Nom de plume

Bloguer sous couvert de pseudonymat m’a toujours été une évidence. En 2004, année où j’ai mis en ligne la toute première version d’Hypothermia, Internet était encore un no man’s land dont les frontières et lois étaient floues et sans cesse redéfinies. Rares alors étaient les personnes s’exprimant sur le web en leur nom propre. Les réseaux sociaux n’existaient pas encore, et leurs ancêtres étaient réservés à une catégorie d’utilisateurs déjà convaincus de la nécessité de dissocier leur activité virtuelle de leur identité réelle. Cela fait ainsi plus de dix ans que j’écris en ligne sous le pseudonyme Eliness, et que j’ai toujours tenu à distinguer cette pratique de mon nom patronymique.

Jaune

Aujourd’hui, force est de constater que cette généralité est de plus en plus anecdotique. La démocratisation du web et son infiltration dans les moindres aspects de la vie de tout un chacun a brisé cette image de bal masqué aux invités particuliers. L’exemple le plus frappant est sans aucun doute Facebook, dont la politique a toujours été de favoriser l’utilisation du nom d’usage. Internet ne sert alors plus à échanger entre inconnus, mais entre gens « de la vraie vie », identifiés comme tels.

Jusqu’à il y a peu de temps encore, je me vantais d’être capable de jongler entre ces deux versions de ma personne, réservant Eliness d’une part à toutes les activités personnelles gravitant autour du blog, et mon identité réelle d’autre part à mes pratiques en ligne professionnelles, et aux proches à qui je ne souhaite pas dévoiler Hypothermia. J’admets néanmoins que malgré mes précautions, il m’est de plus en plus compliqué de préserver une frontière hermétique entre ces deux univers. Il est actuellement tellement facile, en tirant quelques ficelles accessibles à n’importe qui, de dérouler toute la vie d’une personne en ligne pour peu qu’elle n’ait pas pris toutes les précautions nécessaires. Un simple pseudonyme m’a parfois suffi à retrouver nom, prénom, adresse, téléphone, goûts, fréquentations. Tout autant d’indices que j’essaie moi-même de ne pas disséminer, et qui pourtant finissent aussi par me piéger.

C’est à chaque fois Facebook qui m’a trahie, en suggérant subitement mon compte Instagram à tous mes contacts réels sans que je n’aie jamais autorisé ce transfert d’information, ou bien encore en reliant mystérieusement mes adresses mail personnelles et professionnelles alors que j’ai toujours pris très grand soin de ne jamais les connecter. Il est également arrivé à plusieurs reprises que d’autres personnes, au courant de mes deux identités sans pour autant avoir conscience de mon point d’honneur à les dissocier, partagent sur ce réseau social mes articles sous mon nom réel, levant ainsi mon pseudonymat. Il y a quelques semaines, épuisée de sentir les rênes m’échapper des mains, j’ai choisi de couper court à la machine qui s’emballe en clôturant définitivement mon compte Facebook. Cette décision que je ne regrette pas une seule seconde m’a certes soulagée, me rendant temporairement le contrôle (ou tout du moins l’illusion que j’en ai) de mes identités. Je m’interroge cependant : À quand la prochaine faille ? Comment m’en prémunir ? N’est-ce pas un combat perdu d’avance, et pourquoi est-ce que je tiens tellement à m’y engager malgré tout ? Pourquoi est-ce que je me sens si menacée par le risque que mon identité virtuelle soit compromise, et cela a-t-il encore un sens aujourd’hui de vouloir la préserver à tout prix ?

Certains proches de ma vie réelle ont déjà réagi très négativement lorsque je leur ai révélé l’existence de ce blog. Pour différentes raisons, ces personnes l’ont jugé comme une sublimation de mon quotidien, une mise en scène narcissique de ma personne, une identité construite de toutes pièces derrière laquelle je me cacherais, me travestissant ainsi en ligne pour m’échapper de la réalité que je réinterprète ainsi comme cela m’arrange. Sous ce jugement hâtif et malhabile, je reconnais qu’il y a une part de vérité. Eliness est un avatar imaginaire, croisement d’influences, d’idéaux, de tâtonnements identitaires et de libération créative qui, effectivement, puisent dans ma réalité pour la modeler ici à ma guise en une mythologie personnelle. Loin de considérer cette activité comme toxique, je la conçois comme étant indispensable à ma construction personnelle. Pourtant je sens qu’elle est de moins en moins comprise, au point où j’ai du mal parfois à ne pas la remettre en question.

Rouge

En effet, de nombreux articles accusent un tel étalage et mise en scène de la vie privée en dénonçant la facilité du mensonge que permet Internet. On parle de ces comptes Instagram qui font miroiter des instants rêvés tout comme de ces blogs qui idéalisent la vie de leurs créateurs comme autant de preuves qu’une exposition en ligne est bien souvent malsaine. Face à de tels arguments, j’ai beaucoup de mal à défendre ma démarche. Personnellement, je me délecte de régulièrement enfiler mon masque pour écrire sur ce blog, pour forger cette identité qui n’est pas tout à fait moi, qui n’est pas tout à fait pas moi, qui est cet entre-deux, ce support d’expression créative et introspective qui m’apporte un équilibre indispensable entre mon imaginaire et ma réalité.

Cette pratique m’est essentielle et pourtant, je ne l’assume pas intégralement, la réservant à un certain public et empêchant par tous les moyens à un autre d’y accéder. Par exemple, dans la vie réelle, je travaille dans un milieu scientifique hélas très fermé à toute discipline sortant des sciences dures ; je me vois ainsi mal être jugée par un potentiel recruteur, collègue et/ou collaborateur sur la base d’autoportraits peinturlurés qu’il aurait pu trouver ici. En outre, ce blog est inconnu d’une majorité des membres de ma famille, puisque je souhaite préserver ce que j’y publie de leur regard pour des raisons qui me sont propres. N’est-ce pas du coup paradoxal, que le reste du monde puisse y avoir accès ?

Pas sous couvert de pseudonymat. Eliness me permet de préserver un certain contrôle de la passerelle IRL vers virtuel. Là où utiliser un pseudonyme était autrefois un moyen de protéger son identité réelle, publier sous un nom de plume me permet de préserver mon identité virtuelle. Être lue par des anonymes ne me dérange absolument pas, car ils n’ont accès qu’au masque. Mais les proches de mon quotidien connaissent la personne qu’il y a derrière, et je tiens à maîtriser l’image que je leur renvoie. Je ne suis pas la même face à ma famille, face à mes collègues, face à mes amis, face à mes lecteurs. Séparer Eliness de mon identité réelle me permet de contrôler ce que je donne de moi à qui. Plus je serai à l’aise avec toi, plus je baisserai les armes et te dévoilerai mon vrai visage. Mais d’abord, laisse-moi le choix du masque avec lequel je vais me présenter à toi.

Je ne suis pas dupe, ce carnaval est mon propre moyen de défense pour contrer un certain manque d’assurance et de responsabilité quant à mes publications. Il y a toujours la crainte du regard de l’autre, particulièrement des gens qui ont du pouvoir sur moi dans la vie réelle. Je n’assume pas tous les aspects de ma personnalité face à tous les gens que je connais, et ce blog m’est trop précieux pour que je l’ouvre à toute personne de ma vie réelle, n’étant pas assez forte pour risquer le jugement de certaines d’entre elles sur ce que je publie ici.

Je m’en sors sur Hypothermia aujourd’hui car j’y préserve une façon de bloguer telle que je la considérais il y a dix ans de cela. Loin de vouloir attirer l’audience la plus large possible, je tiens au contraire à l’intimité d’un tel blog, à la rencontre hasardeuse entre pseudonymes qui peut aboutir à de merveilleuses connexions, sans crainte de répercussions réelles. Il n’empêche que je sens doucement planer une menace sur cet espace, comme si une telle vision était de plus en plus incompatible avec l’évolution du web actuel.

Partout autour de moi ferment des blogs que j’adorais lire, qui m’inspiraient, qui me bouleversaient, qui me changeaient. J’ai l’impression que de nombreux créateurs ne se retrouvent plus dans la pratique du blog, se sentant acculés et choisissant de fermer leurs portes, fatigués de se sentir incompris, inutiles, dépassés, ou trop déconnectés de la réalité. D’autres, effrayés de sentir la maîtrise de leur blog et de leur auditoire leur filer entre les doigts, choisissent de restreindre leurs publications à un certain public, protégeant l’accès à leur blog par un mot de passe, dressant une muraille cadenassée pour préserver leurs plates-bandes virtuelles.

Je me suis posé la question de mettre en place un tel système sur Hypothermia, mais j’ai très vite réalisé que restreindre l’audience de mes articles irait à l’encontre de ma pratique du blog. C’est justement cette idée de pouvoir être lue par des anonymes qui me pousse à travailler mon écriture et à ciseler mes articles. Instaurer un espace privé m’empêcherait cette prise de recul, diminuerait mes efforts et mon investissement, et entraînerait irrémédiablement une baisse de mes standards de publication. Il est bien différent pour un peintre de conserver ses toiles chez soi ou de les exposer dans une galerie ; là où j’ai mes carnets pour exutoire privé, Hypothermia en est la galerie publique complémentaire.

Bleu

Alors je cherche des moyens de garder le contrôle. J’ai activé ce week-end l’impossibilité que mon blog soit indexé par des moteurs de recherche. Je pèse actuellement le pour et le contre de fermer mon compte Instagram. Je réfléchis à la diffusion de mes articles sur Twitter. Autant de tentatives de maîtriser la façon dont ce blog est partagé sans pour autant en verrouiller les portes. C’est ici que réside actuellement un paradoxe que je ne réussis pas à lever. Comment puis-je garantir mon pseudonymat alors que mon visage est présent sur chacune de ces pages ? Combien de temps avant qu’une reconnaissance faciale ou toute autre évolution technologique puisse révéler cet espace à des personnes dont je souhaite le préserver ? N’est-il pas incompatible de vouloir m’afficher publiquement tout en trouvant impensable d’être découverte par certains ? Est-ce que je ne m’accroche pas à une illusion de contrôle qui est dépassée voire pire, malsaine ?

Comment puis-je protéger Eliness, si tant est que je le puisse encore ?

30 commentaires

  1. Je comprends tout à fait ton besoin de protéger cet espace. Il n’a pas la même dimension, le même intérêt que d’autres plateformes de réseaux sociaux et ce que tu y livres est autrement plus personnel et approfondi que ce que l’on peut y lire ailleurs.

    Nous avons plusieurs facettes, c’est souvent délicats de parvenir à toutes les explorer, parce que difficile, parce que pas le temps, parce que l’entourage n’aide pas… Ça me paraît tout à fait naturel de vouloir te distancier de ton quotidien, aussi bien dans son contenu que dans ton lectorat, afin d’éliminer des barrières. J’ai fermé mon premier blog quand une amie l’a découvert, moi aussi j’ai éprouvé cette gêne d’avoir des proches qui aient accès à des sentiments que je gardais pour moi. Aujourd’hui encore, je me retiens de partager certaines choses sur Facebook depuis que des membres de la famille m’ont rejointe.

    Ce site est ouvert au public, mais surtout aux anonymes comme toi qui pourraient bien se retrouver dans tes propos. Un autre entourage qui n’a pas accès au reste mais qui sait s’en contenter.
    Quant au reproche d’enjoliver le quotidien, j’ai envie de dire qu’un peu de poésie ne fait de mal à personne. Quand je poste un cliché sur Instagram, je cherche un minimum d’intérêt esthétique et je ne vois pas l’intérêt de poster mon assiette ou ma tronche. Pour autant, ce n’est pas un mensonge de ne partager que le joli, le reste ne présente simplement que peu d’intérêt.

    Pour ce qui est de se protéger, je ne suis pas au fait de toutes les dispositions pour se protéger. J’ai balisé au maximum de mes connaissances et pas question de mettre des photos de ma fille par exemple. Enfin, je ne saurais t’aider davantage. Et comme tu le soulignes, tout va très vite pour que l’on puisse être identifié partout, même à travers nos mails.

    Pour conclure, rien de malsain selon moi. Tu tries sur Internet comme tu peux trier ce que tu partages avec tel ou tel groupe de pairs. Nous passons notre temps à trier et à jouer avec nous masques, sans pour autant s’y perdre.

    • C’est justement ce jeu de masques que tu cites qui commence à me perdre, et surtout, dont j’ai peur qu’il soit mal perçu. Question de manque d’assurance dans ce que je crée ici peut-être, je ne sais pas vraiment. Je ne suis pas sûre que le tri sur Internet soit si évident… Toutefois, cela me rassure que certaines personnes telles que toi comprennent ma démarche sur ce blog. C’est peut-être là tout l’enjeu d’un journal extime, où placer la limite entre intérieur et extérieur ?

      Je ne pensais par contre pas qu’un même trouble pouvait être ressenti sur Facebook par exemple, comme tu l’indiques, ces publications que tu te retiens d’émettre à cause de certains membres de ta famille qui y auraient accès. Dans ce contexte, l’exercice du blog ne te manque-t-il pas ?

      Enfin, tu fais déjà énormément en protégeant ta fille d’une certaine exposition en ligne avant qu’elle n’ait l’âge d’en comprendre tous les tenants et aboutissants – bon nombre de parents n’ont hélas pas cette conscience…

      • La limite entre l’intérieur et l’extérieur, c’est une vraie question. L’intérêt d’un blog comme le tien, selon moi, c’est de pouvoir livrer des choses profondément personnelles sans subir de jugements de personnes nous connaissant sous un autre jour. C’est dans ce contexte que j’ai rencontré mon amoureux, nous n’avons pas oublié l’un et l’autre le contenu de ce que nous y avons écrit. Pour autant, si j’avais à refaire un blog, je pense qu’il ne ferait pas partie des personnes à qui je donnerais l’adresse aujourd’hui.

        Il y a un côté philosophique à boulot et aimer partager, attendre un retour de questions profondes. Un carnet ne peut pas remplir ce rôle.

        Pour ce qui est de Facebook, la question de laisser ma famille me rejoindre s’est posée, par rapport à une liberté de publier que j’ai perdue. Clairement, ce que je peux écrire dans un carnet privé ne me suffit pas. Par contre, tenir un nouveau blog me semble impossible. Je ne me sens pas capable d’écrire des choses intéressantes et mon quotidien ne me le permet pas actuellement. C’est une aventure bien vaste pour moi

        • Vouloir et aimer* (même mon correcteur fait des lapsus révélateurs !)

        • Le degré d’intimité partagé est quelque chose de très subjectif : On me dit souvent qu’Hypo est très personnel, car effectivement il rassemble beaucoup de pensées internes – néanmoins, elles ne sont jamais brutes et peu reliées à mon quotidien. Paradoxalement, je trouve beaucoup plus intimes les blogs de personnes qui racontent leur vie au jour le jour et publient des photos de leur quotidien.

          Je trouve cela dommage que l’argument qu’on me donne souvent contre l’ouverture d’un blog est « Je n’ai rien d’intéressant à écrire ». D’une part, qui est-on pour juger soi-même de son propre intérêt, et d’autre part qui dit que c’est cet intérêt qui doit être la mesure de la valeur d’un blog ? Ce dernier peut être tellement plus : un exercice d’écriture absurde, un défouloir, un terrain de jeux créatifs, il n’y a pas de code ni de règles sinon celles définies par le créateur. Je peux facilement comprendre l’argument que tu n’aies pas la place dans ta vie pour un tel projet, mais plus difficilement que tu juges ne rien avoir à partager ;)

          • Je suis bien trop exigeante dans ce que j’aime lire pour supporter de constater que je n’ai pas le niveau pour le faire moi-même. Autrement dit

          • Non, il était terminé par un smiley qui n’est pas affiché.
            (J’ai du me connecter sur le pc pour te répondre, la succession de commentaires sur portable devenant vite illisible. Je prends mon temps, comme d’habitude !)

            • Oui, navrée pour cet affichage mobile bloquant dès que le nombre de commentaires imbriqués augmente =( J’espère pouvoir profiter de ma période de chômage imminente pour repenser l’interface mobile d’Hypo que je trouve bien trop limitée à mon goût !

  2. J’ai trouvé tes réflexions très intéressantes et je m’y retrouve en partie. J’ai commencé à bloguer il y a seulement 3 ans donc je n’ai pas vraiment d’idée de l' »avant ».

    Je blogue de façon anonyme parce que je veux pouvoir m’exprimer sans la crainte de l’opinion des gens qui me connaissent. Mais comme je livre beaucoup de trucs personnels, intimes, quelqu’un qui me connait « en vrai » pourrait complètement faire le lien avec moi. C’est quelque chose qui me fait peur car je veux vraiment compartimenter les choses. D’un côté mon blog (qui me permet donc de m’exprimer avec quasi zéro censure), de l’autre ma « vraie » vie. Et puis j’avoue, je n’assume pas d’avoir un blog, honnêtement j’ai un peu honte. -_-

    J’ai été horrifiée de comprendre que Facebook suggérait mon compte Instagram (lié au blog) à mes amis. Comme je venais d’installer Instagram et que je n’accrochais pas vraiment, j’ai supprimé mon compte. Mais il indiquait l’url de mon blog, donc je ne sais pas trop si des gens ont fait le lien ou pas…

    Bref.

    Je ne pense pas que cette volonté de contrôle par rapport aux lecteurs de ton blog ( = lecteurs qui ne te connaissent pas « en vrai ») soit malsaine, en tout cas je comprends complètement. Au final, on se met à nu sur un blog, on se dévoile beaucoup et perso, je n’ai pas envie que mes connaissances en sachent autant sur moi. Peut-être parce que ça crée un déséquilibre entre ce que les autres savent de moi et ce que moi je sais d’eux. Peut-être par peur du jugement, peur que ça change leur façon de me voir… Ton image des « masques » était très pertinente.

    Par contre, j’adore les échanges avec des inconnus que cela permet. Ça parait paradoxal, c’est vrai, mais en tout cas ça a du sens pour moi.

    • Je n’ai pas souvenir que tu aies déjà commenté par ici ifeelblue, aussi bienvenue ! Je ne pensais pas que tu étais une blogueuse relativement récente, cela me ravit :) Ce sont des témoignages comme les tiens qui me prouvent que contrairement à l’idée générale, le blog est loin d’être mort. Je suis par contre attristée que tu écrives en avoir honte, est-ce de façon générale ou juste face à quelques personnes en particulier ? Si cela ne t’ennuie pas, j’aimerais bien que tu m’expliques ce qui génère en toi ce sentiment ?

      Tu mets le doigt sur une notion de jugement, je pense en effet que cela pèse beaucoup : on est beaucoup plus effrayé du jugement de nos proches que du jugement d’anonymes. Ces proches sont justement les personnes qui ont la capacité de nous blesser le plus douloureusement… Recueillir l’avis d’autres blogueurs à ce sujet m’est précieux, ces réflexions sont importantes à partager pour que nous puissions continuer à profiter de ce merveilleux outil/medium/je ne sais pas vraiment comment le qualifier. Je te souhaite ainsi de trouver encore longtemps du sens à ta pratique du blog =)

      PS : Toi aussi tu as été victime de cette association Instagram non désirée! J’ai traversé exactement la même angoisse que toi, bloquant aussitôt toutes les personnes non désirées et effaçant de ma page de profil le lien vers mon blog. Il est toujours bien plus délicat de maîtriser les outils sur lesquels on n’a pas de plein contrôle, depuis cet événement je remets totalement en question mon utilisation de plateformes extérieures…

      • Alors la honte, pour moi, c’est tout simplement d’avoir un blog comme le mien à mon âge, on va dire (j’ai la 30aine ;) ). Ce n’est pas un « beau »blog, avec une recherche artistique derrière, ou avec quoi que ce soit d’intéressant. C’est juste un journal intime public. Donc pas vraiment de raison d’en être fière ;)

        • Pas vraiment de raison d’en être honteuse non plus ! Je connais des blogueurs de tout âge qui tirent des bienfaits de l’écriture, peu importe la forme de leur blog. La démarche n’est pas forcément de créer quelque chose d’esthétique pour attirer les lecteurs, pour moi elle est avant tout personnelle, un exercice d’écriture bien différent d’un journal privé. En ayant cette vision, je n’arrive pas à trouver d’arguments qui pourraient valider le sentiment que tu as que ton projet est risible ;)

  3. J’ai d’abord envie de te dire que de nombreux recruteur seraient fort intéressés par un blog tel que le tien, léché, atypique, qualitatif parce que je serais ravie d’avoir en face de moi un artiste avec une sensibilité singulière. Mais, je sais pour l’avoir vécu que le regard professionnel est parfois tout sauf bienveillant surtout dans un domaine comme le tien que j’imagine être un poil concurrentiel…

    J’ai exactement la même problématique que toi dans mon rapport au web. je considère mon blog comme un journal extime, une micro-recherche, une exploration minuscule. Je ne veux pas que ma famille, mes collègues ou encore mes élèves (heurgh) (quoique je suis tranquille de ce côté là, j’enseigne en maternelle) me lisent : ils ne comprendraient pas je pense et un regard sarcastique est tout sauf à exclure…
    J’ai décidé en ce qui me concerne de ne pas mettre mon adresse de blog sur mon compte Instagram (mon beau frère fait partie de mes abonnés donc…), ça limite la casse pour le moment. Et en ce qui concerne Facebook, il faut absolument que je change d’adresse, je suis traçable à cause de mon pseudo. Un peu de ménage s’impose un peu.
    Tes photos sont superbes, j’adore la première, ce regard…

    • Ta remarque sur les recruteurs me surprend beaucoup, mais je pense qu’il s’agit là d’une différence de milieu professionnel. Dans mon domaine, la créativité artistique n’est pas vue comme étant compatible avec une certaine rigueur scientifique. Ainsi, beaucoup de recruteurs évaluent leurs candidats avant tout sur leurs performances et réputation (peut-être à juste titre, je n’ai pas assez d’expérience pour être capable d’en juger de façon objective) . C’est ceci dit peut-être une idée préconçue de ma part ; devant chercher un emploi bientôt, je pense que je pourrai rapidement me faire mon propre avis à ce sujet !

      Lire ton commentaire et celui des autres me fait réaliser que je ne suis pas la seule face à une telle problématique, que je prenais avant tout pour un manque d’assurance de ma part. Cela me conforte un peu de voir que pour d’autres aussi, ce n’est pas si simple, et que la nécessité de se protéger de certains regards est légitime, même si ces regards ne sont pas forcément dangereux.

      En outre pour toi effectivement, il est important que tu puisses placer une barrière nette vis-à-vis de tes élèves qui ne doivent pas avoir accès à ces points de ta vie privée ; je ne sais si les enseignants ont une certaine obligation à ce sujet, mais je peux comprendre à quel point la séparation est cruciale !

      Merci enfin pour les photos, il s’agissait plus d’un essai exploratoire qu’une idée très définie, mais je me suis beaucoup amusée à les prendre :)

  4. Personnellement, c’est compliqué de scindé la vie réelle et virtuelle. La seule chose qui m’embête serait que mes proches lisent mon blog et ne se contentent pas de dire que ça ne les intéressent pas mais me demandent de me justifier. J’assume tout ce que j’y dit et j’en discute aussi parfois avec les gens que je fréquente. J’ai aussi l’impression que ce que j’y écris est loin de la réalité et que je n’arrive pas à franchir le pas de « me lâcher ». Mais sur d’autres supports non plus, mais j’avance. Avoir à discuter en réel de ce que j’ai écrit hier sur le blog ne m’intéresse pas. C’est vraiment pour ça que mettre une barrière entre les deux m’intéresse. Sur FB j’ai un profil qui est mon pseudo, un certain nombre de mes « amis » me connaissent IRL, un paquet d’autres non et on discute comme si on se connaissait vraiment. En fait je n’ai pas vraiment d’identité réelle sur FB. Je suis plus à l’aise à l’écrit qu’à l’oral, il doit y avoir de ça aussi !

    • Merci de ton passage Ptisa FireBird et d’avoir pris le temps de partager ton avis, bienvenue sur Hypo =)

      Ton commentaire soulève un point intéressant pour moi, qui est « Avoir à discuter en réel de ce que j’ai écrit hier sur le blog ne m’intéresse pas. » Si je comprends bien ton point de vue, ce qui appartient au blog reste au blog, d’une certaine façon ? Comme si le contenu du blog était restreint à un lieu bien défini qu’on en souhaite pas trop laisser déborder sur notre réalité ? Je ne ressens pas de séparation aussi vive, tout du moins pas avec tout le monde, mais cette notion de séparer les choses dans des « espaces » différent me parle !

      Le tout est de trouver une solution qui, à défaut d’être parfaite, limite les regards extérieurs auxquels on ne veut pas être confrontés (comme tu le fais avec Facebook finalement), afin de pouvoir continuer à écrire de façon libre :)

  5. J’ai l’habitude de dire que j’ai deux personnalités : IRL et virtuelle. Depuis mes débuts sur le net j’ai toujours mis un point d’honneur à séparer les deux : impensable que ma famille découvre l’un des très nombreux blogs que j’ai pu alimenter. Ça a toujours été salvateur pour moi, aussi paradoxal que ça puisse paraître, de faire d’Internet mon journal intime. Je vois que je ne suis pas la seule à me sentir moins « menacée » et vulnérable sous le regard d’inconnus que celui de mes proches.

    Aujourd’hui j’accepte d’effacer la frontière entre les deux « moi » avec certaines personnes, certains amis qui ont un peu la même approche et dont je sais qu’ils ne seront pas dans le jugement. Cela dit l’adresse de mon blog reste toujours chasse gardée même si je n’y écris plus depuis quelques mois.

    • Il y a des personnes qui sont des « entre-deux », et c’est pour moi les personnes les plus précieuses : celles qui ont dépassé les frontières web/IRL pour devenir des proches, tout simplement. Ce sont souvent des personnes avec qui on peut baisser notre garde car, comme tu l’indiques judicieusement, on ne craint pas leur jugement (au contraire, on l’estime même).

      Je comprends que tu te soies délaissée de l’exercice du blog surtout vu les épreuves de vie que tu as traversées ces derniers temps ; est-ce une pause temporaire, ou penses-tu clôturer définitivement cet espace ?

      • Je ne suis pas sûre de ce qu’il va advenir de mon blog, je ne me reconnais pas vraiment dans la plateforme pour l’instant mais je n’exclue pas d’y reprendre goût, donc il va rester en l’état en attendant !

  6. J’ai ouvert mon premier blog à 18 ans en 2003 et j’ai définitivement supprimé mon « moi virtuel » en 2010, donc après à peu près après 7 ans de bons et loyaux services. Principalement parce que je n’arrivais plus du tout à séparer le virtuel du réel et que j’étais inquiète, même très inquiète au sujet de mon anonymat. Il faut dire que ce que j’écrivais était, à mes yeux, très personnel et qu’il était hors de question que mes proches puissent entrer dans ma tête de cette manière.

    Le temps a fait qu’il a été de plus en plus dur de séparer mes deux identités, notamment quand je me suis mise en couple avec un autre blogueur, c’était difficile de ne pas expliquer d’où on s’était connus et à l’époque, jeune, naïve, fraîche et amoureuse (^^), je n’avais pas vraiment envie de mentir ou d’esquiver les questions… Du coup ça a été l’escalade, de plus en plus de proches ont commencé à lire mon blog de temps en temps (dont ma belle mère, qui l’adorait ^^) et j’ai commencé à me censurer, me disant que je pouvais plus écrire ci ou ça car machin ou truc allait le prendre pour lui et que… blalabla

    Un vrai cercle vicieux car plus j’écrivais platement, moins je me sentais à l’aise et mon blog ne m’apportait plus le même soulagement qu’avant, bien au contraire !

    Je me suis sentie menacée, également à cause d’une ex-amie, qui me suivait en secret après avoir violé mon intimité (comprendre : fouiller dans mon ordi sans mon autorisation) pas contente que je parle d’elle (sans insultes bien entendu, sans nom, sans photo) qui est allée jusqu’à déposer une main courante contre moi et mon blog, pour de pures conneries d’ailleurs, … j’ai préféré tout supprimer. Pour retrouver ma sérénité, déjà et puis aussi pour évoluer parce que ce journal intime virtuel ne m’aidait plus du tout à avancer.

    Aujourd’hui je regrette ce que j’appelle « la grande époque des blogs » mais qui n’était en réalité que « l’époque où je m’amusais bien sur mon blog »… J’imagine que les blogs ne sont pas morts mais pour moi, ce mode d’expression l’est ! Du moins, tel que je l’utilisais jadis !

    • Tu fais partie de ce que j’appelle le « club Canalblog de l’époque » ;) Du coup ça me fait tout drôle de lire que tu as « dépassé » ce moyen d’expression, j’avoue avoir parfois l’impression d’être une des dernières résistantes ^^

      Je n’ose imaginer la pression que cela doit induire d’avoir un entourage qui lit un blog très personnel/intime, surtout si tu n’étais pas à l’aise avec cette idée. La place de la famille dans ce type de lieu est très délicate, pour ma part c’est une ambiguïté que je n’ai pas résolue, et je peux voir en quoi cette intrusion t’a totalement volé la liberté de t’exprimer sur ton blog.

      Quant à ta mésaventure juridique, je suis toujours naïvement éberluée de découvrir qu’un article de blog personnel relativement anonyme sans attaque explicite puisse entraîner de telles conséquences IRL, tu n’est pas la première à m’avoir déjà raconté de telles histoires. J’imagine que ça a du être la goutte d’eau qui fait déborder le vase…

      Ceci dit, je me demande tout de même : puisque écrire sur un blog a été une part si importante de ta construction personnelle, cela ne te manque pas ?

      • Disons que la mésaventure juridique a été un peu « facilitée » par le fait que la personne en question avait des contacts dans un commissariat. On a étrangement fait pression sur moi, notamment avec un mail un peu bizarre (du genre : si tu continues, tu vas avoir des problèmes), j’avais l’impression d’être une blogueuse dissidente :D Ils « m’interdisaient » juste de parler de la fille en question mais pas de bloguer, je tiens à le préciser. Mais ça m’a vraiment bloquée.

        Et si, bien sûr que ça m’a manqué. Au début, les deux premiers mois peut-être, ça a été un soulagement puis après, j’ai ressenti un vrai manque mais j’ai lutté. Et maintenant, franchement ? Des fois j’y pense mais 98 % je me débarrasse de cette idée. Déjà parce que je passe déjà bien trop de temps devant un écran et puis parce que je n’ai justement plus envie de dédoubler mon identité. Or je sais que je ne pourrais bloguer sincèrement que sous un nouveau pseudo (justement pour me protéger du poids du regard des proches) et plus le temps passe, plus j’ai envie de simplicité.

        Cellardoor ce n’est pas pareil, c’est plus un nom de blog qu’un pseudo pour moi car tout le monde sait bien que c’est une Audrey derrière. La plupart de mes amis savent que je tiens ce blog mais, sans doute par désintérêt, aucun ne vient me lire je crois et personne ne commente. Si j’y racontais des choses croustillantes, je suis sure que j’aurais plus de succès mais là… Ils s’en foutent ! Du coup, lors de mes bilans mensuels je m’autorise parfois à raconter des choses un peu plus personnelles, sachant que mes proches ne les liront pas ^^

        Et oui, d’une certaine manière tu es une résistante mais tu as su faire évoluer cet espace avec toi et prouve bien qu’il est possible de traverser les années en étant fidèle à ce mode d’expression. Mine de rien, c’est quelque chose que peu sont arrivés à faire, du moins dans ce qui fut mon entourage virtuel !

        • Je pense sincèrement que tout blogueur rencontre un jour dans son parcours ce questionnement de l’identité et du public de son blog, souvent lorsqu’il est découvert par un proche non souhaité, parfois dans des circonstances encore plus dures comme les tiennes. Je respecte totalement le choix de s’en arrêter là, après tout le blog est un loisir qui peut bien vite prendre bien trop de poids mental quand de tels questionnements commencent à apparaître. Moi-même par moments aimerais plus de simplicité, et je n’exclus pas un jour la possibilité que tout ceci me pèse de trop également. Je ne l’espère pas de si tôt, mais je me dois de garder ce point en tête.

          Je te l’écrivais déjà en commentaires d’un article antérieur, finalement tu as su trouver dans Cellardoor le compromis idéal dans ton expression créative sans te mettre en « danger ». C’est également une solution à ce que j’évoque dans ce post : lever le pied sur les sujets personnels et trouver des thématiques d’expression moins impliquantes personnellement. Cela te réussit en tout cas :)

  7. Eh bien, nous sommes plus nombreux (nombreuses ?) que je le pensais à chérir la pratique du pseudonyme ! Cela me gêne toujours beaucoup lorsque cet usage est uniquement envisagé comme dissimulation. Ton post et les commentaires le montrent : nous partageons beaucoup plus facilement des choses intimes lorsqu’elles ne sont pas directement reliées à notre vie privée. La transparence que réclame Facebook, par exemple, pousse finalement à l’auto-censure ; il semblerait qu’on y soit bien moins soi-même que sur un blog sous pseudo où l’on a toute latitude pour se construire. Dans un cas, on se montre ; dans l’autre, on se révèle (autant par ce qu’on montre que par ce qu’on omet). Je préfère de loin plonger dans l’intimité, fusse d’inconnus. Ils ne le restent d’ailleurs souvent pas très longtemps, qu’on les rencontre IRL ou non : avec mon amie Melendili, nous parlons parfois de certaines blogueuses comme d’amies de longue date qui se seraient éloignées, parce qu’au fil des années, un lien s’est crée, même muet, dans une pure empathie des mots et des photos semées sur le web.

    Je repense souvent à cette remarque de Kundera, qui m’avait frappée : on répugne à découvrir notre l’intimité parce que c’est ce qu’on a de plus commun avec les autres. Comme si, en la protégeant, nous pouvions conserver l’illusion d’être unique… ou que nos proches ne le soient vraiment qu’avec nous. Peut-être les réactions négatives de ton entourage trouvent là une part de leur origine ? Dans la peur que tu leur échappes, parce que l’image ne correspond pas à celle à laquelle tu les as habitué et que le décalage les trouble ? On ne peut pas accuser ton blog du travers Instagram : même si tu les reprends de manière à faire sens, tu n’écartes pas les émotions négatives… Pas un blog lifestyle tout blanc, quoi.

    Presque tous mes amis et ma famille ont l’adresse de mon blog. Je craignais que cela me bloque, et je me suis aperçue que :
    – j’oublie complètement qui peut lire en écrivant, m’en souvenant uniquement au moment d’éditer : je ne supprime pas alors ce que j’ai écrit ; je le reformule éventuellement, de manière à ne blesser personne. J’ai été surprise de constater que, loin de conduire à l’auto-censure, cet effort aboutit souvent à me donner une vision plus nuancée et finalement plus juste que ce que je m’étais dans un premier temps laissée allée à écrire ;
    – les proches ne lisent que ce qu’ils ont envie de lire. Passée la curiosité, beaucoup ne consultent plus le blog qu’épisodiquement ou s’en détournent carrément.
    Du coup, même si je conserve une stricte séparation IRL/URL parce que, comme toi, j’aime choisir un minimum à qui je donne l’accès, l’inquiétude s’est envolée. Il existera toujours des moyens de remonter depuis mon pseudo à mon identité (Palpatine avait réussi à force de recoupements et cela doit être encore plus facile depuis que j’ai Twitter), mais si on ne tombe pas sur le blog / Twitter / Instagram en googlant mon nom, ça me va. Je pars du principe que si quelqu’un me reconnait à travers mon blog, c’est qu’il était un minimum intéressé par son contenu pour y avoir atterri et qu’il n’y a pas lieu de s’alarmer. Quant à tout ce que je balance sur Twitter, je crois que la masse elle-même me protège en m’y noyant ; plus on en met, moins on en retrouve : il n’y a qu’à voir la difficulté de retrouver un vieux tweet même lorsqu’on sait à peu près ce qu’il mentionnait…
    Au final, je crois que j’attache moins d’importance à la possible réunion des identités URL/IRL qu’à sa plus ou moins grande facilité : il y a toujours des failles, mais tant que cela reste difficile, tant mieux pour nous, et tant pis pour ceux qui voudraient y perdre leur temps…

    (La première photo est vraiment splendide ! Tu t’es maquillée seule ?)

    • Te lire est un vrai plaisir la souris, puisque ta réflexion à ce sujet me paraît beaucoup plus aboutie que la mienne qui est encore un nœud de pensées contradictoires que je n’arrive pas à démêler. Le parallèle que tu fais avec Facebook me fait réfléchir. En effet, tu dis qu’on est bien moins soi-même sur ce réseau social, personnellement je ne pense pas qu’il s’agisse d’être « plus ou moins soi », mais d’y montrer des choses différentes. Je n’utilisais que peu Facebook, mais au départ j’y partageais beaucoup plus de réflexions anodines de mon quotidien, chose que je ne fais pas sur le blog. De même, Twitter avait aussi cette utilité de défouloir plus instantané et banal pour moi, même si désormais je l’utilise bien plus comme plateforme de partage de liens que j’aime. Certaines personnes, surtout celles qui n’ont jamais connu l’exercice du blog, utilisent Facebook comme support de publication bien plus personnel que ce que nous pouvons concevoir ! Mais je te rejoins sur le fait que le blog pour moi est un terrain d’exploration créatif et introspectif à part entière (d’où peut-être sa survie aussi longtemps face à ces autres plateformes ?)

      Il y a des blogueurs que je suis depuis des années avec qui je n’ai jamais été en contact virtuel (encore moins réel), et je reconnais le sens de familiarité que tu décris avec ton amie, une sorte de proximité respectueuse que j’aime beaucoup. Je me surprends à être réellement peinée lorsque l’un ou l’autre de ces blogs ferme, regrettant ne pas être entrée en contact avec leur auteur, et la disparition d’un point fixe qui m’a accompagnée pendant des années.

      Ta réflexion sur l’intimité et l’unicité m’interpelle et mérite que j’y réfléchisse davantage ; j’ai surtout du mal à cerner pourquoi cette intimité est si facile à partager sous un pseudonyme. Il y a de nombreux sujets que je traite sur Hypo et dont je suis bien incapable de discuter en personne avec qui que ce soit ; mais la distance imposée par l’écran me le permet, et les échanges par commentaires m’aident aussi à être moins seule face à ces sujets. Le pseudonymat me permet de partager une intimité dans laquelle d’autres peuvent se reconnaître, et c’est cet écho qui m’intéresse beaucoup.

      Ton processus d’écriture pour convenir à tous les lecteurs de ton blog me parle beaucoup également, et je suis admirative que tu y trouves une forme de liberté jusqu’à réussir à la partager à tes amis et à ta famille. C’est ce que j’évoquais dans ma réticence à verrouiller ce blog par un accès restreint ; c’est la possibilité d’être lue par des anonymes qui me pousse à travailler mon écriture. Mais je n’en suis pas à ce degré de maturité où je peux l’ouvrir à tous les regards, même les plus proches. Il me reste en outre l’inquiétude professionnelle, où je tiens à conserver une vraie distance à ma vie personnelle.

      Et merci pour ton compliment sur la photo jaune qui est de loin la plus aboutie :) Je me suis amusée une journée avec des peintures de déguisement étalées à même les doigts, j’avais en tête ces couleurs et ces fonds, ajoute à ça un masque en carton peint en noir et beaucoup trop de temps passé à appliquer et à nettoyer le maquillage, et tu te feras une bonne idée du déroulement de mon samedi précédant cette publication ^^

      • Comment ça, beaucoup trop de temps ? Cela en valait clairement le coup. Ton mini-récit me donne la nostalgie des sessions déguisement-photo que l’on faisait avec ma cousine, gamines. Si je n’habitais pas à quelques 200 km, j’aurais bien aimé participé à l’une de ces séances créatives. ^^

        Sinon, j’y pense seulement : peut-être est-il tout simplement plus facile de se réinventer auprès d’inconnus. Les proches peuvent avoir tendance à « figer » notre identité simplement parce qu’ils nous connaissent depuis longtemps.

        • Le « trop de temps » est plutôt à prendre comme un « trop de temps pour l’ensemble des choses que j’aimerais explorer et pour lesquelles je n’en ai pas assez, du temps ». Éternelle course contre la montre…
          Tu sais, rien de bien compliqué à reprendre goût à de telles expérimentations ! Après tout chaque téléphone est maintenant équipé d’un appareil photo et de logiciels de retouche, et il y a largement de quoi s’amuser même en solo ;)

          Encore une fois la souris tu m’ouvres des perspectives de réflexion, c’est toujours un régal. Comme si on se rassurait à maintenir l’image qu’on donne à nos proches car elle est quelque chose de stable à quoi on peut se raccrocher. Ça me parle beaucoup, y’a un truc à creuser de ce côté-là pour moi :)

  8. Tout d’abord, je suis complètement fan des photos qui illustrent cet article ! La première dégage une force et une puissance fascinantes.

    Ta réflexion sur ce vaste sujet est très intéressante, et soulève des questions avec lesquelles je me débats depuis bientôt quinze ans. Je « n’assume » toujours pas mon blog auprès de mes proches, et je suis bien consciente de ce côté paradoxal qu’il y a à ne se dévoiler complètement que devant des inconnus, où du moins des gens dont on peut être proches mais qu’on ne voit pas tous les jours. Ainsi, j’ai mon facebook et mon instagram qui sont, en quelque sorte, mon moi « public », alors que mon blog et mon twitter sont mon moi « internaute », et je crains de ne jamais pouvoir réconcilier les deux.

    « Je m’en sors sur Hypothermia aujourd’hui car j’y préserve une façon de bloguer telle que je la considérais il y a dix ans de cela. Loin de vouloir attirer l’audience la plus large possible, je tiens au contraire à l’intimité d’un tel blog, à la rencontre hasardeuse entre pseudonymes qui peut aboutir à de merveilleuses connexions, sans crainte de répercussions réelles. Il n’empêche que je sens doucement planer une menace sur cet espace, comme si une telle vision était de plus en plus incompatible avec l’évolution du web actuel. »
    On en a déjà discuté, mais je te soutiens à 100% là-dessus. Je suis heureuse de voir des blogs comme le tien continuer sur sa propre voie, à l’heure de la monétisation des blogs et de ces politiques qui réclament une transparence complète sur Internet.

    • Ton compliment sur les photos me fait plaisir ! Cette série était une petite expérience, j’ai envie d’essayer de nouvelles choses en prenant des autoportraits, et ça m’encourage beaucoup d’avoir des retours positifs :)

      Lire de nombreux blogueurs partager les mêmes questionnements que moi, surtout sur leurs proches, me fait énormément déculpabiliser de vouloir préserver Hypothermia du regard de certaines personnes. Tu vois, je n’aurais jamais imaginé que tu ressentes la même chose que moi, et je suis ainsi d’autant plus contente d’avoir exposé mes interrogations ici, alors que je me sentais initialement très vulnérable de le faire. Pour rebondir sur ta dernière phrase, je ne m’attendais pas à (re)trouver autant de blogueurs dans les commentaires d’Hypothermia, et ça me fait chaud au cœur de retrouver ici cet esprit de communauté propre aux blogs que je pensais avoir à jamais perdu au profit du web 2.0 ^^

      Plus j’avance dans ma réflexion, plus je nous trouve dur(e)s avec nous-mêmes de culpabiliser ainsi. Je lis que tu « crains » de ne jamais pouvoir réconcilier ton moi « public » et ton moi « internaute », pourquoi craindre cette nécessité de séparer les choses, finalement ? J’essaie personnellement de me dire plutôt « Ok, puisque c’est important pour moi, arrête de remettre ça sans cesse en question, et demande-toi plutôt quelle est la meilleure façon de répondre à ce besoin de protection ? »

      Il n’y a pas de réponse universelle, et je pense qu’on ne pourra jamais se protéger à 100% du risque qu’une personne non désirée découvre un jour notre jardin secret, surtout quand il n’est pas si secret que cela, dans cet entre-deux public/privé propre aux blogs. À chacun de nous d’essayer de comprendre le « pourquoi est-ce que je me protège ? » histoire de savoir faire face à ce risque du mieux qu’on peut, et de comprendre d’où vient notre gêne. Ce qui ne doit pas nous empêcher pour autant d’accorder sa place légitime à ce besoin de préserver notre maison virtuelle de certains visiteurs.

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