Quinzomadaire

L’ouverture d’un blog est toujours soutenue par l’enthousiasme débordant de son créateur. Les idées foisonnent, le champ des possibles est vaste, et ce nouvel espace d’expression libre ne demande qu’à se remplir. Les articles s’enchaînent. Il arrive toutefois inexorablement un jour où la motivation n’y est plus.

Les sujets se tarissent. L’écriture se fait moins spontanée. La lassitude prend le dessus. Rédiger un article devient une corvée. Toute inspiration semble avoir disparue. Le blog peut se transformer en véritable boulet, source récurrente de honte causée par semaines de silence. Parfois, cette culpabilisation devient trop pesante : il ne reste alors plus qu’à en fermer les pages pour se libérer du constat d’un échec cuisant. Ce destin a failli être celui d’Hypothermia il y a quelques années.

Autrefois, je n’écrivais que lorsque je me sentais inspirée. J’attendais que les idées me tombent du ciel pour les concrétiser en mots et en images. L’art se devait d’être inné, et mes articles devaient découler d’illuminations subites. Le résultat ? Un blog dont les publications devenaient de moins en moins fréquentes, des idées sporadiques jamais approfondies, et une frustration croissante. En 2013, ayant constaté ne pas avoir publié depuis des mois, j’ai failli jeter l’éponge.

Et pourtant je n’ai pas pu m’y résigner. Cet espace m’était trop essentiel pour que je l’abandonne ; il fallait que je trouve une autre solution. En ouvrant la version actuelle d’Hypothermia en février 2015, je me suis imposée une règle éditoriale fondamentale : mes publications seront séparées d’un maximum de quinze jours. Quoi qu’il arrive.

Battlestation

J’ai choisi un lundi sur deux comme point de repère, transformant Hypothermia en quinzomadaire. Cette contrainte intransgressible peut paraître sévère. Il est vrai que j’ai brûlé de nombreux dimanches à boucler des articles devant impérativement sortir le lendemain. Je lutte parfois contre l’angoisse de ne plus être inspirée ou la peur de produire un contenu qui ne soit plus à la hauteur de mes standards. Le blog est avant tout un loisir, un plaisir, et il peut sembler artificiel voire cruel de m’imposer des contraintes temporelles. Cette deadline répétée pourrait être une épée de Damoclès bien trop pesante.

Je crois toutefois que cette règle est devenue une condition essentielle à l’existence du blog. Je n’y ai jamais dérogé, et le jour de publication est devenu un rendez-vous régulier. Hypothermia est ainsi au cœur d’une routine créative rythmant ma vie. Quelles que soient les tempêtes que je subis, les événements que je traverse ou l’état d’esprit dans lequel je suis, j’ai cette ancre à laquelle m’accrocher tous les quinze jours.

Ce rythme est parfait pour moi. Il m’accorde un temps de réflexion incompressible entre chaque article, un délai suffisant à tout travail créatif associé, sans qu’il n’empiète de trop sur mon quotidien. Je constate surtout que, plus de quarante articles après, j’arrive toujours à m’y tenir. Chaque publication est une petite victoire personnelle, une preuve à moi-même que j’en suis capable. J’ai beau me demander « Et si un jour je n’ai plus d’idée ? », cela fait plus d’un an que je me prouve le contraire.

Articles Hypothermia

Je ne crois pas à la suffisance du talent, je crois en la persévérance. En un entraînement régulier, une discipline inébranlable, une pratique répétée. C’est en forgeant qu’on devient forgeron pourrait être la maxime de ma pratique du blog. M’imposer une publication régulière me force ainsi à l’action : je ne peux me contenter d’attendre que les idées viennent à moi, je dois activement les rechercher.

Nathalie écrivait en bilan de ses quinze ans d’archives que « tenir un blog m’oblige à un effort intellectuel régulier ». Je ne peux qu’adhérer à cette vision, et l’étends à mon cerveau droit : tenir un blog m’oblige à un effort créatif régulier. Je deviens à l’affût de toute source d’inspiration : je prends des notes, je connecte les points, j’entraîne ma créativité comme un muscle. Et cela a un impact réel dans ma vie.

Je me surprends à créer des réseaux d’idées de plus en plus fournis dans ma tête. Je mets en lien des discussions, des œuvres d’art, des instants de vie que je n’aurais jamais pensé à connecter auparavant. Plus fort encore, je me surprends à être bien plus ouverte à de nouvelles expériences : le blog me donne un prétexte pour sortir de mon train train quotidien.

Par l’impulsion initiale du « je pourrais en écrire un article », je me pousse à explorer, à découvrir, à tester. Le blog me donne l’élan de visiter de nouveaux lieux, de développer certaines réflexions, d’essayer de nouvelles formes d’art, d’aller au bout de mes idées. Et ce que j’aime par dessus tout, c’est que je n’ai pas l’impression de me forcer. Le blog est devenu un moteur naturel qui m’encourage à élargir mes horizons.

Quinzomadaire

Parfois, le résultat n’est pas à la hauteur de mes attentes. Certains articles me paraissent bâclés, pas assez creusés, voire à côté de la plaque. C. me demandait judicieusement si cette contrainte calendaire n’était pas suivie au détriment de la qualité des publications. Elle l’est sûrement parfois, et c’est justement ce que je recherche. Je n’arriverai jamais à créer l’article, la photo, le blog idéaux. Chaque nouveau post me rappelle à ce fait : ce que je produis n’est pas parfait. Mais c’est suffisant.

Concrétiser une idée, même imparfaite, aura toujours bien plus de valeur que la séquestrer à jamais dans un esprit perfectionniste. En publiant à intervalles régulièrement imposés, je me force à accoucher de mes pensées et mes inspirations. Je me pousse à les manipuler, les exploiter, les concrétiser. Je les sors de ma tête et les digère par le clavier pour pouvoir passer à autre chose. C’est ainsi que je m’en libère.

J’ai établi cette contrainte de publication comme seule condition de réussite du blog, ce qui m’enlève une pression immense. Un article n’est pas aussi réussi que ce que j’aurais souhaité ? Il ne recueille aucune réaction ni commentaire ? Ce n’est pas grave, j’ai respecté le marché que j’ai scellé avec moi-même : je l’ai publié dans le délai que je me suis imposé. J’ai gagné.

Ampoule

Ce système est certes un peu trop rigide parfois, aussi je m’y permets certaines libertés pour ne pas qu’il m’emprisonne. Envie subite de publier quelque chose à partager immédiatement sans attendre lundi prochain ? Les articles parenthèses sont là pour cela, et décalent l’échéance au lundi suivant. Une coupure Internet m’empêche d’écrire ? J’accepte d’utiliser des moyens limités pour en parler de façon condensée.

Et si un jour, vraiment, je n’en peux plus ? Il ne tiendra qu’à moi de réévaluer ce mode de fonctionnement. L’apanage de gouverner mon propre royaume est de pouvoir adapter ses lois comme bon me semble. Pour l’heure, je construis ma cathédrale virtuelle article après article, forte de pouvoir m’appuyer sur cette règle de publication quinzomadaire comme clef de voûte.

Clef de voûte \kle də vut\ [n.f] : élément unique qui permet de maintenir la cohésion des multiples éléments l’entourant et ce, par sa seule présence, ses seules caractéristiques intrinsèques.

20 commentaires

  1. <3

    Voilà. C'est tout ce que j'ai à dire !

    Non, en vrai, je te dois une lettre, un commentaire détaillé de l'article précédent (l'un ira probablement avec l'autre) et un petit mail quand même parce que faut pas déconner, mais comme je refais surface après trois semaines de disparition, je tenais à saluer cet article et à te dire combien cette "routine" est rassurante et agréable pour moi lectrice, qui trépigne toujours d'impatience un lundi sur deux, en ouvrant mon navigateur ;)

    • :) Tu ne me « dois » rien du tout Nath, je conçois les correspondances virtuelles sur une ligne de temps bien plus élastique, ne te sens pas sous pression surtout.

      Au départ, je pensais que personne d’autre que moi ne prêterait attention à la régularité des publications, mais force m’est de constater que je ne suis pas la seule à tenir le rendez-vous, et ça n’en est que plus motivant pour moi de continuer à ce rythme !

  2. Je reste admiratif de la régularité que tu maintiens ;)

  3. Tu viens de me donner l’envie d’écrire des articles sur le champ ! Des idées, j’en ai régulièrement, je commence même à écrire mais souvent, je ne vais pas jusqu’au bout… Et c’est un cercle vicieux. J’aimerais arriver à retourner dans un cercle plus vertueux de publication régulière… Objectif de la rentrée ?

    • Arrives-tu à identifier pourquoi tu n’arrives pas au bout de tes articles ? Tu t’en désintéresses ? Cela prend trop de temps ? Tu te dis que ça n’intéressera personne ? Je pense qu’il est extrêmement important lorsqu’on tient un blog d’identifier le « pourquoi », ce qui est le carburant de notre moteur à publications. Que t’apporte ton blog ? Pourquoi as-tu envie de le maintenir ? À partir de là, il s’agit de trouver un mode d’écriture qui te permet de surmonter les obstacles qui te bloquent pour le moment.

      Si tu as envie d’en discuter, n’hésite pas, c’est un sujet qui me passionne :)

  4. C’est amusant, Palpatine s’est également fixé une contrainte temporelle (un billet hebdomadaire, qui peut être très court mais doit sortir le mercredi). J’aurais plutôt tendance à mouliner l’article à mon rythme (très variable, mais souvent très lent) et à le publier une fois que je pense en avoir fait le tour (petite victoire personnelle) ou que j’ai l’impression de tourner en rond (même si je n’en suis pas vraiment satisfaite, je le publie alors pour m’en débarrasser, parce que ça colle, ces bestioles).
    Sans être aussi régulière que toi (tu as toute mon admiration), je partage ton point de vue sur la pratique pour progresser et manier les idées avec davantage de fluidité – blog comme bac à sable, avec ou sans château en Espagne. Francis Ponge disait qu’il ne faut écrire qu’en-dessous de sa puissance, mais je crois que pour ça, il faut d’abord écrire au-dessus de sa puissance (impossible de retrouver la poète mis en balance – Octavio Paz ?) pour ensuite, dans un second temps, pouvoir se laisser aller à une fluidité plus agréable pour le lecteur. Pour moi, le blog est à la charnière de ces deux conceptions-là…

    • Tu n’as rien à m’envier la souris, je suis toujours ébahie du volume de textes que tu arrives à écrire régulièrement, et de leur longueur ! Tu n’as pas à t’imposer de calendrier ferme pour publier régulièrement, et je suis admirative d’une telle productivité :)

      J’aime effectivement à voir le blog comme un bac à sable, un terrain de jeux, tu en identifies très bien le propos. La citation de Francis Ponge m’intrigue par contre, saurais-tu pour quelles raisons il affirme qu’on doit toujours être en sous-régime en écrivant ?

  5. Félicitations! Je suis admiratif! Et envieux ;)

    • J’aime à voir l’envie comme un indicateur sur soi-même, une petite alarme sur un pincement qu’on garde en soi – l’envie est un formidable moyen de l’identifier. Quel est votre pincement au cœur sur la discipline d’écriture, et comment pourriez-vous le combler ?

  6. Parfois, les contraintes, et notamment les contraintes du calendrier sont nos meilleurs moteurs :)

    J’aime beaucoup cette régularité en tant que lectrice car je sais que je retrouverai tes articles régulièrement. C’est un peu un rendez-vous pour tes lecteurs aussi ! J’espère que tu continueras à trouver des idées pour nourrir cet espace mois après mois mais je ne suis pas trop soucieuse à ce sujet ! :D

    • Rien ne me motive plus dans ma thèse que lorsque mes superviseurs me demandent de leur remettre un travail à une certaine échéance ; je te rejoins ainsi sur la puissance du calendrier.

      Dès que je clique sur « Publier », je suis toujours envahie d’un « Ohlala mais de quoi vais-je bien pouvoir parler dans deux semaines ? » Je me force alors à lâcher prise là dessus en profitant de ma petite victoire quinzomadaire, et en m’accordant une semaine de flottement. En général, quelques graines d’idées pointent leur bout du nez durant cette période, et je consacre la semaine suivante à les explorer :) J’espère fort aussi que cette recette continuera à porter ses fruits !

  7. Je rejoins le club des admirateurs de ta régularité :) En tant que lectrice c’est un petit rendez-vous dont je ne me lasse pas !

    Jusqu’ici sur mon propre blog j’ai toujours à peu près réussi à poster au moins deux fois par mois « naturellement » sans m’imposer de contrainte (bien que cette année mes publications aient été un peu plus sporadiques je dois bien l’avouer). Mon problème se situe plus dans la diversité des articles, mais ça ne m’embête pas encore assez pour que je me pose pour y réfléchir et y remédier ^^

    • C’est un soutien précieux de savoir que chaque nouvel article est attendu, merci d’être fidèle au poste !

      Je suis curieuse de savoir ce que tu entends par « diversité des articles », est-ce le fait que tu ne te sens pas inspirée, ou que tu penses que tes idées ne sont pas dignes d’intérêt ? Je te renvoie vers la réponse que j’ai écrite au commentaire d’annso, si tu veux qu’on en discute ça serait avec plaisir :)

  8. Je rejoins le clan des admirateurs face à ta régularité de publication ! Et celui de ceux qui sont au rendez-vous un lundi matin sur deux :)

    Je me souviens avoir déjà échangé avec toi sur ce thème IRL :)

    Je ne tiens pas un rythme de publication régulier pour diverses raisons : sur les carnets de Tinuviel la raison est clairement que le sujet est limité et que je n’y poste que quand j’ai réellement quelque chose de nouveau à apporter. Comme depuis quelques mois (années?) je considère avoir quasiment fait le tour du sujet, je n’y poste presque plus.

    Sur mon second blog une publication régulière serait bien plus facile à mettre en place, je dois avoir des dizaines d’articles en brouillon dont une bonne partie est déjà achevée. Mais je n’arrive pas à les publier. Certains parce qu’ils sont maladroits et d’autres parce que je les trouve après relecture trop personnels/intime pour oser les mettre en ligne (et beaucoup cumulent les deux).

    Dans tous les cas, je suis d’accord avec toi lorsque tu avances qu’il vaut mieux un article imparfait que pas d’article du tout, même si je n’arrive pas à sauter le cap (pourtant je suis loin d’être perfectionniste !).
    En plus je suis tout à fait du genre à venir relire mes articles quelques mois après, à trouver ça nul et à tout effacer.

    Je serais d’ailleurs curieuse de savoir si tu as à un moment déjà ressenti cette « peur »/gène de t’exposer sur le net ou cette envie de tout effacer après coup ?

    • Je me souviens effectivement qu’on en avait déjà discuté ! Je rejoins ton point de vue sur les Carnets de Tinùviel, je ne peux voir autre issue pour un blog spécialisé que de finir par épuiser le sujet autour duquel il tourne au fil des ans ; ça, ou bien il finit par se répéter. Ce qui contredit le conseil souvent retrouvé dans les articles pour « rendre son blog populaire », qui est de se spécialiser le plus possible pour trouver sa niche… Mais finalement, ces derniers blogs ne sont-il pas bien plus lisses par leur uniformité ? Marie avait écrit un article très juste à ce sujet il y a quelques années.

      Pour répondre à ta question, je n’ai jamais eu l’envie d’effacer mes archives car elles font partie des fondations de qui je suis. Je grimace parfois à lire mes anciens textes archivés dans l’ancienne version du blog, mais en aucun cas je voudrais les supprimer. Ils font partie de mon histoire, et ils sont la preuve que j’ai évolué depuis. Leur maladresse, prétention et imperfection me montrent d’où je viens et le chemin parcouru depuis :)

      Quant à la gêne d’exposition, j’en discute beaucoup avec Marie (encore elle ^^) ces derniers temps, surtout depuis son dernier article. Je pense être plus confortable avec cela car mon lectorat est bien plus réduit et bienveillant ; toutefois, il est vrai que je me suis posée la question sur certains articles très personnels (Narcisse, Lâcher prise corporel ou encore celui au sujet de l’hypersensibilité).

      Je résous cette incertitude par plusieurs affirmations qui me confortent dans la publication de ces articles :

      – Comme je l’écrivais plus haut, j’ai peu de lecteurs et j’ai la chance que les commentaires laissés soient toujours respectueux et constructifs ; je n’ai jamais eu à confronter de « haters » ou de personnes m’attaquant sur des points fragiles. Je m’estime ainsi dans un espace de sécurité, je veux d’autant plus en profiter pour y être un peu vulnérable.

      – La vulnérabilité est un sujet qui m’intéresse beaucoup, surtout depuis que j’ai lu le livre de Brené Brown à ce sujet (dont les principes sont résumés dans son excellent TED talk). Le blog m’aide à démêler certains nœuds dans mon cerveau, et leur exposition me permet de les accepter / assumer.

      – Enfin, et ce qui est peut-être la différence avec toi, je ne connais pas de personnes IRL qui lisent mon blog alors que je serais mal à l’aise qu’elles connaissent ce pan-là de ma personne (collègues, membres de ma famille, …) Je me sens ainsi libre de me dévoiler sans changer le regard de certaines personnes que je connais par ailleurs et à qui je ne suis pas prête à m’ouvrir de la sorte.

      Du coup je rebondis sur ton rapport au Carnet Noir en reposant des questions rejoignant celles que j’ai posées à annso : qu’aimerais-tu tirer de ce blog, à quel type de lecteurs le destines-tu, et quelle est la peur qui se cache derrière certains articles non publiés ? Enfin, ce ne sont pas forcément des questions à creuser si tu es satisfaite de ton blog à l’état actuel ! Ça rejoint la conclusion de mon article : tant que les lois avec lesquelles tu gouvernes ton royaume te conviennent, il n’y a aucune raison d’en changer ;)

      • Merci pour ta réponse :) Je ne connaissais pas Brene Brown mais je me sens tout à fait concernée par ce qu’elle dit sur la vulnérabilité ! Voilà une piste pour mes réflexions :)

        A travers mon carnet noir je cherche justement à avoir un espace où parler de tout et de rien, partager des moments de vie, des réflexions, des coups de cœur. Le sentiment que c’est parfois trop personnel vient très certainement de cette peur de paraître vulnérable et je me rend compte que c’est dommage de ne pas publier à cause de ça.
        Je pense donc que je vais faire le ménage dans mes brouillons en publiant ce qui peut l’être ^^

  9. TEACH ME, MASTER !

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