de se dire que son premier roman doit être bon… C’est d’ailleurs le point de départ de La vérité sur l’affaire Harry Quebert : un écrivain dont le premier roman a connu un succès incroyable est totalement paralysé dans son processus d’écriture par la pression de faire aussi bien pour son roman suivant. Si le sujet du travail d’écriture t’intéresse, je te recommande vivement Écriture : mémoire d’un métier de Stephen King qui m’a vraiment ouvert les yeux sur les méthodes d’un écrivain (et le fait que j’aime beaucoup l’auteur a du peser dans la balance également ^^).

      Enfin, bien noté pour ta remarque de style, merci de l’avoir mentionné ! Tu as raison, cela complexifie la lecture ; je ne sais jamais quelle est la limite d’inclure des personnes extérieures à mes articles (ça se tient en photo comme à l’écriture) tout en respectant leur identité, je peux comprendre que ça puisse en déranger certains. Les initiales me permettent de me rappeler de qui je parle sans pour autant les mentionner directement, mais je reconnais que ce n’est pas une bonne solution. Je vais y réfléchir !

      • Pourquoi j’ai toujours eu envie d’écrire un livre ? Probablement car j’adore lire, et que j’ai envie de transporter des gens comme moi j’ai tant pu être transporté.

        Et figures toi que je me suis essayée au roman pour enfant, pour mon 2ème NaNo. J’ai laissé tomber assez vite, mais pour d’autres raisons (j’étais enceinte, c’était les débuts, et il se passait trop de choses en moi pour que j’arrive à me concentrer vraiment sur un NaNo) mais, maintenant que tu me rappelles cette expérience, je crois que j’aurais envie de le continuer un jour. J’aime beaucoup le genre, le conte, le fait de pouvoir aller dans l’exagération et la répétition.

        J’ai lu «Écriture : mémoire d’un métier» (ainsi que beaucoup d’autres) pendant mon NaNo justement, et j’ai adoré aussi (mais pareil, j’adore King, alors je ne sais pas si je suis très objective !). C’était vraiment fascinant de voir comment ça se passait « en coulisse ». Et surtout de voir qu’il a commencé si tôt, si jeune et qu’il ne s’est jamais arrêté d’écrire !

        Pour les initiales, tu peux peut-être renommer tes amis (avec un prénom qui commence comme le leur, histoire de t’y retrouver ?). À l’image de Boulet qui dessine ses amis comme les sosies de X ou Y (plutôt que de dessiner juste un bâton par exemple) (mon analogie est peut être foireuse :D)

  4. En fait, ce qui me paraît bizarre dans ton article, c’est la formulation de sa problématique : j’ai l’impression que d’un côté, on trouve les auteurs de livres, qui aspirent à la reconnaissance post-mortem, et de l’autre, les « vrais » écrivains, qui n’achèveront jamais (ou presque) leur travail parce qu’ils sont perfectionnistes.

    En fait, partant du constat que pour certains, la publication représente une consécration sans grand rapport avec l’Art, tu sembles sous-entendre qu’une œuvre publiée l’est nécessairement parce que son auteur veut laisser une trace dans le monde.

    Quelle que soit la qualité de son écriture, et surtout s’il s’agit de fiction, il me semble évident qu’un écrivant qui « planch[e] des centaines d’heures sur cette histoire, sur ces personnages, sur ces phrases »… le fait parce qu’il est animé d’une passion. Combien d’écrivains ne seront jamais publiés ? Il y a peu d’élus, et beaucoup trop d’appelés, pour que l’unique objectif d’un écrivain soit la reconnaissance.

    Tu as raison de constater que « le livre n’a plus rien de sacré » et que la rentrée littéraire nous inonde de centaines de nouveaux romans… Mais quand le livre a-t-il été sacré ? Il y a autant de livres que d’écrivains (pardon pour le truisme)… Et comme tu le remarquais en préambule, les personnes que tu interroges n’écriront probablement jamais une ligne (ce qu’elles reconnaissent elles-mêmes), ce qui fait que je ne comprends pas comment elles peuvent te servir d’exemple pour parler de la production littéraire effective. Les gens qui publient effectivement, ont sué sang et eau sur ces pages, ça n’a probablement pas grand-chose à voir avec un désir un peu superficiel de célébrité.

    Tu dis : « Écrire un livre m’est quelque chose de beaucoup trop définitif et incontrôlable. Il s’agit de figer le temps en une œuvre unique et immuable, destinée à être léguée au monde dans l’espoir qu’elle ne s’y fanera pas, en espérant que les autres se souviendront de l’arroser de temps en temps. »

    Je ne vois pas vraiment en quoi un livre est plus définitif qu’un blog par exemple (à moins que tu ne modifies d’anciens billets, ce que tu publies y est bien définitif). Mais surtout, cette réflexion me surprend de la part d’une blogueuse. Car nous avons beau répéter que nous écrivons avant tout pour nous-mêmes (ce qui est sans doute vrai au départ du geste scriptural), nous publions. Pas forcément pour être reconnues, mais pour partager. Je ne vois pas ce qui différencie cette démarche de la volonté de publier un roman papier.

    • Ton commentaire me fait constater un décalage entre mon intention et ta perception, et je ne sais pas si c’est parce que je me suis mal exprimée dans mon article, ou si c’est car tu l’as interprété au travers de ton propre prisme. Comme je le répondais à Kafka, je ne souhaitais que partager mes propres résonances, en aucun cas je ne me permettrais d’appliquer un jugement sur la démarche des auteurs qui, bien entendu, est bien plus complexe et personnelle que l’écho de quête d’immortalité qu’elle m’évoque.

      Ma distinction de « catégories » n’est absolument pas sur les écrivains qui publient et en vivent ; je ne connais personne qui soit dans ce processus et avec qui je pourrais en discuter, hors quelques auteurs de livres autoédités dans un cercle restreint. Je distinguais avant tout deux profils que je constate chez les personnes qui m’expriment ce désir d’écrire un livre : d’un côté, ceux qui sont pour moi véritablement auteurs, en éprouvant les mots et en se confrontant à cette sorte d’obsession artistique dévorante – bien loin de cette seule motivation de reconnaissance, comme tu le mentionnais justement. De l’autre, ceux qui ne souhaitent pas en réalité écrire un bouquin, mais qui souhaitent laisser une trace de leur passage – c’est ce que j’en tire souvent après en avoir discuté un peu avec eux. Je ne parlais pas de production littéraire effective, je n’ai de loin pas une assez bonne connaissance du milieu. Mais je ne pouvais m’empêcher de projeter ces deux profils sur mes dernières expériences littéraires, tout en sachant très bien qu’il ne s’agit pas d’une réalité, mais de mon simple ressenti – ceci n’était peut-être pas assez clair dans mon propos.

      Pour répondre à ton dernier paragraphe, je suis totalement en désaccord avec toi : le blog m’est un support bien plus malléable et bien moins définitif qu’un livre. Une fois ce dernier publié, plus moyen de revenir en arrière, de limiter son accès, d’éditer certains passages voire de l’annihiler si souhaité, ou de le faire évoluer à l’avenir. Cette permanence m’effraie : l’artiste perd totalement la main sur son œuvre. Ce qui est pour moi incroyable et admirable, sans aucun doute un véritable aboutissement, mais que je ne suis pas prête à faire de mon côté. Le blog n’est pas une œuvre fixe dans le temps : chaque nouveau billet est une évolution. Je vois cette forme d’écriture comme un calendrier qui défile jour après jour, pas un cliché définitif d’une date en particulier. Je me sens bien plus à l’aise de manipuler un ensemble de textes qui se construit d’année en année que de le concentrer en un seul livre qui sera figé dans le temps – j’ai du mal à exprimer la nuance que j’y vois, la saisis-tu ?

      Il m’arrive en outre d’éditer certains billets (pas sur leur fond, mais souvent pour corriger quelques coquilles), et je trouve très rassurant l’idée que je peux contrôler dans une certaine mesure la diffusion d’Hypo à tout moment. Je peux le supprimer entièrement ou en partie un jour, je peux en limiter l’accès comme ce que j’ai fait avec son ancienne version, et j’ai besoin de ce sentiment de contrôle qui m’est aussi permis par l’immatérialité de son support. Ce qui me serait totalement impossible avec un livre.

      Enfin, tu as évidemment raison de souligner que le blog est aussi une forme de publication – c’est ce qui m’a tellement fait sourire lorsque j’allais écrire que je ne veux pas écrire de livre car je n’ai rien à partager. C’est faux bien évidemment, sinon je n’écrirais pas ici en ce moment même. Toutefois, il me semble que le blog (tout du moins tel que je le conçois) est adressé à un public plus restreint et plus intégré à l’œuvre. Je me trompe peut-être, mais je ne vois pas la publication d’un roman comme un processus où l’écriture est dirigée pour générer une interaction entre lecteur et auteur, comme c’est le cas entre commentateurs et blogueurs. Hypo m’est tout aussi cher pour les articles que j’y publie que pour les réactions et discussions qu’ils génèrent – et c’est aussi pour cela que cet exercice me correspond bien plus que celui d’écrire un livre. Qui répond sans aucun doute à d’autres besoins et motivations, ces derniers ne sont simplement pas les miens.

      • je ne souhaitais que partager mes propres résonances, en aucun cas je ne me permettrais d’appliquer un jugement […]

        Oh, mais je sais bien ! :) Je ne discute que de ces résonances justement. Comme tu le faisais aussi remarquer à Kafka, ceux qui te connaissent (plus ou moins) savent que ton blog n’a jamais eu vocation à porter des jugements sur tes contemporains.

        Je pense que ce qui produit, peut-être, un décalage entre ce que tu avais envie d’exprimer de tes propres perceptions, et la réception de ton article (par moi-même, en l’occurrence), c’est effectivement qu’il soit illustré par les exemples de Joël Dicker et de l’illustre inconnu et ses bouquins à 50 centimes. C’était difficile de ne pas y voir un parallèle. Et ce parallèle me paraissait étrange, parce qu’aucune des deux œuvres n’était, apparemment, une autobiographie ou une autofiction (c’est vrai que pour ces deux genres, la question de l’auto-promotion et du désir de reconnaissance semble prégnante).

        Je pense que j’ai mieux compris pourquoi tu décrivais le blog comme « non figé », même si j’imagine que c’est discutable (je ne peux m’empêcher de penser à ton article « Nom de plume » et au fait qu’on contrôle probablement moins qu’on le pense nos contenus – rien n’empêche personne de sauvegarder tes billets sur son disque dur). Et tu as raison : si le roman est probablement écrit pour générer une connivence avec le lecteur, on ne peut pas parler d’interaction.

  5. Et bien je crois que moi aussi j’ai un trouble avec cet article. Je rejoins les propos de Nath juste au dessus.
    J’ai l’impression d’une comparaison douteuse entre les « vrais » qui écrivent et les autres en quête de célébrité. Je ne crois absolument pas que tous ceux qui désirent écrire un livre un jour le fasse pour laisser une trace et avoir son nom sur une étagère. Ou alors c’est juste ton sondage qui amène à ton interprétation..
    Je suis gênée parce que ce n’est jamais ce que j’ai eu comme ressenti en te lisant, cette sensation de jugement. Et je vais rester sur le fait que c’est sa présentation qui provoque cet effet là.

    • Merci d’avoir partagé ta gêne aussi ouvertement, Personne ; cela me confirme qu’il y a peut-être quelque chose de maladroit dans ma formulation, puisque je suis bien loin de vouloir porter un jugement sur différentes pratiques d’écriture. Je me demande aussi dans quelle mesure c’est aussi peut-être parce que je touche à un point sensible pour certaines personnes qui sont elles-mêmes dans ce travail d’écriture. En tout cas tu me confirmes que j’aurais du mieux réfléchir à l’impact de mes mots. Si tu le souhaites, je t’invite fort à lire les discussions en commentaires où je développe mon point de vue, en espérant te convaincre que je n’avais pas de mauvaises intentions. Pour résumer, je souhaitais avant tout révéler les projections que j’avais faites sur certaines expériences littéraires, qui m’ont aidées à mieux comprendre pourquoi j’étais si indifférente à l’idée d’écrire un livre. En aucun cas dans mes propos je n’indique que les écrivains écrivent purement par besoin de reconnaissance. Je me permets simplement de mentionner l’idée que certains le font, surtout certaines personnes qui me disent vouloir écrire un livre alors qu’elles avouent elles-mêmes ne pas souhaiter entretenir une pratique d’écriture.

      • Tu n’as pas à me convaincre de quoi que ce soit, c’est bien la première fois que j’ai ce ressenti et j’estime vraiment qu’il doit être du à des interprétations de toutes parts.
        J’ai lu les commentaires et je comprends tout à fait que le fond du sujet est ton rapport à l’écriture. Et en cela je n’ai rien à dire, à part peut-être que ça aurait été intéressant de creuser davantage de ce côté.
        Là où j’y vois une maladresse, c’est la première partie de ton propos tout en comparaisons qui paraissent être des interprétations et des jugements assez vite expédiés. Je ne pense pas que tu aies besoin de ça, vu où tu en es de tes écrits.
        Mais je reconnais aussi que si ça me gêne autant, c’est que je me retrouve dans ces gens qui pourrait rêver d’écrire mais absolument pas dans ce que tu dis d’eux (le troisième paragraphe est un peu raide pour moi).
        En toute amitié bien-sûr.

        • Pour le troisième paragraphe, je pensais que de l’introduire en parlant des gens « dont je ne connais aucun goût pour l’écriture et qui m’avouent eux-mêmes ne pas pratiquer cet art » ferait comprendre que je parle bien ici d’une certaine catégorie de personnes (dont je prends N. comme exemple), qui après discussion m’ont avoué que leur motivation réelle n’est pas d’écrire – ce qui ne me semble pas être ton cas ?

          Par contre, je ne comprends pas ce que tu veux dire par « Je ne pense pas que tu aies besoin de ça, vu où tu en es de tes écrits » ?

          • C’est pour exprimer le fait que vu ton expérience d’écriture et ce que tu livres ici depuis des années, je trouve ton préambule pas franchement nécessaire pour la suite de ton propos. Et que peut-être tu pouvais aller directement au but et approfondir « l’écrit et la mort ». En lectrice avisée de ton blog, je pense pouvoir me passer de longues introductions. Mais ça n’engage que moi.

            • Ok, je comprends mieux, merci d’avoir précisé ton propos ! Toutefois le cœur de mon article n’est pas « l’écrit et la mort » comme ce que tu aurais aimé lire, et ce que tu appelles une longue introduction était en réalité la matière première de ma réflexion. Ceci confirme ainsi un décalage entre nous deux sur ce texte, toi dans ta perception, moi dans mon expression. Enfin, je tiens à préciser que je n’écris pas en ayant en tête pour seuls interlocuteurs mes lecteurs réguliers.

              PS : encore navrée pour cet affichage de commentaires imbriqués sur téléphone, puisque tu me disais n’interagir que par ce biais – je suis en train de travailler à une meilleure solution !

              • Ok, il devient comique alors de constater que nous n’avons pas l’air de parler du même sujet.
                J’ai relu ton article en me re-questionnant sur son sujet, là où j’ai cru que tu parlais de ton rapport à l’écriture en lien avec celui de la mort (pour faire court). Tu me dis que ce n’est pas ça et pourtant cette « mort » est présente de ton titre à ton dernier paragraphe. Ceci est juste un clin d’œil, je ne veux pas polémiquer. En tout cas, je trouve ça intéressant…

                • Je t’accorde ce point-là :) Le lien entre écriture et mort ne m’est venu que tard dans ma rédaction, et j’ai choisi le titre de l’article avant de le publier, ceci explique cela ! Peut-être publierai-je un jour un autre article plus précis si ma réflexion évolue sur ce sujet, qui sait ? Pour l’heure, je n’en suis qu’au début et prends beaucoup de pincettes sur mon propre rapport à cette thématique, vu qu’il est assez conflictuel. D’où peut-être aussi le fait que j’ai inconsciemment évité de l’approfondir ? C’est intéressant en effet ;)

  6. Les gens qui veulent avoir écrit un livre mais pas l’écrire, je vois très bien. ^^ Cela tendrait néanmoins à aller à l’encontre de ta remarque sur le livre désacralisé : l’objet l’est sans aucun doute, mais l’idée reste dans le registre du sacré. Être publié, dans l’esprit de beaucoup, c’est être choisi, être élu comme le croyant peut l’être par la grâce divine (d’où un certain dédain pour l’auto-édition, qui fait disparaître cet aspect-là).
    Qu’on aime ou non véritablement écrire, qu’on soit ou non doué pour le faire, il reste sûrement un peu de ça, même chez ceux qui passent à l’acte : l’envie de démultiplier son existence, de se projeter hors d’elle ou elle hors de nous. Après tout, c’est aussi une qualité de romancier, comme le fait indirectement remarquer Anne-So en exprimant ses difficultés à sortir de son propre mode de pensée. Peut-être y a-t-il un élan commun à l’origine du désir de laisser quelque chose de soi après sa mort, et celui d’explorer la psyché d’autrui (on se fait omniscient, un dieu qui dépasse notre simple personne).
    Et sûrement de nombreux auteurs sont conscients de la vanité de leur œuvre ; leur geste certes dérisoire et même risible du point de vue de l’éternité (ou même de la rentrée littéraire) n’en est pas moins beau dans l’instant (s’il est conscient, c’est-à-dire si la vanité n’est plus synonyme de narcissisme et devient vanités). Être publié, ce n’est pas seulement diffuser quelque chose de soi dans le temps, mais aussi dans l’espace : tout bêtement, les circuits commerciaux des (grandes) maisons d’éditions permettent d’atteindre plus de personnes (d’où le dédain bis de l’auto-édition, parce qu’il faut sacrément trimer pour retrouver la force de frappe d’un système organisé). Tout ça pour dire qu’on peut retrouver dans l’édition d’un bouquin l’idée du partage que tu sembles associer plus étroitement au blog, et la conscience de la vanité de ce mouvement.
    Opposer blog et bouquin me paraît un peu faux là-dessus, même si cela a quelque chose de rassurant, comme si le blog nous gardait de désirs trop grands pour nous. L’impression de se concentrer sur l’essentiel : écrire / partager sa vie pour se rendre compte qu’on l’a bien vécue, qu’on la vit encore à chaque instant. Dans Les Voyageurs du temps, Sollers (par ailleurs insupportable de condescendance) disait qu’écrire ses livres, finalement, c’était juste une sorte de vérification, comme d’aller s’entraîner au tir alors qu’il n’a pas l’intention d’avoir jamais à se servir d’une arme en dehors du stand de tir. Juste pour vérifier qu’il est bien vivant. (Mais insupportable de condescendance, donc peut-être plus travaillé par le désir d’éternité qu’il ne veut bien l’avouer, je te l’accorde.)(Comme nous tous, quoi).

    • Je suis désolée, j’ai encore tartiné (tu n’as qu’à faire des articles moins thought-provoking, aussi).

      • Moi j’aime beaucoup quand tu tartines, puisque tes commentaires fourmillent toujours de références et de pistes de réflexion complémentaires aux miennes ! Ne sois donc jamais désolée de si bien compléter les sujets que j’aborde :)

  7. Essayer de trancher sur la validité des motivations initiales d’un écrivain, c’est difficile, même si forcément, ça impact le ressenti global d’une oeuvre.
    En ce qui me concerne, l’envie d’écrire est immense, l’envie d’être lue, relativement inexistante. Paradoxe… Je m’explique. J’écris sur un blog parce que le contrat d’écriture que je passe avec moi même (au moins sur une alimentation régulière et une certaine correction) est plus strict : un carnet, un journal intime, des feuilles volantes sont tellement faciles à perdre, à abandonner. Le blog m’oblige à une certaine rigueur, j’ai besoin de ça pour avancer. Après, j’adore avoir des retours car celles qui commentent sont aussi celles que je lis, ça reste dans un petit cercle et c’est très bien comme ça.
    Ton article soulève pour moi la question de la créativité dans la vie. J’ai décidé de lui faire une place car je crois que j’ai besoin (tellement!) de ce cheminement-là. Cheminement et pas produit fini : le livre, la production plastique est un produit fini et j’avoue que sa réalisation ne me motive pas en soi. C’est le processus (comme tu l’as si magistralement montré une fois) qui compte, l’exploration, la réflexion. Un peu stérile, un peu vain peut être, je le reconnais puisque je n’en tire rien de concret mais je crois qu’à ce stade de ma vie, j’ai besoin de chercher. Celui d’accomplir viendra peut être plus tard.
    Pour alimenter la réflexion, voici pour qui s’intéresse au sujet un très bon article de Martin Winckler sur le fait de se dire écrivain (c’est un point de vu assez rafraîchissant et plein de bon sens) : http://www.enviedecrire.com/martin-winckler-qui-a-le-droit-ecrire/
    Il y a aussi le très connu Libérez votre créativité de Julia Cameron qui personnellement m’a beaucoup aidé (mais qui est traduit avec les pieds : préférez la version originale).

    • En te relisant, je pense aussi à Barthes et à sa définition de l’écrivain et de l’écrivant. http://www.voxnr.com/cc/dt_autres/EFlkApllyAizDhzGJS.shtml

      En le reliant à ce que dit Winckler, je trouve que ça libère beaucoup de champ mental finalement. Qu’importe l’audience, le support, la reconnaissance académique, nous pouvons tous être écrivain.

    • Là où dans mon article je me concentrais vraiment sur la notion de produit livre et le rapport qu’on peut entretenir à lui (comme le développe joliment la souris dans le commentaire précédent aussi), j’aime beaucoup ton complément de réflexion qui se tourne plus sur l’acte en lui-même d’écrire dans lequel, tout comme toi, je me reconnais bien plus.

      Par contre je regrette que tu trouves ta propre pratique de l’écriture comme étant stérile, vaine, et que tu n’y tires rien de concret : tu l’écris toi-même, elle répond très bien à ton besoin d’exploration et rien que pour cela, il a sa place toute entière dans ta vie :) J’y retrouve une certaine minimisation de ton besoin de créativité que tu exprimais déjà dans ton article « Essais – erreurs », mais je suis contente de lire que tu contre-carres ce pessimisme en continuant à te battre pour entretenir tes tâtonnements et tes lectures à ce sujet :)

      Quant au titre d’écrivain, l’article de Wickler (que je ne connaissais que pour ses articles médicaux !) est fort à propos et reflète ce que je regrette souvent : pour un grand nombre de personnes, l’écriture n’a de valeur que si elle est associée à un travail d’écrivain publié et « validé » par la société. Alors que cette écriture, et le statut d’écrivain par extension, est bien plus multiple et ouverte ! D’ailleurs, la distinction de Barthes m’a fortement impactée, je la trouve très juste.

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