Lâcher prise corporel

Elle portait un bas résille jaune sous sa petite robe noire, et s’était faufilée au premier rang du concert. Un slinky arc-en-ciel glissait le long de son bras qu’elle levait pour vider une pinte de bière. Elle riait trop fort avec son amie, sans considération pour le public qui l’entourait ou les artistes qui jouaient devant elle. De fines pattes d’oie au coin des yeux trahissaient son âge, elle semblait plutôt éméchée, et j’étais fascinée par son sans-gêne.

C’est durant la performance d’une première partie que cette groupie est passée à l’action. Alors que Jessica93 entamaient un morceau lourd et hypnotique, elle a tendu son sac et verre à sa voisine et s’est hissée sur le bord de la scène pour l’escalader. Elle s’est alors plantée au milieu des deux guitaristes et, sans aucune inhibition, s’est mise à danser.

Jessica93

Photo par Hervé Leteneur

Un vigile s’est précipité à travers la foule pour la descendre de scène avant d’être interrompu par un collègue, jugeant sans doute que ça n’en valait pas la peine. C’est ainsi exposée au yeux de tous qu’elle ondulait lascivement des hanches et jouait avec ses cheveux clairs sur ce morceau auquel elle apportait une toute nouvelle dimension. Et derrière mes « Non mais pour qui elle se prend » et autres « Ohlala c’est pathétique de vouloir se faire voir ainsi », j’avais du mal à admettre tout au fond de moi que je l’enviais, de se sentir tellement libre et unie avec son propre corps.

Ce malaise ne venait pas d’une mauvaise image que j’aurais du mien, que j’ai la chance d’aimer de manière inconditionnelle. Mon complexe ne se situe pas dans sa nature, mais dans ses mouvements : je ne sais pas faire évoluer mon corps dans l’espace. Des années de danse classique ne m’ont rien apporté sinon cette prise de conscience que je me meus de manière très mécanique et maladroite. En sont pour preuve les quelques hématomes qui marquent régulièrement mes membres, traces du nombre de meubles et de cadres de portes auxquels mon corps s’accroche quotidiennement. Ne parlons pas de danser, activité que je tourne volontairement au ridicule quand je m’y adonne pour ne pas trahir mon embarras de ne pas savoir bouger comme je l’aimerais. Ce n’est que dans l’anonymat sans lumière d’une fosse de concert que j’ose lâcher prise et me laisser entraîner par la musique, à la condition qu’elle me transporte assez pour faire taire toute inhibition, ce qui m’est très difficile.

Cette gêne m’a frappée de plein fouet lors d’un cours d’impro où Kekow souhaitait nous partager son expérience de la théorie des Viewpoints, créée par une chorégraphe pour que les danseurs puissent s’approprier l’espace scénique, avant d’être transposée au théâtre. L’objectif de cette séance était de déambuler sur scène en musique, en concentrant notre attention sur différents éléments. Tout d’abord les membres du corps : comment ils bougeaient, comment ils s’orientaient, quelles positions ils pouvaient prendre dans l’espace. Puis le corps en lui-même, comment il se déplaçait, à quel rythme, vers quelle direction. Ensuite, prendre conscience du lieu dans lequel on évoluait : les murs, les sols, les chaises, les textures, la manière avec laquelle la lumière y rebondissait, la température visuelle des différentes zones de la pièce. Nous devions prendre le temps de considérer le moindre aspect de notre environnement, explorer comment on pouvait interagir avec lui, nous laisser aller au son de la musique et nous concentrer sur l’interface entre notre propre corps et les éléments qui l’entouraient. Enfin, dernière étape, entrer en contact avec les autres personnes dans l’espace, et voir ce qu’on pouvait construire ensemble.

L’exercice a duré une bonne demi-heure. Il y avait les participants hermétiques, peu réceptifs à la musique, ne saisissant pas tout à fait l’intérêt de se frotter contre les murs et trouvant le temps long. Il y avait les stars, à l’aise dans leur élément, se plaçant au cœur de la scène en prenant pleine possession de l’espace par des mouvements joueurs. Je n’ai pu cerner d’autres rapports à l’exercice puisque j’étais sidérée de prendre conscience de mon propre comportement : je longeais les murs, regard fixé au sol, plaçant toujours les bras en position de protection, sans jamais chercher l’interaction. Alors que je me considère ouverte d’esprit face à l’inconfort, j’étais troublée de réaliser à quel point je refusais de lâcher prise. Sans parole ni réflexion pour détourner le propos, mon instinct me poussait à considérer l’environnement et les autres comme un danger devant lequel je devais protéger mon corps. Pour la première fois, je cernais ce malaise face au mouvement, face à ma place dans l’espace, face à cette femme dont l’audace de danser devant un public m’hypnotisait.

Danse

Habitée par toute cette réflexion et déterminée à l’exorciser sous une forme ou une autre, je me suis lancée un soir où passait ce morceau dans mon baladeur alors que je venais de rentrer chez moi. Sans me prendre le temps de réfléchir, j’ai balancé mes affaires à même le sol, j’ai monté le son, et seule au beau milieu de mon salon, je me suis mise à danser.

Le lâcher prise est un sujet qui m’obsède ces dernières années. Je recherche sans cesse ces instants de grâce où je peux m’immerger dans un état second, libérée de toute réflexion, et juste me laisser aller. Les concerts, l’impro, le sommeil, tant d’océans dans lesquels je cherche à me noyer. Cette quête est au cœur de ce que j’écris, au centre de ce à quoi j’aspire, à l’origine des moments de vie que je chéris. J’y projetais toujours une mécanique purement émotionnelle et cérébrale, jusqu’à ces quelques minutes où j’ai autorisé mon corps à mener la danse et à se laisser aller au rythme de la musique. J’en suis ressortie essoufflée et soulagée, mais surtout extatique de pouvoir transformer ce malaise en nouvelle méthode de lâcher prise qui me fascine tant. En discuter avec ma chère Madeleine ce week-end a fini de me convaincre qu’il y a là quelque chose d’essentiel que j’ai un devoir envers moi-même de creuser.

Il me faudra encore beaucoup de travail pour préciser mon rapport au corps dans l’espace, tout comme pour cerner cette obsession du lâcher prise. Un grand pas en avant est d’apprivoiser cette silhouette se découpant certains soirs sur la vitre du salon, baladeur en main, cheveux volant autour d’elle. J’apprends tout doucement à me laisser aller dans la sécurité de mon foyer, Christopher Walken style.

Video Thumbnail

23 commentaires

  1. Si il y a un point avec lequel je suis entièrement d’accord avec toi c’est sans doute cet adage de l’artiste Escher qui a surgi dans mon Tumblr dernièrement auquel j’adhère complètement qui se résume comme ceci: « Until you’re ready to look foolish, you’ll never have the possibility of being great. » C’est quelque chose que je n’ai jamais vraiment appliqué à ma vie mais plutôt dans mes tentatives d’art ratées en général, ma photo est notamment devenue bien meilleure lorsque j’ai perdu la nécessité absolue de vouloir me trouver jolie dessus, et c’est en m’enlaidissant carrément que j’ai trouvé satisfaction au final.

    Cependant, quelque chose me met un peu mal à l’aise dans cet article, et dans tous les articles que tu as posté ces derniers temps d’ailleurs, j’ai cette impression constante que tu essaies à tout point de vouloir plaire. Tu prends des cours, tu fais des exercices, pour mieux écrire, pour mieux parler, pour être plus à l’aise avec toi-même et ce dernier post vient se rajouter à cette liste.

    J’ai l’impression que tu n’es manifestement pas très confortable avec tout ce que tu ne maîtrises pas et que tu ressens le besoin d’y travailler pour atteindre une certaine forme d’épanouissement. Peut-être que je me trompe, mais c’est ce que je lis dans tes lignes ces derniers temps.

    Et c’est marrant, mais pour moi c’est l’antithèse du « lâcher prise » que tu évoques. Le lâcher prise de mon point de vue c’est sans doute l’acceptation de nos limites, de ce qui nous caractérise mais qui n’est pas pour autant cool, impeccable ou séduisant.

    C’est lorsque ce désir de vouloir être quelqu’un que l’on n’est pas naturellement disparaît que l’on peut avancer et voir clairement, et j’ai l’impression que tu te fais constamment violence en rejetant tout ce qui te caractérise fondamentalement, et que dès que tu coinces quelque part tu as ce besoin de te dépasser. Les méthodes pour « se trouver » que tu évoques sont étrangement à mes yeux toutes des mesures d’éloignement, c’est une quête de « ce que tu souhaiterais être » et non pas de celle que tu es intrinsèquement, et la différence est colossale.

    Je répète tout le temps la même chose comme un vieux disque rayé, mais si tu avais été cette fille sur scène, tu ne m’intéresserais absolument pas. Je préfère les spectateurs qui se tapissent dans un coin de la fosse en espérant que personne ne les voit. De mon côté, bizarrement, ce sont toujours ceux qui brillent le plus à mes yeux.

    • Durant l’écriture de cet article, je me suis beaucoup posée la question de savoir si je pouvais exposer ainsi sur le blog tout ce cheminement de pensée très personnel qui me fait me sentir vulnérable. Je l’ai beaucoup travaillé hier soir en allégeant certaines parties que je n’étais pas prête à partager, d’où un texte qui me parait maladroit, sans réussir à mieux le structurer – j’ai choisi de le publier dans cet état bancal. Preuve que le sujet m’est difficile à cerner, et ton commentaire m’est difficile à lire sans y sentir un fort jugement – preuve à nouveau qu’on touche là un point sensible de ma personne dont l’exposition ici atteint peut-être une de mes limites.

      Tu parles très justement du besoin de contrôle et de maîtrise qui est toujours un élément conflictuel chez moi – ce besoin aussi par extension de poser des mots sur tout ce qui m’habite pour avoir l’impression de mieux comprendre les choses et de les garder sous contrôle.

      Le fait de sauter à pieds joints dans l’inconfort y est relié : j’ai cette approche frontale à vouloir me confronter à mes peurs pour mieux les appréhender. C’était le cas avec l’impro, dont j’ai tiré les leçons dont j’avais besoin qui m’ont tant apporté sur moi-même. C’est le cas avec ce cours sur la voix, où j’ai enfin compris mon utilisation de la mienne. Ou ici, essayer de saisir mon rapport au corps et à l’espace par le biais de la danse.

      Cette femme qui se trémoussait sur scène ne me donnait pas envie d’être à sa place – cette recherche extrême de reconnaissance dans le regard des autres me paraissait plus symptomatique de certaines failles que d’une estime de soi absolue. Ce qui m’a impactée, c’est qu’elle me renvoyait à mon propre rapport au corps, et à cette sensation permanente de me sentir gauche dans mes mouvements. Mon intérêt d’ailleurs est de l’explorer seule face à moi-même, ce que j’ai pu faire par l’écriture ou encore par cette idée de photo vignettée.

      Derrière tout ceci se cache effectivement en partie mon rapport à l’autre, point fragile que je ne suis pas assez à l’aise de développer ici, mais qui est néanmoins central pour moi – et c’est pour cela bien sûr que j’y concentre mon exploration. Après tout je déverse mes états d’âme et mon image sur ce blog, c’est bien une forme d’exposition que je serais hypocrite de contredire. Néanmoins je trouve réductrice ton interprétation de ma démarche en « vouloir plaire » que tu définis comme essayer de devenir « cool, impeccable ou séduisant » en travestissant une identité propre.

      Je me sens beaucoup mieux dans ma peau depuis que je cherche à comprendre comment je fonctionne par exemple dans mon rapport aux émotions, à la photo, à l’écriture, mais aussi aux autres personnes qui m’entourent ou encore qui me lisent. Je n’ai pas l’impression de chercher à atteindre un idéal que je ne suis pas, au contraire, je cherche à cerner les éléments de moi qui m’échappent au lieu de les ignorer – dans mon rapport à moi-même comme dans mon rapport aux autres. Ainsi, je ne vois pas ceci comme une réinterprétation de ma personne, mais comme un apprivoisement. Je retrouve dans tes mots certaines réflexions de ton dernier post de blog et me demande, puisque tu perçois en moi le comportement inverse dans tout ce que je présente ici depuis ton écrit, dans quelle mesure tu projettes peut-être sur ma démarche ta propre remise en question ?

      • Loin de moi l’idée de porter un jugement, tu le sais pourtant bien!

        Je me rends compte que c’est sans doute une bonne chose pour moi de ne plus trop m’exprimer sur la Toile, en effet j’ai beau ponctuer mes phrases avec des « à mes yeux, j’ai l’impression, peut-être que je me trompe, il me semble, selon moi… » on prend toujours mon opinion très catégoriquement malgré mes efforts pour essayer de partager un point de vue qui m’est propre, pourtant loin d’être un axiome ou une quelconque vérité universelle.

        Je ne voulais pas te blesser, juste t’expliquer mon avis que tu connais déjà bien et qui fait sans doute effectivement écho à mes dernières réflexions sur le blog à ce propos. J’ai toujours pensé que nous étions très proches sur bien des points et c’est toujours le cas, et je projette sans doute dans tes écrits mes propres inquiétudes face à des sujets qui sont souvent jumeaux à ceux qui m’ont beaucoup tourmentés il fût un temps.

        J’ai juste l’impression que ta notion du lâcher prise au fur et à mesure des articles va de paire avec toujours plus de contrôle de différents aspects dans ta vie, alors que j’ai une vision diamétralement opposée, plus Tyler Durden et donc destructrice d’y parvenir qui s’apparente d’avantage à « It’s only after we’ve lost everything that we’re free to do anything. »

        Il n’y a pas de bonne méthode, juste des divergences d’opinions que je me garderai bien dorénavant d’exprimer, la seule importante à mes yeux est celle de toute façon qui te rend au final heureuse :)

        • Ton assertivité et franc parler font partie des qualités que j’estime infiniment chez toi ! Je regrette que ma réaction te porte à penser qu’il vaudrait mieux que tu gardes tes pensées pour toi. Je l’écrivais plus haut, le fait que je me sente visiblement en difficulté d’en discuter sans me sentir vulnérable est simplement la preuve que la réflexion n’était peut-être pas assez maturée ou trop personnelle pour que je la partage ici. J’ai réagi à chaud à ta réponse au lieu de me prendre le temps de la digérer, et même si je ne reviens pas sur son contenu, j’admets que mon ton n’était peut-être pas approprié (un problème récurrent pour moi ces derniers jours on dirait).

          Quelqu’un comme toi qui es frontale dans tes propos me permet de remettre en question ce comportement (confondre un sentiment de vulnérabilité avec l’impression d’être attaquée), et c’est aussi pour cela que lire ton point de vue m’est important, en plus du fond qu’il apporte. Par exemple, j’ai mis bien longtemps à digérer ton dernier post avant de réaliser l’évidence qu’il parlait avant tout de toi, de toi seule, et que j’étais égoïste de le transposer autant à ma propre personne. J’en apprends beaucoup.

          Je crois que nous avons aussi peut-être une différence d’interprétation de l’expression « lâcher prise » ? Pour toi elle me paraît bien plus lié à un mode de vie ou un rapport à ta propre identité, tandis que pour moi je parle avant tout de moments bien définis dans le temps de déconnexion avec la réflexion rationnelle.

          Je vais toutefois dans ton sens en pensant qu’effectivement, nous avons deux manières d’aborder la vie et nos difficultés qui sont divergentes voire opposées en certains aspects. C’est ce qui me plait énormément en lisant ta vision des choses, donc cela m’attristerait beaucoup que tu t’abstiennes de t’exprimer par crainte de me heurter :)

    • Bon. Alors.

      Quand on parle de « lâcher-prise », une première étape primordiale est de connaître ses limites, et non pas de les accepter. Parce qu’accepter ses limites, c’est les laisser nous dicter ses lois ; ça devient de la submission. Boum, extrême.

      Une fois que l’on connaît ses limites, plusieurs choix s’offrent à nous. D’abord, on peut en effet les accepter et rester dans sa zone de confort ; mais dans ce cas, il y a de fortes chances que pas grand chose ne se passe. Ensuite, on peut les repousser petit à petit, par différents moyens – le théâtre en est un – pour voir ce qu’il se passe (en général, c’est plutôt intéressant). Enfin, et c’est probablement le plus cool, on peut les dépasser, sortir de sa zone de confort par la porte principale, et voir ce qu’on peut y trouver.

      Parce que le monde extérieur à la zone de confort est plein de choses à la fois magnifiques et effrayantes. Ça fait peur, puisque ça nous confronte à la nouveauté, à l’inconnu, à quelque chose qu’on ne maîtrise pas forcément. Gloups. Mais c’est surtout magnifique, parce qu’on peut y découvrir des choses sur soi et/ou sur les autres, et se retrouver à faire des choses qu’on ne se croyait pas capable de faire ; c’est comme ça que moi, le gars sympa et rigolo qui passe son temps à jouer tout le temps comme un gamin, je me suis retrouvé à faire une pièce de danse contemporaine sur le thème « protège-moi ». C’est ça, le lâcher-prise. Mais il faut accepter de se retrouver en situation d’inconfort. C’est un choix.

      Et bien entendu, il n’est pas question ici de vouloir être quelqu’un qu’on souhaiterait être, mais on peut totalement rester soi-même. Personne n’a à se forcer à être quelqu’un d’autre. Une fois qu’on a compris ça, bebim, la porte est ouverte. Je ne pense pas qu’Eli fasse tout cela pour plaire, mais parce qu’elle a envie de voir ce qu’il se passe dehors. Et surtout, parce qu’elle est entourée de personnes qui n’ont aucun mal à sortir de leur zone de confort, et crois-moi Aleks, l’extérieur est très séduisant, c’est pour ça qu’on a envie d’y aller.

      Cette fille sur scène n’a pas non plus fait ça pour plaire. Elle a fait ça pour elle, parce qu’elle en avait envie ; à ce moment-là, je peux parier que de son point de vue, elle était seule sur scène. Les personnes qui l’ont critiquée l’ont fait depuis leur zone de confort, mais leurs remarques étaient totalement dans la même lignée de pensée qu’Eli : ils l’enviaient.

      Après, quand on est sur scène, on ne peut pas lutter contre la volonté de plaire. Et cela s’explique très facilement. Le théâtre développe la créativité, ce qui permet de produire une hormone : de sérotonine. Et quand on en produit en masse, on produit aussi de l’oxitocine, aussi connue sous le nom de “drogue de l’amour”. Et ouais, bim. Appliqué à la scène, ça te donne envie que le public t’aime davantage. Yeah, science bitch !

      En ce qui concerne ton exemple de la photographie Aleks, lorsque tu essayais de te trouver jolie, tu étais certainement en zone de confort – ce que je comprends, c’est plus cool d’être jolie sur une photo. Mais tu as essayé autre chose, quelque chose de nouveau, pour voir ce qu’il se passait. Tu as repoussé un peu les murs. Et tu as trouvé quoi ? Quelque chose de meilleur. Priceless.

      *MIC DROP*

      • Le sentiment de « vouloir plaire » que j’évoque qui n’est qu’une impression qui m’est totalement propre, n’est pas lié spécifiquement à cet article mais à beaucoup d’autres que j’ai pu découvrir ces derniers temps.

        Je ne cible ou ne remets pas en question ce qui est est détaillé sur cet article en particulier, mais c’est une perception que je ressens personnellement qui plane et se renforce au rythme des articles, et j’ai pris celui-ci pour en parler.

        Mon intention n’est pas d’établir qui a tort ou raison dans des démarches qui nous sont propres, ce serait un peu stupide et carrément vain, par contre j’ai voulu être sûre que Eli savait qu’à mes yeux, et à mes yeux uniquement il ne faut pas qu’elle fasse tout ça pour être quelqu’un de fabuleux et d’exceptionnel, parce que j’ai l’impression qu’elle n’en est pas toujours convaincue et parce que j’ai cru déceler un peu de détresse et une forte volonté de convaincre en conséquence dans ses lignes dernièrement, et ce peut-être à tort?

        Je suis quelqu’un qui se tourne vers l’auto-compassion en général plutôt qu’à me brutaliser pour tout ce qui s’avère être une frontière, et je pense que l’auto-critique nous donne l’illusion d’avoir un sentiment de contrôle, c’est mon point de vue et je n’ai jamais dit que le monde entier devait y adhérer, je voulais juste en discuter pour savoir si mes craintes étaient fondées, ou si j’étais complètement à côté de la plaque! Apparemment c’est plutôt la deuxième, et je suis soulagée de lire qu’il n’y a rien de ce que je craignais derrière tout ça :)

        • Ta perception m’intéresse beaucoup, car même si je la sens erronée, elle me fait tout de même me demander s’il n’y a pas dans ton propos une part de vérité. J’essaye de tenir un certain équilibre sur le blog entre partages « extérieurs » et réflexions « intérieures », et peut-être que ces dernières ont pris beaucoup le pas ces derniers temps ? Je n’en ai pas l’impression, mais je réalise que ce qui me plait surtout à l’écriture est de mélanger les deux notions. Par exemple dans mon dernier article, j’aurais pu l’écrire simplement sur King Dude, mais j’ai préféré ancrer la découverte de cet artiste dans mon rapport à la consommation d’objets et d’expériences. C’est peut-être ce mélange que tu perçois comme une mise en avant de ma personne ? Est-ce que cette expression personnelle plus avancée ne serait pas aussi une réappropriation de moi-même à un moment où j’en ai le plus besoin, dans la noyade actuelle de ma thèse ? Plusieurs pistes sont possibles.

          J’en déduis surtout que ça fait beaucoup trop longtemps qu’on ne s’est pas vues pour en discuter puisqu’à chaque fois nos quelques heures partagés m’apportent tellement d’éclaircissements sur nos préoccupations du moment. Vivement le mois prochain :)

      • Je n’ai qu’une chose à répondre à ton commentaire, Kekow : La prochaine fois que tu apportes un élément clef à peu importe quelle réflexion qui germe dans mon esprit, je n’hésiterai plus à te demander à ce qu’on se pose pour en discuter. Promis.

    • Aleks Crement j’ai souvent réfréné d’énormes face palms en lisant ton blog, mais là, je suis carrément pantoise. Tiens, t’irais pas plutôt laisser un petit mot gentil en dessous de l’article de Marie qui parle de la refonte de ton blog, là? J’dis ça…

      • C’est l’indécence de ton attaque gratuite et hors de propos qui me laisse pour ma part pantoise. Je te saurais gré de laver ton linge sale en privé et directement avec les personnes concernées plutôt que de détourner l’espace de commentaires de mon blog à ces fins.

      • Simone, je suis chagrin que tu utilises mon blog pour bolosser Aleks. :(

        Tu l’enjoins à laisser des « petits mots gentils », mais je n’ai lu aucun commentaire méchant ici, à part le tien. Comme me l’a souvent répété mon papa : charité bien ordonnée commence par soi-même !

      • Hello Simone,
        malheureusement je ne peux m’empêcher d’être d’accord avec toi… C’est une des raisons pour lesquelles j’ai arrêté de bloguer définitivement d’ailleurs, du fait que je me facepalm moi-même fréquemment quand je me relis par la suite, je me sidère complètement après coup alors j’agis en conséquence et dorénavant je m’abstiens…

        J’ai aussi pris la décision très récemment de ne plus interagir sur les espaces des autres pour les mêmes raisons après quelques-unes des mes dernières interventions un peu douteuses, mais je me permets de poster ce dernier commentaire pour te demander d’avoir la politesse de ne pas pourrir l’espace de Léa avec des règlements de compte qui manifestement ne la concerne pas, si tu as envie de me communiquer ta pitié, ta haine ou ton désarroi, j’ai une boîte mail facilement accessible et ce serait quand même plus intelligent de m’adresser tes insultes et tes critiques en personne plutôt que chez quelqu’un qui n’a rien à voir avec ça.

  2. Video Thumbnail

    Et il neige grave, là.

    • Je ne porte pas Love actually dans mon cœur, mais force est de reconnaître que cet extrait est parfait à partager ici :)
      Quant à la neige, c’est normal qu’elle soit en Moselle : elle m’a surprise au réveil ce matin, je te l’ai envoyée !

  3. J’ai dansé des années et haï la scène d’une manière radicale et absolue. J’arrivai à lâcher prise mais hors du regard des autres, à la limite dans le cadre bien défini des cours, en petit groupe. Danse classique, moderne, orientale, même problème à chaque fois, l’expressivité, qui ne m’était possible que seule ou presque. Je n’ai trouvé mon compte que dans deux activités : la course à pied et la danse bretonne. La course à pied car mouvement pur à caler sur la musique ou sur sa seule respiration. L’impression enfin d’atteindre certaines limites.
    La danse bretonne car elle exige une parfaite symétrie avec le danseur voisin, un respect parfait des pas et de la forme (ligne, ronde, couple) et surtout un rôle tout autant récréatif que social qui libère de l’expressivité individuelle du danseur au profit du groupe. J’ai longtemps fait de la scène (avec coiffe et costume !) puis j’ai abandonné (toujours cette phobie du spectacle). Aujourd’hui, je trouve dans les fest-noz une énergie incroyable : il y a dans la répétitivité des pas, le contact des mains, la musique qui enfle, une intensité exceptionnelle qui me galvanise et me tire des larmes à chaque fois.

    • Tu soulèves ici un point auquel je n’avais pas beaucoup réfléchi, qui est la question du regard de l’autre. Je t’avoue que le trac m’était habituel avant une représentation de danse classique, mais j’arrivais à le canaliser en m’accrochant à la routine. Chaque danse/scène était toujours soigneusement chorégraphiée et répétée des centaines de fois, tant et si bien que ce n’était qu’une question de « recracher la même mécanique sans se tromper ». On est là à nouveau dans de l’intellectualisation pour moi, bien loin du lâcher prise. Cela change peut-être avec d’autres types de danse (moderne ou orientale pour reprendre tes exemples) que je ne connais pas du tout ?

      Tu as réveillé dans ma tête le souvenir d’un rêve que j’avais fait il y a quelques semaines, où je devais justement diriger une de ces représentations, et où c’était l’anarchie complète sur scène. J’avais oublié mes pas de danse, mes camarades n’étaient pas là, il fallait improviser des bouts de spectacle… Je n’avais pas fait le lien avec ma réflexion en cours, mais il me parait évident maintenant grâce à ton intervention.

      Je retrouve dans ta description des fest-noz la communion extrême qu’on peut atteindre en dansant en groupe, de façon unifiée sur de la musique, et qui permet une dépersonnalisation complète au profit de l’ensemble. Je comprends tout à fait l’émotion intense que tu peux vivre durant ces moments-là :) Finalement l’important pour toi est d’avoir trouvé une forme d’expression du corps dans laquelle tu te sentes libérée, en l’occurrence du regard de l’autre, pour pouvoir t’exprimer pleinement !

  4. Je présente les mêmes symptômes que toi ! Je suis recouverte de bleus à force de me prendre les coins de table, les cadres de porte ou n’importe quel obstacle se trouvant sur ma trajectoire. J’ai mis ça très longtemps sur le compte de ma myopie de l’œil droit qui me fausse l’estimation des distances mais c’est au moins autant dû à ma maladresse et à mon inattention.
    La danse classique n’a rien changé chez moi non plus, et aujourd’hui rien que l’idée de danser me fait pâlir : je déteste ça.

    Mais bon, la réflexion s’arrête là chez moi, j’ai classé l’affaire dans le dossier « faut faire avec ». J’ai appris à ne plus faire attention à mes hématomes et à éviter soigneusement les pistes de danse, et au final je le vis plutôt bien ^^

    J’adore le montage photo que tu as fais, il rend super bien ! Il est hypnotisant, ça donne envie d’en faire un poster :D

    • Dans mes bras, amie de la maladresse et des meubles mal placés ! Je suis curieuse, tu écris détester danser – est-ce le cas en concert aussi, ou as-tu déjà essayé toute seule dans ton (immense) salon ? Cette dernière pratique toute nouvelle chez moi est vraiment un défouloir agréable malgré ma gaucherie !

      Quelques jours avant d’avoir créé ce montage photo, j’avais posté cette image du générique de Cowboy Bebop sur mon tumblr, et je n’ai fait le rapprochement entre les deux que hier ! Cela m’amuse beaucoup de réaliser la façon avec laquelle mon cerveau a digéré cette inspiration que je pensais au départ originale. I am just a copy of a copy of a…

      Cowboy Bebop
      • Bon, quand je dis que je déteste danser, je dois quand même nuancer : Quand il y a une chorégraphie à suivre ça passe, parce que je sais alors quoi faire de mon corps (j’ai essayé la danse country un jour, c’était sympa, tout comme j’ai aimé la danse classique et l’acrogym). Mais quand il s’agit de se trémousser au hasard sur une musique quelconque, je ne sais absolument pas quoi faire de tous mes bras et toutes mes jambes (sans compter le reste de mon corps) et je me sens absolument gauche et ridicule. C’est ça que je déteste :)
        Quand à danser pour me défouler, je dois avouer que je ressens très rarement le besoin de me défouler alors ça ne m’a jamais traversé l’esprit !

  5. J’adore les vignettes de silhouettes ! (C’est un lâcher prise assez encadré, pour rester dans le viseur de l’appareil, non ? ;p Ou tu as fait une session photo après ?)

    C’est toujours aussi fascinant de voir de l’autre côté du miroir, comment les autres s’incarnent. Autant je ne sais pas quoi faire de moi-même lorsqu’il s’agit de parler à des gens que je connais pas (bras en mode armure, comme tu décris si bien), autant je n’ai aucune inhibition lorsqu’il s’agit de danser. C’est même le soulagement : ouf, finie la gaucherie, fini le potentiel jugement sur ce que je vais dire. À la très brève époque où je suis allée en boîte de nuit, j’étais la fille à qui l’on demandait à quoi elle carburait (quand je répondais Coca ou jus d’ananas, en général, cela faisait fuir les gens – j’en tirais une absurde petite fierté). Du coup, j’avoue avoir du mal à imaginer qu’on puisse avoir fait pas mal de danse ET ne pas être à l’aise pour danser. Après, dans le fait d’être à l’aise, il y a peut-être une distinction à faire entre se sentir décomplexée d’une part et ne pas faire preuve de maladresse d’autre part (bonjour, ici la bourrine du cours de danse, qui donne trop de force et manque régulièrement de se rétamer). Quelque chose à creuser…

    Dans ton échange avec Aleks Crément, il y a quelque chose que je trouve très intéressant : l’idée que le lâcher prise aille paradoxalement avec toujours plus de contrôle. On pourrait le penser comme compensation : je contrôle davantage donc j’ai besoin de moments d’extase comme soupape. Ou bien envisager le lâcher prise comme un exercice pour se déprendre de ce qui nous entrave. J’ai un peu halluciné de lire cet article alors que je viens justement d’entamer la lecture de The Art of Grace – on moving well through life, où Sarah Kaufman parle de la grâce comme une qualité de mouvement physique mais aussi social, une certaine souplesse qui permet de vivre harmonieusement avec les autres, avec les hasards malencontreux… Cette grâce, nous dit-elle, il faut s’exercer pour l’acquérir. Et de ce que j’entrevois (j’en suis au début de ma lecture), ce n’est pas tant l’apprentissage technique qui est en question que la concentration et la persévérance qu’il demande, dans une constante attention aux autres. S’efforcer vers la grâce, voilà qui éclaire notre paradoxe, non ?

    Ce qui me dérange encore, c’est la coexistence de cet effort gracieux et de la recherche de l’extase, qui en est à l’extrême opposé dans la mesure où l’extase n’est pas mouvement dans le temps mais identification au seul présent. Comme je n’explique pas très bien et que le sujet du lâcher prise a l’air de te tenir à cœur, voici un extrait des Testaments trahis de Kundera, qui m’a fait prendre conscience de tout cela :

    « L’extase signifie être « hors de soi », comme le dit l’étymologie du mot grec : action de sortir de sa position (stasis). Être « hors de soi » ne signifie pas qu’on est hors du moment présent à la manière d’un rêveur qui s’évade vers le passé ou l’avenir. Exactement le contraire : l’extase est identification absolue à l’instant présent, oubli total du passé et de l’avenir. Si on efface l’avenir ainsi que le passé, la seconde présente se trouve dans l’espace vide, en dehors de la vie et de sa chronologie, en dehors du temps et indépendante de lui (c’est pourquoi on peut la comparer à l’éternité qui, elle aussi, est la négation du temps). » […] « Vivre, c’est un lourd effort perpétuel pour ne pas se perdre soi-même de vue, pour être toujours solidement présent dans soi-même, dans sa stasis. Il suffit de sortir un petit instant de soi-même et on touche au domaine de la mort. »
    Il donne comme exemple l’orgasme (petite mort…) comme « image acoustique de l’extase » et oppose les concerts de jazz, où l’on montre en applaudissant une appréciation distante, critique, avec les concerts de rock, où l’on est là pour s’extasier et s’oublier en faisant corps avec les autres.

    Je projette sûrement mes réflexions du moment là-dessus, mais j’ai l’impression de retrouver dans le double sens (oxymorique) du lâcher prise (l’exercice par lequel on tend vers la grâce, maitrise de soi devenue naturelle, qui ne laisse plus rien ni personne nous atteindre / l’extase où l’on cherche au contraire à perdre la maîtrise de soi) le rapport conflictuel que j’entretiens au temps, à hésiter entre inscription dans la durée et plaisir de l’instant présent. Entre persévérance dans la vie et flirt avec la pulsion de mort, qui voudrait figer la vie dans l’éternité de l’instant présent. Entre Éros et Thanatos…

    (Sur ce, je m’en vais tartiner sur mon blog une réponse à ton commentaire.)

    • L’idée des vignettes (dont j’ai décrit l’inspiration inconsciente dans ma réponse à Swann’ plus haut) m’est venue bien après ces événements, alors que je commençais à définir la structure de ce post et que je cherchais de quoi l’illustrer. Ainsi, en parallèle de l’écriture, je me suis comme bien souvent servi de la photo pour creuser le sujet. En l’occurrence, je me suis filmée et j’ai sélectionné des captures vidéo pour composer cette image finale (mon salon étant assez petit, tout tenait largement dans le viseur sans que je me sente contrainte par autre chose que l’espace qui m’était accordé). Me regarder moi-même danser a ainsi donné une autre dimension plus visuelle à ma propre réflexion, que je n’ai pas détaillée dans mon article, mais qui m’a beaucoup apportée également.

      Est-ce d’après toi les années de pratique de la danse qui t’ont donné cette aisance corporelle et cette confiance en tes propres mouvements ? Je me suis toujours sentie mauvaise en danse classique, très raide et sans aucune grâce. Ce que j’y aimais néanmoins, c’était sa structure très rigide et exigeante qui m’apportait un cadre rassurant. Ainsi, je ne pouvais pas en appliquer les enseignements sur une forme de danse plus relâchée et libre.

      Merci toujours énormément d’apporter à mes articles des références littéraires et culturelles qui me manquent tellement pour les approfondir davantage, ce que tu fais à merveille avec tes commentaires. The art of grace m’interpelle beaucoup, tant et si bien que je l’ai ajouté très haut dans ma liste de livres à découvrir. Quant à cette citation de Kundera, elle décrit si parfaitement ce pour quoi je n’ai pas réussi à trouver les mots…

      Enfin, ton lien avec le rapport au temps et à la mort n’est pas si incongru car Hypotehrmia me l’a imposé de lui-même ! Le blog choisit automatiquement les articles similaires dans l’espace en dessous des commentaires. Je m’attendais ici à ce qu’il mentionne celui sur le spectacle de Carolyn Carlson, aussi j’ai été très surprise (et un peu angoissée) de constater qu’il référençait en premier celui sur l’angoisse de mort. Je sais bien qu’il s’agit surtout d’une question de paramétrage d’algorithme, mais je t’avoue que ça m’a tout de même donné du grain à moudre… Et tu as parfaitement posé les mots sur cette connexion entre nos deux sujets ;)

      • J’avoue ne pas savoir qui de moi ou de la danse est l’œuf ou la poule dans cette question d’aisance. D’autant que j’ai commencé la danse assez tôt, vers 7 ans. Le type de danse entre peut-être en considération : je suis venue au classique assez tard, d’abord en dilettante (parce que ma prof disait que ça me donnerait des bases plus solides) puis au conservatoire (j’ai dû entendre le terme d' »en-dehors » pour la première fois vers 13 ans). Ce qui m’a donné le goût de la danse (et l’aisance ?), c’est le moderne-jazz, plus proche de la danse défouloir qu’on peut pratiquer dans son salon…

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *