X16 : Tokyo II

Il y a dix ans, j’ai fait le rêve étrange que je séjournais au Japon avec quelqu’un que je connaissais à peine, je l’avais déjà écrit sur ces pages. Il y a six ans, je rencontrais K pour la première fois. Il y a deux ans, nous décidions que le rêve deviendrait réalité. Il y a un an, les billets d’avion étaient réservés. 365 jours à attendre, ça paraissait si loin… Et pourtant, tout passe. Vite. Trop vite. Plus que 6 mois. Plus que 3 mois. Il est temps de se pencher sur le programme, le change de monnaie, les transferts en train. Et puis il faudrait s’occuper des hôtels aussi !

Nous y étant naïvement pris un peu tard, nous avons galéré à trouver des hébergements remplissant nos critères de confort, localisation et comptes en banque. Quelques soirées passées à éplucher différents sites de réservation nous ont révélé des compromis dont nous avons miraculeusement saisi les dernières chambres. Le bon rapport qualité-prix de notre deuxième hôtel était-il du à sa situation ? J’ai réalisé trop tard que notre second pied à terre à Tokyo, où nous avons transité le quatrième jour, se trouvait au cœur du quartier réputé pour être le plus craignos de la ville. Bienvenue à Kabukichō, qui nous a permis de rayonner à l’Ouest et au Sud de Tokyo.

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Kabukichō, le quartier rouge : des boyfriends de location aux samouraïs.

On traite souvent Kabukichō de red district, faisant le parallèle avec le quartier chaud d’Amsterdam ; les quelques rues qui le composent contiennent pas moins de trois mille établissements de divertissement plus ou moins licites. Il est vrai que pour rejoindre notre hôtel, nous avons traversé plusieurs rues bordées de bars à hôtesses, de néons clignotants surmontant des bars obscurs et de musiques saturées se superposant à chaque porte d’entrée. Ce n’est pas pour rien que le jeu vidéo Yakuza, une sorte de GTA à la japonaise, a choisi de modéliser le quartier comme environnement mafieux… L’hôtel que nous avions sélectionné se trouvait au centre d’autres complexes louant des chambres luxueuses à l’heure, anciens love hôtels rétrogradant leur image suite à un renforcement de la lutte anti-proxénétisme, mais n’en ayant pas moins la même utilisation. Et pourtant, après quelques jours passés dans ce quartier, force m’était de constater que malgré ses apparences je ne m’étais jamais sentie autant en sécurité au cœur d’une grande ville.

Kabukichō

Kabukichō Godzilla

Moi qui m’attendais à devoir me cramponner à mon sac et m’armer d’œillères face aux racoleurs louches, j’ai été surprise de découvrir un quartier animé, certes, mais où je ne me suis sentie inquiétée à aucun moment. M’y balader en tenue légère à 23h me paraissait totalement normal, là où je réfléchis à deux fois à mes fringues en sortant le soir à Lille. À Kabukichō, j’étais tranquille, libre de fureter dans chaque ruelle et de prendre en photo la moindre devanture sans aucune inquiétude. D’où venait donc un tel décalage entre ce que j’avais pu lire et mon ressenti sur place ? J’ai passé une soirée entière, une fois rentrée, à parcourir tout Internet pour répondre à cette question. Je pense que la réponse se trouve dans ma naïveté face à deux choses que je n’avais absolument pas réalisées sur place : j’avais toute la dégaine d’une véritable touriste étrangère, ce qui crée déjà une certaine distance, et je n’étais pas toute seule.

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Les activités plus ou moins licites du quartier ne sont pas visibles en pleine rue, cette dernière restant un lieu public très sûr. À peine quelques photos suggestives sur des affiches de salons de massages placardées dans les couloirs ouverts, et l’un ou l’autre rabatteurs qui ne s’intéressaient pas à nos têtes pas assez fêtardes et beaucoup trop sobres. K s’est fait accoster plus d’une fois en faisant un tour en pleine nuit d’insomnie, où le quartier semblait déjà moins engageant ; il s’avère que les touristes sont alors des proies idéales à enivrer et droguer avant de les dépouiller. Ce n’est pas parce que je n’ai pas perçu la criminalité du quartier, réputé pour sa prostitution et ses deals mafieux, qu’elle est inexistante. Elle est simplement à l’image du pays : plus insidieuse, plus cachée, et j’en ai été protégée par ma condition de touriste accompagnée.

Kabukichō

Kabukichō

Kabukichō

Kabukichō

Une chose m’intriguait fortement en parcourant ces rues : il y avait certes quelques affiches de bars à hôtesses au minois provocateur, mais les grands panneaux d’affichage étaient réservés à d’immenses portraits glamour de jeunes éphèbes. Impossible de lever la tête sans croiser le regard de ces hommes lissés, aux noms calligraphiés à paillettes. Des magasines gratuits étaient même mis à disposition des arrêts de métro, catalogues remplis de centaines de leurs portraits. Ce n’est qu’une fois rentrée que j’ai compris ce dont il était question en regardant ce reportage fascinant, me faisant découvrir l’univers des host boys.

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Kabukichō hosts

J’ai eu le plus grand mal à fixer mon jugement sur cette pratique. Cette forme de prostitution émotionnelle m’attristait énormément, car je l’interprétais comme un abus de la solitude de certaines personnes, en leur donnant l’illusion d’un intérêt sentimental pour les pousser à la consommation, leur faisant dépenser jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’euros en une seule soirée. Après avoir lu plusieurs témoignages sur la question, je n’étais pas plus avancée. Les clientes de ce genre de clubs semblent pleinement conscientes qu’il ne s’agit que d’un rôle, d’un jeu, et disent faire pleinement la part des choses. La plupart d’entre elles sont elles-mêmes hôtesses du quartier, cherchant des interactions inversées à celles qu’elles ont du tenir durant leur travail. Les jeunes hommes embauchés dans ces clubs, quant à eux, sont en quête de richesse et de célébrité, mais se font très souvent exploiter comme le documentaire précédent peut facilement le laisser imaginer. Difficile de se faire un avis sur une telle culture, dont je n’ai été qu’une lointaine observatrice, mais qui renforce mon impression sur Kabukichō et son double jeu. C’est après tout juste à côté de tous ces clubs plus ou moins tendancieux que j’ai découvert une véritable perle de culture : le Musée du Samouraï.

Samurai Museum

Samurai Museum

Samurai Museum

Samurai Museum

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Nous avons tenu à visiter ce petit musée pour en apprendre plus sur ces guerriers légendaires dont je ne connaissais que les clichés véhiculés par le cinéma américain. À ce sujet, je vous invite à regarder cette excellente vidéo de Nota Bene qui partage bon nombre des enseignements que nous avons reçus durant notre visite.

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Nous pouvions parcourir le musée librement ou nous greffer à une visite guidée qui venait de commencer : ce dernier choix fut définitivement le bon ! Notre guide nous a partagé dans un anglais impeccable et avec beaucoup d’humour bon nombre d’anecdotes sur ces guerriers au code d’honneur inébranlable, aux belles armures réservées aux hauts-gradés qui ne se battaient jamais, aux histoires de trahisons entre clans à base de ninjas cachés dans les faux plafonds, aux sabres spécialement forgés pour différentes techniques de combat (dont l’un spécialement dédié à trancher les jambes des chevaux en plein assaut), qui se battaient tout autant à l’arc qu’au katana. J’y ai aussi appris l’origine du mot kamikaze, la véritable identité du dernier des samouraïs, et une parabole japonaise que j’ai beaucoup aimée, relatant l’art de la guerre selon trois célèbres seigneurs : Oda Nobunaga, Toyotomi Hideyoshi et Tokugawa Ieyasu.

If a bird doesn't sing…

Illustration par Richad Longhi

Vers le XVe-XVIe siècle, le Japon était divisé entre de nombreuses familles qui se battaient pour dominer l’archipel. Une histoire raconte que ces trois seigneurs, les plus puissants à l’époque, se sont retrouvés dans un jardin pour discuter de la meilleure manière d’unifier le pays. Un maître zen présent durant la scène a vu un oiseau atterrir sur une branche, et s’est emparé de cette image comme métaphore, en demandant à ces trois hommes : « Que feriez-vous pour que l’oiseau se mette à chanter ? »

Oda Nobunaga, connu pour être le seigneur le plus cruel et le plus violent des trois, répondit : « Si l’oiseau refuse de chanter, alors je le tuerai ». Toyotomi Hideyoshi, son successeur, répondit « Si l’oiseau refuse de chanter, alors je le ferai chanter ». C’est lui qui réussira à mettre fin à la guerre civile, en éliminant l’un après l’autre tous les rivaux qui refusaient de s’allier à sa cause. Tokugawa Ieyasu, le dernier des trois, répondit enfin « Si l’oiseau refuse de chanter, alors j’attendrai qu’il chante ». Tokugawa fut le père fondateur du règne Edo qui dura 300 ans, portant le nom de la nouvelle capitale qui devint par la suite la ville de Tokyo.

Temple des 47 Rōnin & Tokyo Tower.

Ayant été plutôt enthousiasmés par la visite de ce musée, nous avons souhaité nous immerger dans un lieu célèbre de l’histoire des samouraïs en nous rendant au temple bouddhiste Sengaku-ji, dans le quartier de Takanawa. Ce temple est peu fréquenté par les touristes, et pourtant au cœur d’une des plus grandes histoires japonaises : à cet endroit sont morts et enterrés les 47 Rōnin. C’est reparti pour une nouvelle histoire, dont j’espère résumer correctement les grandes lignes ci-dessous !

En 1701, le seigneur Asano a été contraint de dégainer son sabre dans le palais impérial, face à la menace du seigneur Kira. Puisqu’il était interdit d’utiliser une arme dans l’enceinte du palais, Asano fut condamné à mort par seppuku, cérémonie de suicide où le condamné s’ouvre l’abdomen à l’aide d’un court sabre pour libérer son âme. Les samouraïs dont Asano était le seigneur sont devenus des rōnin (guerriers sans maître), et ont juré de venger sa mort. L’année suivante, ils ont infiltré le palais de Kira, et l’ont décapité avec la même dague qu’Asano a utilisée pour son suicide. Les 47 Rōnin ont ensuite emmené la tête de Kira jusqu’à la tombe de leur maître à Sengaku-ji pour lui rendre hommage, en sachant très bien qu’ils y seront arrêtés et condamnés. Les 47 Rōnin ont ainsi du se faire seppuku à leur tour. Leur mort étant l’ultime symbole du code d’honneur samouraï, leurs sépultures ont été érigées à côté de celle de leur maître, et le lieu est toujours fortement vénéré de nos jours.

Sengaku-ji

Sengaku-ji

Eliness Sengaku-ji

Sengaku-ji

Sengaku-ji

Le lieu magnifique, caché au beau milieu d’un quartier résidentiel, est lourd d’histoire et de symbole. Lors de notre visite, plusieurs personnes déposaient des bâtonnets d’encens au pied de chaque tombe des Rōnin, rendant hommage à leur sacrifice. J’étais à nouveau totalement ignare des coutumes à respecter en un tel lieu, et j’ai regretté ne pas avoir à disposition de guide pour m’aiguiller. Aucune indication en anglais n’était disponible, et je me sentais gênée en tant que touriste de parcourir cet endroit avec mes gros sabots sans en connaître les codes.

Petit instant qui m’a touchée, nous y avons croisé une incarnation vivante du symbole des samouraïs : la libellule était révérée par ces guerriers car elle ne sait pas voler à reculons, et doit ainsi toujours aller de l’avant. Une jolie rencontre à faire dans ce lieu qui est au cœur de la plus célèbre légende guerrière japonaise.

Dragonfly

En rentrant de Sengaku-ji, nous nous sommes arrêtés à la Tour de Tokyo. Copie évidente de la Tour Eiffel en couleur, elle promet une vue sur toute la ville à 300 mètres de hauteur. Hélas, l’observatoire principal étant fermé pour travaux, nous avons du nous contenter d’accéder à la plateforme intermédiaire, qui nous a tout de même régalés d’une vue splendide à 150 mètres du sol. Nous avons alors découvert à quel point Tokyo regorgeait de parcs, de temples, de cimetières et de terrains de base-ball à chaque coin de rue, autant de petites tâches vertes dans un gigantesque paysage bitumé. La baie de Tokyo se déroulait à nos pieds, et le Mont Fuji, caché par la brume, n’a pas dérogé à sa réputation d’être pratiquement toujours invisible. La Tour elle-même a ses secrets, possédant le plus haut temple shinto de Tokyo, et présentant sous vitrine une mystérieuse balle de base-ball qui a été retrouvée à son sommet sans qu’on en connaisse l’origine…

Tokyo Tower

Tokyo Tower

K Tokyo Tower

Tokyo Tower

Tokyo Tower

Nous nous sommes étonnés du nombre d’employés en charge d’accompagner les touristes à chaque endroit du site. Du centre commercial au bas de la tour à l’observatoire, pas moins d’une dizaine de personnes en uniforme s’efforçaient de nous guider au travers des files d’attente, dans les ascenseurs, à chaque ouverture de porte, nettoyant les sols et les vitres au moindre passage… De manière plus générale dans les rues de Tokyo, nous étions hallucinés de voir de nombreux employés de la ville guider les passants à côté du moindre morceau de trottoir en travaux, à grands renforts de plots, de panneaux de signalisation et de messages d’avertissement au mégaphone. Nous avons été fortement surpris par cette surabondance de personnel durant chacune de nos visites, partagés entre un excès de zèle qui rendait parfois mal à l’aise, et un service des plus appréciables lorsqu’on en avait besoin.

Eliness Tokyo Tower

Tokyo Tower

Tokyo Tower

Eliness Tokyo Tower

La nostalgie du geek : Square Enix headquarters & Capcom Bar.

Lorsque j’ai demandé à K s’il avait des idées de visites auxquelles il tenait à Tokyo, il m’a immédiatement mentionné le siège de Square Enix, qui se trouve au Nord-Est de Kabukichō. Cette société a créé la licence Final Fantasy, une référence du jeu vidéo japonais qui a fortement marqué K étant enfant. Je regrette énormément de n’avoir connu ces jeux qu’à l’âge adulte, ne réussissant pas à m’y impliquer par leurs graphiques trop vieux et mon manque de patience face à leur système de combat qui m’insupporte – mais je vais définitivement devoir m’intéresser à une édition plus récente tant K m’en parle avec passion et nostalgie. Pour lui pas de doute, les n°7 et 8 sont les meilleurs, et il attend avec grande impatience l’arrivée imminente du n°15. La vidéo suivante présente en quoi cette saga est si importante dans l’histoire du jeu vidéo, et comment elle a réussi à s’imposer en Occident.

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Il était ainsi fort amusant de voir K se prosterner à même le trottoir devant la maison mère de cette société d’où sont nés tellement de ses souvenirs d’enfant. Un passant a éclaté de rire en le voyant s’incliner, avant de le gratifier d’un pouce levé, témoignage de son approbation et preuve de la marque que Square Enix semble avoir gravée dans l’imaginaire collectif à travers le monde entier. Juste à côté du siège se trouve un café et une boutique dédiés dans lesquels nous ne nous sommes pas attardés, juste de quoi acheter quelques souvenirs. Le pèlerinage en terre promise était accompli.

K au Square Enix Store

K au Square Enix Store

Parlant de cafés et d’endroits geek, je voulais profiter de Tokyo pour découvrir des lieux totalement décalés propres au Japon, dont le célèbre Robot Restaurant qui promet un spectacle haut en sons et lumières à grands renforts de robots géants et de lasers. Quelques lectures d’avis m’ont suffi pour soigneusement le rayer de ma liste de visites. Pourtant mentionné dans tous les guides, j’ai lu de nombreux témoignages reprochant à ce show de n’être qu’une arnaque, horriblement cher pour quelques chorégraphies automatiques dans des chars en carton pâte, les touristes y étant entassés sur des bancs comme du bétail et devant payer des extras faramineux pour trois boulettes de riz immondes.

Je me faisais une joie de découvrir les cafés à thèmes de Tokyo, allant de décors inspirés d’Alice aux pays des merveilles à une prison où l’on mange enfermé dans une cellule. Bien m’en a pris de creuser un peu les avis laissés sur le web à leur sujet, décrivant une réalité bien loin de mes fantasmes. Tout comme le Robot Restaurant, la plupart de ces cafés proposent des décors lamentables, de la nourriture industrielle et un service désolant à des prix exorbitants. J’avais bien trop crainte d’une soirée décevante qui ferait un trou dans notre budget et nous laisserait un souvenir bien amer.

J’ai ainsi scrupuleusement curé ma liste de cafés/bars à thèmes pour n’en garder que deux, dont le bar Capcom ; on attaque là une autre fondation des jeux vidéos de notre enfance. Cette société est à la base de plusieurs des plus grandes licences de l’histoire, dont Street Fighter et Resident Evil (pour en citer les plus connus) ; ce bar promettait un décor et des consommations thématiques leur rendant hommage. Aucune idée de ce dont je suis en train de parler ? J’ai à nouveau une vidéo sous le coude pour résumer tout ça !

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Capcom Bar

Capcom Bar

Capcom Bar

Capcom Bar menu

Les murs débordaient de peluches, accessoires et figurines à l’effigie de tous ces héros (je tirais une très grande fierté à les reconnaître), chaque objet étant achetable bien évidemment. De nombreux écrans présentaient des cinématiques des jeux, et des bornes d’arcades laissées à disposition des clients permettaient de jouer quelques parties tout en consommant plats et boissons. Ces derniers sont d’ailleurs tous inspirés (plus ou moins clairement) d’un personnage d’un jeu de Capcom, comme en témoigne le menu haut en couleurs ci-dessus. Le temps que nous passions commande, nous avons pu observer la table de nos voisines japonaises, hilares, qui découvraient pour la première fois comment jouer à un jeu de combat. Lors de l’arrivée de leurs consommations, chacune d’entre elles a eu droit à un véritable sketch de la serveuse imitant le personnage associé à chaque plat.

Jill Valentine cocktail

Pour notre part, nous nous sommes fixés sur des boissons dédiées à Resident Evil (j’adorais ce jeu mais j’en étais tellement terrorisée étant petite que je me contentais de regarder d’autres personnes y jouer pour voir l’histoire progresser). J’ai éclaté de rire en recevant ma commande : la serveuse, désolée de ne pas parler anglais, m’a apporté mon verre en incarnant le zombie le plus timide et adorable que j’ai jamais rencontré. Les Japonais ne sont pas réputés pour leur consommation d’alcool – j’en reparlerai dans un autre article – mais mon cocktail était fort à mon goût, vodka limonade contenant un cerveau en glaçon, dans lequel je devais injecter un « antivirus » au sirop à l’aide d’une seringue. Accompagné d’une assiette d’onion rings, notre apéro était vraiment agréable dans ce bar qui nous a donné un bon aperçu du potentiel des restaurants à thème, sans tomber dans un attrape touriste trop prononcé. À noter que le Capcom Bar n’est accessible que par sessions de 2h : il faut ainsi s’y rendre une première fois pour s’y inscrire, et revenir une fois l’heure de réservation arrivée.

Les rues de la soif : Golden Gai et Piss Alley.

En attendant notre heure d’accès au bar, nous avons décidé de faire un tour dans le célèbre Golden Gai, petites ruelles en apparence inertes la journée, mais qui s’animent sitôt la nuit tombée. Ce minuscule quartier est une véritable bulle de tradition préservée au cœur de la ville moderne : de petits bâtiments entassés au toit plat hébergent une succession de bars et de restaurants à même la rue, où de nombreux Japonais se rendent en début de nuit pour se détendre après une journée de travail. Deux points importants à souligner : de nombreux bars et restaurants refusent les étrangers ou les personnes ne parlant pas japonais, il vaut ainsi mieux se fier à ceux ayant des panneaux en anglais. En outre, nous avons commis l’erreur de nous y rendre un mercredi, sans savoir que c’était le jour de repos au Japon ; de nombreux lieux étaient ainsi fermés, nous faisant passer à côté de l’ambiance qui était apparemment si magique dans ce quartier.

Bien heureusement, j’ai insisté quelques jours plus tard de passer par une autre rue, Omoide Yokocho (Piss alley pour les intimes…) qui est non loin du Golden Gai et qui est connue pour être un peu plus ouverte aux étrangers le soir. J’ai ainsi pu vivre le charme de ces petites rues éclairées aux lanternes, dont les nombreux restaurants sont cachés par un petit rideau, où les gens mangent à même le bar, avec ces lumières si belles et ces odeurs de nourriture me flattant les narines. Je garde un très fort souvenir de cette atmosphère, restreinte pourtant à deux petites ruelles, mais dont le parcours m’a enchantée.

Omoide Yokocho

Omoide Yokocho

Omoide Yokocho

Omoide Yokocho

Omoide Yokocho

Eliness Golden Gai

Omoide Yokocho

Musée d’architecture en plein air d’Edo-Tokyo.

La visite de ce musée était un pari : je savais seulement qu’il s’agissait d’un parc immense avec plusieurs maisons traditionnelles à visiter, qui nous prendrait sans doute quelques heures peut-être sans y trouver grand intérêt. Nous étions loin d’imaginer y passer une grande partie de la journée, et je pense que c’est une des visites culturelles que j’ai préférées.

Il faut une bonne demi-heure de train pour se rendre dans la banlieue de Koganei, et autant de marche pour rejoindre le musée. J’ai apprécié me prendre le temps d’une balade dans ces banlieues de Tokyo, traversant des zones résidentielles nous permettant de profiter un peu d’une autre facette de la ville que ses gratte-ciels. J’y ai retrouvé de ces ambiances urbaines que j’aimais tant à Asakusa.

Eliness

Nephila Clavata

Musée d'architecture en plein air d'Edo-Tokyo

Le parc-musée contient une trentaine de maisons à visiter, et est impeccablement guidé, entre un plan et des panneaux d’informations traduits à chaque point d’intérêt. À l’Ouest se trouvent des bâtiments plus anciens, partageant le quotidien de fermiers dans des maisons aux toits de chaume de l’époque Edo (1600-1850) comme de hauts-seigneurs de l’époque Meiji (1850-1900). Dans chaque maison, un guide était présent pour nous fournir des explications complémentaires, souvent des personnes âgées très fières de pouvoir échanger avec nous quelques mots d’anglais. Certains d’entre eux s’adonnaient à l’origami pour s’occuper, et j’ai ainsi eu droit à de nombreux petits cadeaux en papier plié et brins d’herbe, qui m’ont énormément touchée. « It is a gift, for good luck, take it ! » Dans une ferme, nous avons été invités à boire le thé à même le sol autour d’un foyer entretenu toute la journée. Nous y avons dégusté du Hōjicha, un thé vert torréfié, dont nous avons rapporté plusieurs sacs dans nos valises tant son parfum, associé au souvenir de ce moment, nous a plu.

Musée d'architecture en plein air d'Edo-Tokyo

Musée d'architecture en plein air d'Edo-Tokyo

Musée d'architecture en plein air d'Edo-Tokyo

Musée d'architecture en plein air d'Edo-Tokyo

Musée d'architecture en plein air d'Edo-Tokyo

À l’Est du musée se trouvent des maisons aux styles plus variés, post-1900 aux architectures très particulières mêlant tradition et modernité – demeures d’architecte, poste de police, bains publics, boutiques spécifiques, … K a confirmé son amour des tatamis au sol, j’ai adoré pour ma part ces grands panneaux de papier et parterres en bois laqué. À noter que ce dernier impose la contrainte de se déchausser à chaque parvis, tant et si bien que nous avons autant parcouru ce musée en bottes qu’en chaussettes. Nous avons eu la chance de tomber sur une journée de festival, où chaque maison accueillait un artisan traditionnel présentant son art (tailleur, fabriquant de poupées, vannier, …) Il parait qu’Hayao Miyazaki s’est beaucoup inspiré de ce musée pour réaliser Le Voyage de Chihiro, et je comprends totalement pourquoi. Le parc avait une telle ambiance paisible que nous y sommes restés des heures, loin de l’agitation de la ville, profitant de découvrir une facette traditionnelle du pays à laquelle nous n’avions pas encore été confrontés. Une véritable bouffée d’air, à laquelle ont énormément contribué les personnes nous accueillant avec grande sincérité dans chacune de ces maisons, comme en témoigne cette jolie sauterelle en herbe tressée qui est un de mes souvenirs préférés.

Musée d'architecture en plein air d'Edo-Tokyo

Musée d'architecture en plein air d'Edo-Tokyo

Musée d'architecture en plein air d'Edo-Tokyo

Musée d'architecture en plein air d'Edo-Tokyo

Musée d'architecture en plein air d'Edo-Tokyo

Musée d'architecture en plein air d'Edo-Tokyo

Juste avant de prendre le train du retour, nous avons été attirés dans les rues de Koganei par le chant d’un blues profond qui y résonnait. Nous avons alors choisi de flâner un peu dans le quartier près de la gare, profitant d’un coucher de soleil magnifique et de boutiques et bars qui se réveillaient à la tombée de la nuit, jusqu’à tomber sur un petit festival de jazz en plein air. L’ambiance était si douce, j’avais le sourire aux lèvres, j’observais cette mère danser avec sa fille en écoutant ces morceaux de musique mêlés au murmure de la foule, et c’est un petit moment dont j’aimerais graver tous les détails dans ma mémoire tant il était parfait.

Koganei

Koganei

Koganei

Koganei

Odaiba

Odaiba s’accède par une ligne de monorail qui suit le célèbre Rainbow Bridge, un chemin que nous étions emballés d’emprunter à cause de la vidéo suivante qui rassemble tout notre amour de ces longs trajets en voiture de nuit, sans but, accompagnés d’une musique hypnotique. Le trajet en monorail ne fut hélas de loin pas aussi captivant, je garderai pour un prochain voyage mon idée de prendre un taxi sur le chemin de retour pour pouvoir reproduire le parcours ci-dessous :

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Située au cœur de la baie de Tokyo, la presqu’île d’Odaiba est principalement composée de centres commerciaux et de loisirs : une immense grande-roue, une exposition de voitures anciennes, un garage gigantesque présentant les dernières nouveautés de Toyota, un restaurant de burgers hawaïens, un magasin dédié aux déguisements pour animaux de compagnie, un parc d’attraction intérieur, une reproduction d’un Oktoberfest allemand (je n’y croyais pas non plus), une statue géante du robot Gundam, j’en passe et des meilleures. La plupart de ces sites sont assez dispersés sur la presqu’île, je conseillerais ainsi de se renseigner au préalable sur les différentes possibilités d’exploration pour se faire un parcours intéressant sans y perdre trop de temps.

À noter que j’aurais adoré passer quelques heures à l’onsen d’Odaiba, une immense station balnéaire qui hélas refuse l’entrée aux personnes tatouées. Le tatouage au Japon est fortement associé à la mafia locale, les yakusa, et malgré une tolérance de plus en plus grande (grâce aux nombreux touristes notamment), le tatouage reste un sujet sensible et mal vu dans les lieux publics et traditionnels. Nous rattraperons heureusement notre envie de bains le dernier jour du voyage, affaire à suivre…

Odaiba

Odaiba

Eliness Odaiba

Odaiba

Odaiba Oktoberfest

Odaiba

Venus Fort

Tokyo Bay

Odaiba

Eliness Odaiba

Petite anecdote rigolote : en nous baladant sur la promenade le long de la côte le soir, nous avons été pris dans un raz-de-marée humain instantané, une bonne centaine de personnes émergeant de toutes les directions pour courir vers un seul but, leur téléphone à la main. Il nous a fallu quelques secondes avant de comprendre que ce soulèvement soudain avait été causé par un Pokémon rare apparu un peu plus loin !

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Mon meilleur souvenir d’Odaiba est sa vue superbe sur la baie de Tokyo dans laquelle j’ai pu tremper les pieds, et qui a révélé toute sa magie le soir (à nouveau, qu’est-ce que j’aime cette ville de nuit !) Le son étouffé du trafic, les clapotis de l’eau, les lumières du Rainbow Bridge et des gratte-ciels, les chants éméchés de karaoké émanant des péniches et se mêlant à celui des cigales, la lune se reflétant dans l’eau… Ma vidéo maladroite rend bien peu hommage à cet instant superbe, parfait pour clôturer la journée.

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Ce panorama conclut ainsi ce deuxième article sur Tokyo, je n’en reviens pas de la quantité de lieux que nous avons visités en quelques jours à peine, et du temps qu’il me faut pour tout retranscrire ! Je garde en stock un dernier article sur cette première semaine à Tokyo, qui promet d’être tout aussi chargé. D’ici là, バイバイ (Baibai) !

12 commentaires

  1. Merci pour ce second article aussi passionnant que le premier ! :)
    Je suis allée deux fois à Odaiba, je ne sais pas pourquoi mais j’adore cet endroit, avec sa grande roue, tout ça tout ça… J’y ai usé la semelle de mes baskets mais passé d’excellents moments ^^

    • Je t’avoue m’être sentie assez perdue à Odaiba, je ne m’attendais pas du tout à ce que le lieu soit aussi étendu ! Il vaut mieux se fixer quelques points de repère et flâner le reste du temps pour se laisser surprendre par la multiplicité d’activités proposées, sans pour autant rater des points importants (je me serais par exemple contentée de la côte en ratant le Gundam géant et le Venus Fort si je ne me les étais pas notés).

  2. Wow ! Merci pour ce monstre d’article, c’est vraiment passionnant de visiter la ville à travers tes yeux. J’aime beaucoup tes ajouts de son et vidéo, plongée tête la première dans l’ambiance. Et je tiens à le dire, tes photos sont vraiment superbes ! J’ai hâte de la suite !

    • Je suis tellement ravie que la densité de ces articles ne soit pas répulsive, et que ça soit plutôt le contraire ! Je t’avoue avoir très peur que le récit de voyage soit ennuyeux, c’est pour cela que j’essaie de multiplier les média et les références au lieu de me baser sur un simple compte-rendu. Quitte à ce que les articles soient à rallonge, cela me permet de me replonger dans ce que j’ai vécu et de compléter mon expérience par d’autres sources d’information ; je serai d’autant plus contente d’ici quelques années de m’y replonger :)

  3. Tout pareil que Sempra :)

  4. Ton atterrissage involontaire dans le quartier rouge m’a fait rire, car j’ai vécu la même chose en arrivant à Sydney. Il était à peine 6h du matin, après une nuit dans le car : on demande notre chemin à un passant qui nous demande en retour si on veut vraiment aller là, parce que c’est le quartier rouge… avant d’ajouter qu’un bateau de GI vient de débarquer et que tous les hôtels de la ville sont complets. On a un peu flippé en voyant rouler quelques seringues et zigzaguer des mecs pas frais, mais une fois le soleil levé (enfin façon de parler, parce qu’il a neigé), c’est juste devenu un quartier animé, comme pour toi (avec moins de néons). XD

    De tout ce que tu nous as fait visité, je crois que c’est le musée d’architecture à ciel ouvert qui me fait le plus envie… J’aime aussi beaucoup la dernière vidéo de la baie, qui m’a fait penser à Hong Kong (pour les lumières uniquement, parce que c’était loin d’être aussi apaisant ; on n’entendait pas le ressac !), et la bande-son avec la photo de la petite fille qui danse… on a l’impression d’y être !

    (Question existentielle ouverte : vous les trouvez mignons, vous, les entraineurs de la vidéo ?)

    • Ohlala mais tu as déjà voyagé aux quatre coins du monde la souris, tu me fais envie ! Je suis toujours partagée sur la visite de quartiers réputés comme étant animés, qui d’un côté me procurent souvent les expériences de voyage les plus intenses, mais de l’autre m’inquiètent beaucoup. Il y a une nuance entre un quartier rouge touristique un peu décalé à la hollandaise, et une banlieue à fort taux de criminalité – en tant que touriste, je crains ne pas toujours savoir distinguer les deux…

      Quant aux host boys, ils correspondent parfaitement à l’idéal de beauté masculin à la japonaise, souvent glabres et androgynes. Personnellement, je suis plus attirée par le type viking barbu, mais qui sait, je serais peut-être tombée moi-même sous le charme de la personnalité d’un host qui m’aurait considérée comme une divinité incarnée, à grand renfort de yens de ma part ! Après tout c’est l’essence même de leur travail ^^

      • J’avoue avoir eu et avoir encore de la chance, côté destination. L’Australie, c’était pour mes 18 ans, pour retrouver une amie partie vivre là-bas. Et pour Hong-Kong, j’ai squatté un voyage pro de Palpatine (sans l’hôtel, c’est tout de suite moins ruineux).
        Tu as raison, c’est moins le côte « rouge » que la criminalité qui importe. Avec autant de lumières, on a du mal à croire aux délits de l’ombre…

        Ces host boys me laissent perplexe : le maigrichon androgyne, normalement, c’est ma came, mais là, ça ne fonctionne pas du tout (peut-être le côté beau-gosse-qui-sait-qu’il-est-beau-gosse).
        Les gif de toi et du viking barbu sont très réussis, by the way. ;)

        • Ces hommes montrent une certaine assurance qui peut être repoussante, en effet – personnellement j’ai tendance à apprécier cette démonstration de confiance en soi, à condition qu’elle ne tombe pas dans l’arrogance. Ici, clairement, on en est à la limite !

          Merci beaucoup pour les gifs, tu n’as pas idée à quel point je me suis arrachée les cheveux dessus ^^ Les photos n’étaient pas tout à fait alignées et n’avaient pas exactement la même perspective, c’était un véritable casse-tête à ajuster ; je suis plutôt contente du résultat !

    • D’ordinaire, je suis très attirée par les physiques androgynes, mais pour ma part je trouve les traits des Japonais (du moins des hosts boys de la vidéo et des affiches) plutôt enfantins, ce qui, évidemment, me rebute pas mal :) Puis ils sont un peu « lisses », aussi.

      Eli, j’oubliais : je suis vraiment très sujette au vertige, et ta photo de vos pieds sur cette plaque de verre en haut de la Tour de Tokyo m’a filé un coup :D

      • Ah, le lissage Photoshop à outrance, les Japonais ne s’en privent pas ! En regardant par-dessus l’épaule d’une voisine dans le métro de Tokyo, j’ai découvert une app smartphone dédiée à un traitement avancé de selfies pour un résultat totalement naturel en quelques secondes, comme le prouve cet autoportrait que je viens de capturer :D

        Selfie japonais

        Plus sérieusement, je suis sincèrement désolée pour le coup d’angoisse du au vide, je ne savais pas que ça pouvait être déclenché par image également ! Je me souviens que K et moi avons partagé la même impression : debout sur cette vitre, nos cerveaux nous envoyaient des signaux d’alarme même en sachant pertinemment que nous ne courions aucun danger.

        Je pense à ce pont en verre récemment ouvert en Chine (qui a depuis fermé car trop d’affluence), et je me dis que ça doit être une expérience très déroutante… Ne regarde pas la vidéo ci-dessous si c’est quelque chose qui t’est vraiment insupportable !

        Video Thumbnail
        • Je n’avais pas pensé au côté « confiance arrogante » de ces gars mais en effet, ça participe aussi à mon indifférence.

          J’avais déjà entendu parler de cette appli en effet ! S’il te plaît, ne recommence pas, ça fait encore plus peur que ta photo sur la plaque de verre :D

          Je ne suis pas restée à scotcher sur le vide, mais c’est vrai que c’est très impressionnant, et je me projette assez facilement dans des situations qui m’angoissent quand je suis aidée par une image. C’est pour ça que les films d’horreur fonctionnent aussi bien sur moi ;)
          Et comme j’aime bien me confronter à ce qui m’effraie (enfin, de loin hein), j’ai évidemment regardé la vidéo :P J’avais déjà entendu parler de ce pont et je pense que si je devais m’engager dessus, je l’aurais fait accrochée à la rampe comme certaines personnes. Mais en vrai, je pense que j’aurais fait demi-tour au bout de trois mètres max !

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