Parenthèse – Mistaken for strangers

Matt est une rock star, chanteur du groupe The National dont les disques se vendent à des millions d’exemplaires. Tom est son petit frère trentenaire, amateur de métal plutôt paumé dans la vie, rêvant de réaliser des films d’horreur et vivant chez leurs parents. Histoire de l’aider et de se rapprocher un peu de lui, Matt a embauché Tom comme assistant directeur de sa dernière tournée. Sans savoir que Tom en filmerait une grande partie, et en accoucherait d’un documentaire : Mistaken for strangers.

Mistaken for strangers

J’ai déjà écrit sur ces pages que certains morceaux de musique me sont de véritables refuges, et à quel point j’adore certains timbres de voix d’hommes. Celle de Matt Berninger est une fusion de ces deux amours, vers laquelle je me tourne inlassablement dès que je perds l’équilibre ; les albums de The National sont une constante musicale dans ma vie. Ne les ayant jamais vus en concert, j’ai naturellement été attirée par ce documentaire qui promettait de dévoiler les coulisses du groupe.

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Le film dépasse rapidement le simple docu de rock pour devenir un portrait humain incroyablement touchant. Non pas du chanteur star comme on pourrait s’y attendre, mais du petit frère qui a grandi dans son ombre. Celui qui veut tellement bien faire et pourtant se plante lamentablement. Qui souffre de la célébrité de son aîné en reflet de sa propre vie ratée. Qui pose des questions candides telles que « Quel est le guitariste du groupe qui joue le plus vite ? » ou « Pourquoi vous prenez toujours votre portefeuille avec vous sur scène ? » Réalisant que peu à peu, toutes ses interviews des membres du groupe en reviennent inlassablement au même point douloureux : le succès de son grand frère.

Tom en est bien loin. Ne prenant pas son job au sérieux, enchaînant les boulettes, il s’est rapidement retrouvé seul avec des heures de vidéos de tout et n’importe quoi, sans savoir quoi en faire, ni où il pourrait aller après cette tournée qu’il considérait comme un véritable échec personnel. Au bord de l’implosion, c’est son frère qui l’a sauvé en le recueillant, l’hébergeant quelques mois, lui apportant le soutien et l’accompagnement nécessaire pour trier la montagne de vidéos qu’il avait accumulées. La femme de Matt, Carin Besser, a alors su reconnaître les pépites que contenaient tous ces rushes, et a aiguillé Tom vers la réalisation d’une œuvre complète, pour qu’il puisse enfin savoir ce que c’était dans sa vie d’accomplir quelque chose.

Tom swims through the world with a very unique stroke. He’s got a unique taste and a very unique vision and a very unique way in the way that he interacts with the world. [… He] has a weird light inside him that he often doesn’t recognize ; some strange green light does glow from within my brother that everyone else can see but sometimes he doesn’t.

Matt Berninger, interview dans The Georgia Straight

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Apportant un point de vue unique sur un groupe que j’aime énormément, Tom a filmé au travers de sa position et son regard si particuliers une histoire qui aurait échappée à tout autre réalisateur. Jusqu’à transformer son travail en véritable parcours introspectif, cherchant à appréhender ce qui est si différent entre son frère et lui, et s’il pouvait lui rendre hommage de cette manière.

Mistaken for strangers est d’une honnêteté drôle, brutale et touchante. Le documentaire est également teinté d’amertume, en sachant que l’accomplissement que Tom cherchait tellement par la réalisation d’un film n’a pu être atteint qu’au travers de la célébrité de son frère. C’est peut-être là justement le cœur du propos. Étant fille unique, comprendre une telle relation est totalement hors de ma portée ; ce documentaire est la première œuvre qui a su me donner un aperçu de la charge émotionnelle que peut contenir une relation fraternelle. Qui dépasse ici le statut de rockstar pour être, finalement, intensément humaine.

Tom : I feel like the only reason why they think I’m on tour is because I’m your brother…
Matt : The only reason you are here is ’cause you’re… you’re my brother.

Les parenthèses sont des articles concentrés et arbitraires publiés dans l’intention d’un partage instantané.

6 commentaires

  1. Mis sur la liste ^^

  2. Aleks Crément

    Waw, ta description donne vraiment envie, je crois que je vais me regarder ça avec Seb maintenant!

    En lisant ton article, je n’ai pas pu m’empêcher de repenser au documentaire « Some kind of monster » sur Metallica. Je m’attendais à un reportage bateau et consensuel sur le groupe, je suis tombée de mon canapé en découvrant le contenu, me demandant à plusieurs reprises comment ils en étaient venus à autoriser la publication et la sortie de celui-ci, tellement ce qu’on y découvrait était complètement fou et à des années lumières de ce que tout le monde pouvait imaginer sur le plus gros groupe de metal de la planète. Des gens profondément humains, malheureux, dévastés…

    J’en ai appris énormément sur le milieu musical, et j’ai bien ajusté mon jugement et ma notion de respect envers tous les artistes que j’ai rencontré par la suite…!

    • Vu qu’on a souvent des goûts assez différents voire parfois carrément opposés en films, j’ai toujours peur de te faire perdre ton temps en te recommandant des choses qui m’ont emportées alors que tu les trouveras terriblement fades voire insupportables, haha :) D’où mon plaisir de nos échanges cinématographiques mensuels, j’aime beaucoup découvrir pourquoi nos points de vue divergent tellement sur certaines œuvres !

      Merci de m’avoir rappelé Some kind of monster que j’entends souvent cité comme référence en matière de documentaire musical, et il me semble que tu m’en avais déjà parlé avec grand enthousiasme. Raison de plus de le voir très prochainement :)

  3. Alexandra La Meir

    Je viens de le voir, c’était cool! Seb et moi ne connaissions le groupe ni d’Eve ni d’Adam donc c’était un peu étrange, mais ça nous a permis de nous cultiver un peu! J’aimais bien l’allure du chanteur et je cerne un peu le registre de voix que tu chéris je crois ;-)

    Ma scène préférée était celle de la maman qui expliquait à son fils qu’elle estimait qu’il était le plus créatif des deux et que son tour viendra!

    Je te recommande VRAIMENT celui sur Metallica, qui est exposant 1000 à mon goût ce qu’il y avait comme tension dans celui-ci, et tu n’as vraiment pas besoin d’apprécier la musique pour apprécier le contenu!

  4. J’essaierai de voir ce documentaire, tu m’as vraiment donné envie de me pencher sur le sujet ! Je ne connais pas du tout ce groupe mais le sujet de fond m’interpelle : ce qu’il semble évoquer de la relation fraternelle me rappelle un peu la rivalité qui existe entre mes deux sœurs. Elles sont jumelles et l’une souffre de se sentir dans l’ombre de l’autre. Elle s’imagine que les gens les comparent toutes les deux et en souffre énormément, ce qui conditionne son rapport au monde et ses choix personnels.

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