Le cinéma est un miroir

Je n’arrive pas à cacher ma déception lorsqu’on me rend un DVD que j’aime avec une réaction bien loin de celle que j’espérais. Chaque film que je prête est un petit trésor à mes yeux, et mon amertume est immense lorsque je reçois en retour un « C’était bizarre », « J’ai trouvé ça long » ou même juste un simple « Ouais, sympa sans plus ». S’en suit souvent de ma part une tentative lamentable de convaincre mon interlocuteur du non-fondé de son jugement, atteignant le summum de la rhétorique à grands renforts de « Quoi ? ! Mais comment t’as pu trouver ça nul/bizarre/chiant/bof (rayez la mention inutile) c’est juste pas possible ! » . Argumentaire qui se conclut généralement par un profond sentiment de trahison, et une baisse radicale de l’estime que j’ai pour celui qui en est à l’origine. À croire que je suis un brin susceptible sur le sujet.

Ce n’est qu’après avoir vécu deux expériences cinématographiques marquantes ces dernières semaines que j’ai pu cerner pourquoi je suis tellement affectée par ce rejet des films que j’aime. Je n’arrive pas à accepter cette différence d’opinion comme une divergence de culture ou de goûts. La prenant bien trop directement, je la considère comme une atteinte à ma propre identité. Rien que ça.

Youth

Il y a des films qui me foutent en l’air. Qui me broient le cœur. Qui parcourent mes nerfs au fur et à mesure du visionnage jusqu’à trouver une faille dans mon âme pour la faire chavirer. Je donne souvent pour exemple The Hours ou Blue Valentine, je peux désormais ajouter Youth à la liste des œuvres qui m’ont noyée.

J’avais abordé ce film comme une comédie dramatique au chouette casting, traitant avec ironie de la vieillesse par des protagonistes nostalgiques d’un temps révolu. Il n’y a pas vraiment d’histoire, mais une multiplicité de vies qui se rencontrent dans un même lieu, l’espace de quelques jours, croisant des expériences de vie et des visions du monde différentes. Ces rencontres sont toutes catalyseuses de remises en question et révèlent peu à peu les failles de chaque personnage.

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Ce film m’a ruinée. Prenez toutes mes angoisses les plus profondes, concentrez-les en deux heures, vous obtiendrez Youth. Il contient une mélancolie vicieuse en sourdine pesant tout au long de son déroulement, parsemant sur son chemin des graines de détresses existentielles sans jamais les aborder de face. La solitude, la sénilité, le rejet, la vanité de la création, la peur panique de l’abandon. Autant de thématiques concentrées dans ma boîte de Pandore personnelle, que ce film s’est fait un malin plaisir d’entrouvrir comme si de rien n’était, jusqu’à ce que je finisse par complètement craquer.

Alors que j’essayais tant bien que mal d’étouffer mes sanglots (peine perdue), j’étais fascinée d’observer K à mes côtés, riant de bon cœur sur les perles d’humour que contenaient certaines répliques, attendri par les déboires de ces personnages. C’était tellement étrange, de partager une expérience de cinéma aussi bouleversante avec quelqu’un qui l’abordait d’une toute autre manière. Je ne comprenais pas comment je pouvais avoir une réaction si disproportionnée. Je l’enviais, de réussir à mettre de la distance et de ne se laisser toucher que par l’humour. De ne pas tout prendre tellement à cœur. J’ai failli me lever à de trop nombreuses reprises pour arrêter le film et reprendre un peu d’air. J’ai persisté à travers mes larmes, car il était incroyablement beau et juste : c’est justement pour cela qu’il était si douloureux.

Je n’arrivais pas à savoir si j’étais reconnaissante ou non de vivre certaines œuvres aussi fort, ayant l’impression que mes émotions dépassaient de très loin leurs intentions. Je réalisais qu’une expérience cinématographique était avant tout une expérience sensible, et que nous n’avons pas tous les mêmes mécanismes émotionnels, les mêmes cordes qui les déclenchent et sur lesquelles un film va pouvoir s’appuyer. Tandis que je réfléchissais à tout ceci, volontairement pour me sortir du typhon intérieur que ce film me causait, Harvey Keitel a eu cette réplique. C’était tout ce qu’il me fallait.

You say that emotions are overrated. But that’s bullshit. Emotions are all we’ve got.

Lost River

Quelques jours plus tard, j’ai complètement succombé à la beauté d’un autre film, ce qui était pourtant loin d’être gagné. Si vous me demandez quel sont les acteurs que j’aime le moins, le nom de Ryan Gosling va très vite franchir mes lèvres. Sans être capable de donner une seule justification : sa tête ne me revient pas, peu importe la qualité du film dans lequel il joue ou sa performance. J’étais ainsi fort sceptique en apprenant qu’il passait de l’autre côté de la caméra, et j’ai mis beaucoup de temps avant de donner une chance à sa première réalisation, Lost River. Quel dommage que je me soie si longtemps laissée convaincre par mes propres préjugés. Ce film était absolument magnifique, prenant immédiatement une place de choix parmi ceux dont la photographie m’a le plus estomaquée, et certaines de ses scènes me hantent encore aujourd’hui.

Lost River m’a fait réaliser que beaucoup des films que j’aime sont avant tout contemplatifs. Je peux facilement passer l’éponge sur un scénario plat et troué, à partir du moment où l’image et la musique me font toucher au sublime. J’ai toujours été sensible à certaines esthétiques, et je base dessus une grande partie de mon jugement. Par exemple, The Village ou The Tree of Life font souvent controverse lorsque je les cite en références personnelles, étant souvent critiqués comme prétentieux, creux, et basés plus sur de la forme que du fond. Mais c’est cette forme justement qui me subjugue. Lost River entre parfaitement dans cette catégorie : le scénario est simpliste, et pourtant il m’a totalement emportée. Par cette photographie hallucinante, par ce jeu d’acteurs incroyablement sincère, et puis cette musique…

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Il m’est ainsi terriblement difficile d’expliquer ce qu’est pour moi un « bon » film et quelle doit être ma grille d’analyse, surtout quand je souhaite faire découvrir mes amours à d’autres personnes. Bien sûr que le cinéma peut être objectivement étudié sous l’angle de sa technique, qu’elle soit de composition ou de narration. Comme tout art, il se repose sur des courants, des influences, des procédés. Il peut être décomposé, analysé, et un film peut être jugé bon ou mauvais sur ces points. Mais la dimension subjective est tellement plus importante.

Je me reconnais dans les films que j’aime. Peu importe leur qualité ou leur technique. Si j’y suis attachée, c’est qu’ils ont fait résonner en moi une corde sensible dont l’existence ne m’est pas toujours consciente. Que ce soit par leur esthétique, ou par les sujets qu’ils abordent : lorsqu’un film me prend aux tripes, c’est qu’il fait écho à une facette de ma personne. Si quelqu’un d’autre ne l’aime pas autant que moi, c’est qu’il ne s’y sera pas retrouvé. À moi de savoir constater cette différence de perception sans la prendre pour une attaque personnelle. Ce n’est pas parce qu’on est différent de moi qu’on est contre moi. Je vais continuer à prêter les films que j’aime comme autant de fragments de mon identité, tout en apprenant à accepter le fait qu’ils ne peuvent se retrouver chez tout le monde. C’est après tout ce qui fait ma propre richesse. Dis-moi le cinéma que tu aimes : je te dirai qui tu es.

32 commentaires

  1. Je suis d’accord et je partage chacun de vos mots. Chacun! Et c’est exactement la même chose pour les livres. Merci de dire si bien ce que je ressens.

    • Merci à vous de laisser trace de votre passage, S, et de partager mon ressenti. Votre acquiescement est-il aussi sur les films que je cite ?
      Quant aux livres, bien entendu, cela s’applique tout autant… Tellement !

  2. Ah cool, des reviews de deux films que j’ai vu :) !

    J’ai adoré Youth aussi, quand je recherche l’endroit où a été tourné le film pour y partir en vacances, c’est généralement bon signe. C’est marrant parce qu’en voyant la pochette j’ai cru que j’allais détester, j’ai donc été plus que surprise par son contenu assez extraordinaire. Une de mes scènes préférées est celle de la confrontation de Miss Univers avec Paul Dano (amour intersidéral) qui la traite d’idiote:

    Miss Universe: I appreciate the irony, but when it is drenched in poison, it is drained of its force and reveals something else.
    Jimmy Tree: What?
    Miss Universe: Frustration.

    Pour Lost River, c’est une autre histoire et justement peut-être l’effet inverse du premier. Vouant un culte sans nom à Ryan Gosling, j’en attendais sans doute beaucoup trop, je dois dire avoir été extrêmement déçue par ce que j’ai vu. Tout le métrage me criait que Gosling était un Nicolas Winding Refn wannabe en puissance sans pour autant lui arriver à la cheville, et ça m’a fait mal au coeur. Ca puait vraiment le « je suis devenu un méga acteur mainstream mais je fais des efforts démesurés pour me coller une étiquette de réalisateur indépendant ». Si le film avait été bon ça n’aurait pas été bien grave, mais la fin était un plantage monumental et une succession de scènes sans saveurs à mon goût, avec une Barbara Steele complètement inutile dont la présence hurlait « Regardez! j’ai des goûts! je connais le cinéma et je ne suis pas qu’une belle gueule! ». Triste monde tragique.

    Bref, j’espère que ça ne te mettra pas trop en colère, toi qui explique que tu ne comprends pas qu’on critique les films que tu as adoré :)

    Je jette quelques films qui m’ont laissé une bonne impression ces derniers temps si jamais tu veux les voir, en discuter, ou les massacrer pour te venger de ma critique de Lost River : « The spectacular now », « Me, earl and the dying girl », « Short term 12 », « We are the best! », « Macbeth », et je pense que tu aimerais beaucoup « A pigeon sat on a branch reflecting on existence », vu ton penchant pour les films un peu dadaïstes.

    Des bisous!

    • J’ai très fort pensé à toi durant les deux films ! Le premier pour Paul Dano bien entendu, et la réplique que tu as choisi de citer a été également l’une de celles qui m’a le plus marquée – elle était tellement parfaite.

      Quant à Lost River, j’avais le fort pressentiment qu’il ne te plairait pas, et je ne me suis pas trompée. Sois rassurée je suis bien loin de te répudier, bien au contraire, j’aime le fait que tu te soies pris le temps de justifier ton désaccord, là où la plupart des réactions qui m’énervent sont de l’ordre du « Oh ben je sais pas, j’ai pas aimé, c’est tout, c’était chiant ». Je suis bien loin de considérer mon opinion comme valeur absolue, et tu avances des arguments qui sont pertinents ! Je suis totalement d’accord avec toi sur la fin qui m’a également laissé cette sensation de bâclé et d’inachevé, quel dommage…

      Je sais que ce film est très critiqué sur les multiples inspirations plus qu’évidentes qui y transparaissent (je t’invite à regarder la chronique du Fossoyeur de Films que je trouve très juste, ainsi que celle de Durendal bien moins argumentée mais que j’ai failli citer dans mon article tant elle prouve à quel point une même œuvre peut générer des expériences radicalement différentes).

      Perso, je n’ai pas vu de films de Nicolas Winding Refn (whoua quel nom) sinon Drive au cinéma, durant lequel j’ai été prise d’une monumentale crise d’angoisse sans origine clairement définie (violence, maybe ?), ceci croisé à l’indifférence que me génère Gosling me donne un souvenir très flou du film. Lost River était plus tendre avec moi, et j’ai en outre adoré la place qu’il donne à cet environnement ruiné de la banlieue de Détroit. Enfin, j’ai bien aimé le personnage de Barbara Steele pour ma part !

      Je l’écrivais à l’instant, je peux totalement avoir une discussion rationnelle sur des avis divergents à partir du moment où ils sont argumentés comme le tien. Ce qui n’empêchera pas à mon petit cœur de ne pas comprendre comment tu as pu ne pas être bouleversée par cette atmosphère – mais c’est bien là tout le propos de mon article, de réaliser que cette expérience est avant tout subjective !

      Je me réjouis tout plein de découvrir les films que tu cites et que j’ajoute aussitôt à ma liste. Le titre du dernier semble droit sorti d’une pièce de Beckett, ça m’intrigue beaucoup. Je te ferai assurément un compte-rendu de tout ceci, merci toujours pour ton partage :)

      • Cool!

        En fait au même titre que ton « cintre sur mur », j’ai créé cette catégorie qui s’appelle « prétendant au festival du film prétentieux », évènement que je rêverais de créer dans un futur prochain.

        Et ce qui est vraiment marrant, c’est qu’à chaque fois que je trouve un nouveau candidat pour l’ajouter à ma sélection je découvre souvent par après que c’est un film que tu adores :D

        Lost River est le dernier ajouté à ma liste, et je pense que tu devrais vraiment t’intéresser à Nicolas Winding Refn de plus près, je crois que tu aimerais vraiment beaucoup au vu de tes affinités cinématographiques. Puisque tu regardes Vikings pour l’instant, je te conseille d’autant plus « Valhalla Rising » sur le même thème dont perso je ne sais toujours pas trop quoi penser, et encore plus « Only God Forgives » avec Gosling toujours, qui est devenu pour moi « Only God forgives this really bad movie. » Hahaha.

        Tu n’aimes pas Ryan Gosling? Mais enfin, qu’est-ce qui cloche chez toi :D ? Dans la même lignée des incompréhensions liées au film qu’on adore, je me rends souvent compte que c’est pareil avec mes deux acteurs fétiches, je suis profondément touchée par des gens que le monde entier semble détester, c’est un mystère absolu pour moi qui pleure rien qu’en voyant leur visage. Avais-tu vu le film Stay ? C’est l’un de mes films préférés et celui qui m’a fait découvrir Gosling et lié à lui à tout jamais!

        J’en ai parlé à K dernièrement, mais si tu aimes cette ambiance abandonnée de Detroit, vous devez regarder « It follows » absolument.
        Cet article d’un très chouette blog était aussi très intéressant si tu ne l’as pas déjà lu:

        http://lavieeibel.blogspot.be/2016/01/balade-detroit-cest-pas-ce-que-tu-crois.html

        Foilà!

        • J’aime beaucoup le fait que nous avons des goûts ciné parallèles et si éloignés en même temps :) Je note de creuser la filmo de Nicolas WR (je ne sais même pas comment son nom se prononce !) malgré ma première mauvaise expérience avec Drive. Pfiouh ça m’en fait des films à voir, c’est trop chouette.

          J’avais regardé Stay très tôt après t’avoir découverte il y a quelques années en apprenant que c’était un film qui t’était incroyablement cher, et effectivement j’en garde un souvenir superbe. Mais pas très exact apparemment, je te laisse lire la réponse que j’ai donnée à Nathalie à ce sujet (sois indulgente ! ^^)

          Cet article sur Détroit est génial et me rappelle des sensations que j’ai vécues à Doel. J’ajoute de ce pas ce blog dans mon flux RSS, j’ai hâte de l’explorer ce soir.

          K a lancé It follows il y a quelques jours, après être restée devant un petit quart d’heure je suis allée me coucher : il était très tard, et je n’étais pas du tout d’humeur pour une ambiance aussi glauque. Je lui redonnerai sa chance un autre jour où je serai mieux armée !

          Tes commentaires me font énormément plaisir puisqu’à travers eux je peux continuer à m’enrichir par tes découvertes et partages :)

  3. Héhé ^^ Je me reconnais bien là : quand je prête le dvd d’un film que j’ai beaucoup aimé, voire que j’ai adoré, j’ai beaucoup de mal à entendre des critiques sur ce dernier et à affronter des avis beaucoup plus mitigés que le mien.

    Je me souviens notamment d’avoir eu un coup de cœur de dingue pour un certain film (Electrick Children) vu au ciné et acheté en dvd dès sa sortie. Je le prête à ma sœur et voilà qu’elle me sort « ouais, bof, j’ai trouvé l’histoire tirée par les cheveux ».

    Pour les bouquins c’est la même chose, je le prends toujours très à cœur. Et ce sont généralement des discussions qui me contrarient beaucoup. Justement parce que je prends TOUJOURS ça pour une attaque personnelle… Du coup, la fin de ton article me fait pas mal réfléchir sur mon propre comportement…

    Je n’ai pas vu Youth. Mais j’ai foncé voir Lost River au ciné et j’ai été hypnotisée pendant toute la séance tellement que je l’ai beau et envoûtant. On peut lui trouver les défauts qu’on veut, je m’en fous : je l’aimmmeeee !

    • Oh oui, ce que tu m’écris me plaît tellement… Je récolte les fruits de mon travail ici quand on me dit que mes propos poussent à la réflexion, si tu savais ce que ça me touche !

      Contente que Lost River t’ait autant envoûtée que moi :) Je serais curieuse d’avoir ton avis sur Youth du coup, j’ai l’impression que c’est vraiment un film qui peut diviser selon la sensibilité de chacun… Quant à moi j’ajoute Electrick Children à ma liste, les quelques images que j’en ai vues m’intriguent !

      PS : Pour ceux qui ont vu le film, sachez que ce morceau de la bande originale a été immédiatement ajouté à mon baladeur comme pièce maîtresse de mes petites dance parties solitaires au beau milieu de mon salon. Je l’aime encore plus depuis que j’ai vu cette interview de Ryan Gosling à son sujet (à regarder après avoir vu le film, de préférence) !

  4. Oh la la cet article me parle totalement. J’ai toujours du mal moi aussi quand quelqu’un critique une œuvre qui m’a touchée, films, livres… Comme tu l’as dis c’est un peu comme si on critiquait une partie de moi-même, parce que certaines choses résonnent tellement en moi que j’ai l’impression qu’on m’attaque personnellement alors que non, bien sûr. Et je pars généralement sur une argumentation absolument pas subjective pour faire changer d’avis l’autre personne, alors que chacun ne peut pas ressentir les mêmes choses aussi fortement (mais j’aime bien qu’on soit d’accord avec moi :p).

    Le dernier film à m’avoir mis dans un état pas possible et laissée fixant l’écran plusieurs minutes après la fin était ’71. Je compte en parler sur le blog bientôt :)

    Je voulais voir Lost River depuis longtemps, il va falloir que je me lance ! (en plus je n’étais pas au courant qu’il y avait Saoirse Ronan mais du coup je suis encore plus motivée, je trouve qu’elle donne une ambiance aux films dans lesquels elle joue à elle toute seule, elle est fantastique)

    • Tu me soulages, ce sentiment de rejet semble assez universel et fait apparemment sortir les griffes chez tout le monde ! Avec plus ou moins de tact, pour ma part c’est ce point-là qui pêche…

      J’attends de lire ton article sur ’71 avec impatience. J’essaye de toujours aborder avec beaucoup d’ouverture les films qu’on me conseille en les qualifiant de marquants – ayant assez d’empathie pour comprendre que c’est quelque chose d’important. Et j’aime apprendre à connaître les gens au travers des films qui les ont touchés.

      Enfin, même si tu n’aimes pas Lost River, j’espère que tu vas y adorer Saoirse Ronan, je l’y ai trouvée d’un magnétisme fou…

  5. Il y a quelques années, ma sœur me disait une chose similaire, à propos de ce qu’elle écrivait : si on n’aimait pas son univers et sa manière de le mettre en scène, comment pouvait-on l’aimer, elle ? J’avais eu beaucoup de mal à l’en convaincre parce que, comme tu dis… il y avait une part de raison dans cette interrogation. Pour ma part, je me suis aperçue que j’étais bien amoureuse de la personne avec qui je vis, sans partager sa passion pour Philip K. Dick ni Star Wars, donc cela voulait dire qu’on aimait probablement les gens en partie parce qu’on ne les comprenait pas tout à fait :)
    Après, je suis d’accord que ne pas argumenter son opinion revient à manquer de respect envers son interlocuteur.

    Il y a quelques films qui me viennent à l’esprit, mais puisque on parle de Ryan Gosling (c’est marrant, je ne le connaissais pas, en fait !) je dirais que ‘Stay’ fait partie de ces films dont, comme tu dis, le scénario ne me convainc pas forcément, mais dont l’esthétique tout entière (photographie, musique, symbolisme) m’a profondément touchée, comme si elle me reflétait parfaitement.

    Du coup, j’ai bien envie de voir ‘Youth’, et en même temps pas du tout, parce que d’après ce que tu en dis je risque d’être très secouée :)

    • La remarque de ta sœur m’interpelle énormément, car je n’ai pas du tout envisagé cette réflexion à ma propre écriture ! Cela fait cinq minutes que je suis en suspens sur ma réponse à ton commentaire, parce que ça me fait beaucoup réfléchir. Je crois que j’accepte plus facilement la critique de ce que je produis parce qu’elle est en général plus argumentée, et qu’elle vient de personnes que je sais être bienveillantes ou au contraire dont l’opinion m’indiffère. Par contre, lorsque je prête un film ou un livre, c’est que je cherche à « convertir » quelqu’un, ou que j’ai jugé qu’il était capable de le recevoir – ainsi le rejet me montre que je me suis trompée dans ce jugement, et donc m’affecte d’autant plus. Mes pensées sont encore brouillon à ce sujet, je vais y réfléchir davantage, merci d’avoir ouvert cette porte :)

      « cela voulait dire qu’on aimait probablement les gens en partie parce qu’on ne les comprenait pas tout à fait » J’aime énormément cette phrase. Il fallait que je l’écrive.

      Ma remarque sur Stay va répondre à la question d’Aleks sur ce film en même temps : Je l’ai adoré et vous me donnez toutes les deux envie de le revoir. Par contre j’ai complètement halluciné lorsque vous me l’avez cité : mon rejet de Ryan Gosling est tel que j’étais persuadée que son personnage était interprété par… Cilian Murphy. Je crois qu’effectivement, il est urgent que je revoie ce film pour reprogrammer correctement ma mémoire !

  6. J’aime beaucoup cet article qui me parle énormément aussi ! Sauf que.. J’ai fini par ne plus avoir trop envie de partager mes coups de coeur, cinématographiques, littéraires, musicaux. Déjà parce que ça me déçoit aussi le vieux retour « Ouais bof c’est bizarre » (pour rester sur le cinéma) alors que moi j’ai BESOIN de voir un film qui me plaît 10-15 fois pour profiter et digérer. Et ensuite parce que finalement je crains que l’on en apprenne trop sur moi à travers ce que j’aime, ce qui me bouleverse. Ça reste une sorte de jardin secret finalement. Je garde pour moi ce qui me touche vraiment.
    Je partage bien quelques idées, avec des personnes triées, mais je donne ensemble des choses que j’aime et d’autres que j’adore sans me justifier.
    C’est une autre vision bien sûr, et moi je n’ai pas de blog à tenir, mais c’est mon repli salutaire.

    • Ooh j’aime beaucoup lire ton opinion, Personne, parce que je partageais exactement la même il y a quelques années ! Mon refus de partager mes trésors était encore plus fourbe, puisque je voulais que personne d’autre ne puisse ressentir ce que moi je pouvais vivre – Gollum style, je gardais mes précieux sans vouloir que quiconque y accède. J’ai réalisé à quel point mon comportement était honteux en côtoyant des personnes telles que Marie ou encore Aleks qui, contrairement à moi, partageaient toute œuvre qui les touchaient, et me permettaient ainsi des découvertes incroyables.

      Je me suis sentie bien plus riche en adoptant la même démarche : rien que suite à cet article-ci, j’ai eu plein de recommandations d’autres films, mais aussi des discussions super intéressantes dans les commentaires, par Twitter ou par mail, par exemple de personnes qui ont vu Youth et qui souhaitaient en discuter. Ainsi, malgré le rejet que je dénonce dans mon article, j’apprends que le partage m’apporte bien plus de choses.

      Ceci dit je suis encore divisée entre les deux points de vue, n’étant pas prête à tout ouvrir – et je rejoins là ta vision du jardin secret que je trouve très juste. Vu que, comme toi, je projette beaucoup de mon identité dans les œuvres que j’aime, je n’aime pas trop me séparer de ces morceaux les plus intimes. Même si au final, je le fais avec les personnes les plus proches, à qui je veux offrir ces parts de moi – et qui en général savent les recevoir avec le comportement approprié.

      Pfiouh je me demande parfois si je ne réfléchis pas bien trop à ce genre de choses ^^ Merci en tout cas de proposer ta vision différente qui me fait cogiter sur cette démarche de partage.

      Par contre, je ne suis pas sûre de correctement interpréter ta remarque « Moi je n’ai pas de blog à tenir » ? Je connais plusieurs de personnes qui bloguent sans avoir cette démarche de partage et que je prends tout aussi plaisir à suivre. Ton commentaire me donne l’impression d’une forme d’obligation, alors que je n’en ressens aucune. Je veux bien que tu développes ton point de vue à ce sujet !

      • Je me permets une intrusion :/ C’est que ce que tu dis : « Vu que, comme toi, je projette beaucoup de mon identité dans les œuvres que j’aime, je n’aime pas trop me séparer de ces morceaux les plus intimes. » Je voulais juste souligner que je comprends totalement ça… j’allais dire je suis d’accord, mais ça fait style je vous donne mon aval :) Partager une oeuvre qui nous est chère en expliquant un minimum pourquoi, c’est ouvrir une porte. Je ne sais pas si c’est important de préserver son jardin secret, mais il me semble logique d’offrir comme différents niveaux de lecture. On peut se dévoiler, et si les gens en face sont réceptifs, ils apprendront de toute façon quelque chose de nous. Mais seuls les plus proches ou les plus intuitifs toucheront vraiment tout au cœur… Et je crois que c’est normal, on ne peut/doit pas s’étaler sur place publique, ne serait-ce que pour se préserver. Et puis parfois… On ne peut pas vraiment expliquer pourquoi on est bouleversé. Et c’est là que ceux qui nous sont le plus proches montrent combien ils sont précieux, car souvent, eux, le peuvent.

        • Ton intrusion est la bienvenue Nathalie ! Ton idée de différents niveaux de lecture est totalement pertinente. Certains films ont cette qualité de pouvoir être vécus à différents degrés d’intensité, et même si quelqu’un n’y perçoit pas ce qu’on y projette d’intimement personnel, il pourra quand même apprécier l’œuvre en tant que telle. De même, ma DVDthèque regorge de films bien moins intimes que j’ai tout autant aimés et que je me fais un plaisir de prêter à des gens plus éloignés, pas dans une démarche de partage personnel, mais simplement pour faire découvrir une œuvre que je juge intéressante. L’échange ne se fait simplement pas sur le plan émotionnel/sentimental, mais avant tout sous l’angle culturel. C’est ce que je trouve si chouette avec le cinéma, cette infinité de nuances entre les deux aspects, et que je retrouve moins avec les livres (étant en général bien moins impactée émotionnellement par ces derniers, que je consomme hélas bien moins aussi).

          Les films qui me bouleversent sans que je ne comprenne pourquoi sont ceux qui m’intéressent énormément, et contrairement à ton propos, ceux dont j’ai le plus envie de discuter, car j’ai besoin de comprendre ce qu’ils ont déclenché en moi et qui m’est encore pour le moment inconscient. Mais je te rejoins sur le fait que je ne rends pas cette démarche accessible à n’importe qui…

      • Ma dernière phrase sur le blog, c’était juste pour souligner que je peux me permettre ce comportement puisque je ne suis pas dans cette démarche de partage. Sinon ça n’aurait pas de sens (au moins dans la façon dont tu conçois cet espace).
        Et ma fourberie va même jusqu’à profiter de retours hyper intéressants, comme les tiens, pour faire des découvertes et tout garder pour moi ensuite ;-)

        Nathalie, je suis parfois étonnée de phrases comme « C’est tout toi » qui peuvent être dites par finalement 2-3 personnes de mon entourage. Et à y réfléchir, j’aime ça. Ces personnes sont là et sont des piliers. Et elles sont même suffisamment respectueuses pour laisser entendre qu’elles comprennent sans vouloir creuser davantage, c’est pas la peine. Ça fait chaud au coeur de se rappeler ces brefs instants :-) Donc, comme tu le soulignes, bien sûr que le partage est là et nécessaire. Et j’aime cette idée des différents niveaux de lecture à offrir !

        • Je comprends mieux, merci d’avoir éclairci ton propos ! Ma démarche de partage pourrait être largement plus importante, mais je ne conçois pas tout à fait ce blog de la sorte : les films ou autres œuvres au sujet desquels j’écris n’ont un intérêt pour moi que s’ils me donnent le prétexte de creuser quelque chose de personnel, dans le cas de cet article mon rapport aux films que je partage. Si je découvre dans quelques semaines un nouveau film, je ne vais écrire à son sujet ici que s’il me sert de support à une nouvelle réflexion personnelle. Les seuls exceptions à ma démarche sont les parenthèses que je transmets bien moins au travers du prisme de ma propre personne ; elles restent toutefois assez anecdotiques.

          « C’est tout toi », ces remarques-là sont rares, mais sont si précieuses lorsqu’elles sont justifiées ! Cela me rappelle il y a des années K, qui a attendu que je lui rende visite pour me montrer Never let me go en m’expliquant « Je l’ai commencé sans toi, mais il m’a tellement fait penser à toi que je me suis dit que je devais t’attendre pour le voir ». Bingo, ce film m’a bouleversée. Comme tu l’écris si justement : Ça fait chaud au coeur de se rappeler ces brefs instants :-)

  7. Prendre des recommandations de personnes que l’on ne connaît pas bien revient toujours à marcher sur des œufs. Mais comme j’ai beaucoup aimé Youth (et Blue Valentine, aussi, même si je ne me souviens plus de l’histoire, seulement des couleurs et d’avoir eu le cœur serré), il faudra que je tente Lost River à l’occasion (Ryan Gosling me fait penser : j’ai dé-te-sté Drive). Petit sondage, comme ça, vite fait, pour mesurer l’écart ou la proximité de nos goûts cinématographiques : as-tu vu et aimé… The Eternal Sunshine of The Spotless Mind (Palpatine avait Star Wars, j’avais The Eternel Sunshine…) ? Amour, de Haneke (à voir sans maquillage, on ne peut pas être trop prudent) ? Ou, à l’affiche en ce moment, Ce sentiment de l’été ?
    (La peur panique de l’abandon : nous sommes deux !)
    Que l’on ne partage pas mes goûts ne me dérange pas plus que cela ; cela m’amuse même, quand c’est presque systématiquement opposé. Et ça peut être très pratique quand on est au courant : ah ? tu n’as pas aimé ? Bon, j’y vais, ça a une chance de me plaire. Tu as adoré ? Hum, on va le mettre à la fin des films à aller voir, alors… Je sais, par exemple, que mon amie Melendili et moi n’avons pas du tout les mêmes goûts cinématographiques, mais j’adore avoir son avis, parce que, ce qu’elle n’aime pas, c’est toujours pour de bonnes raisons, qui m’obligent à revoir mon avis comme une interprétation parmi d’autres, une vision qui est dans le sujet et non dans l’objet. (Comme tu dis, les avis construits sont toujours plus faciles à accepter.)
    En sens inverse, j’avoue un plaisir pervers à soupirer bruyamment et à répéter « boring, boring, boring » quand Palpatine essaye de m’avoir avec l’un de ces films qui-ne-mènent-nulle-part et ne font pas réfléchir mais-c’est-un-classiiiiiiique-mais-tu-vois-pas-c’est-un-chef-d’oeuvre. Parfois, je n’y peux rien, c’est épidermique ; ce n’est pas juste « chiant », c’est insupportable : boring, boring, boring = il faut que cela cesse. Quand on essaye de me convertir à des films que de toutes évidence je n’aimerai jamais, j’ai la désagréable impression qu’on veut me faire changer, qu’on pointe du doigt des lacunes, un manque de sensibilité à cet endroit-là…

    • J’en discutais avec Nathalie hors commentaires : je me suis retrouvée face à un dilemme en rédigeant cet article. Si j’aimais tant ces films, c’est aussi parce que je n’en attendais rien et que je n’ai rien su à leur sujet avant de les voir : j’ai ainsi pu être totalement immergée sans aucune préconception. En les décrivant dans mon article, n’ai-je pas détruit ce plaisir de la découverte à d’autres ? Et paradoxalement, c’est le fait d’écrire à leur sujet qui a pu générer des discussions aussi enrichissantes. Donc… Que faire ?

      Pour répondre à ton petit test : Eternal Sunshine m’avait énormément plu à l’époque, mais je l’ai vu assez jeune. Je pense que je manquais de l’expérience de vie sentimentale qui permettait à d’autres d’être bien plus impactés encore, par projection. Tu me donnes envie de le revoir, afin d’estimer si mon point de vue à évolué maintenant que j’ai un peu plus vécu !
      Je refuse de voir Amour car je sais que ce film va me ruiner. Je n’en connais que les très grosses lignes, et je ne suis pas assez armée pour pouvoir l’affronter. C’est un peu une stratégie d’auto-protection, même si je suis sûre que le film est sublime. Comprends-tu ?
      Quant à Ce sentiment de l’été, je n’en ai absolument pas entendu parler. N’étant pas très amatrice de films français, je l’aurais spontanément abordé d’un œil sceptique (préjugés nous revoilà) : me le conseilles-tu ?

      J’aime bien le jeu de critiques que tu échanges avec Melendili, cela me rappelle un commentaire sur la vidéo de Durendal critiquant Lost River : « Moi, quand j’hésite à regarder un film, je vais voir la critique de Dudu… Et s’il n’a pas aimé, je le regarde. Ses goûts sont à l’antipode des miens. Ce mec est mon Némésis cinématographique. Je hais tous les films qu’il adule, j’adore tous les films qu’il déteste. » L’échange entre les deux personnes à l’avis radicalement opposé peut être vraiment intéressant s’il est argumenté, comme tu le décris, dans votre cas il amène à avoir des réflexions enrichissantes au travers du point de vue de l’autre !

      Puisque tu as apparemment déjà avoir discuté avec Palpatine du désintérêt que tu éprouves pour les films qu’il te montre, qu’est-ce qui le pousse à croire que tu vas changer d’avis en t’en montrant de nouveaux ? En général, quand je conseille des films, si je vois qu’ils n’intéressent pas mon interlocuteur, j’abandonne très vite l’affaire en le qualifiant dans ma tête d’incompatible avec mes propres goûts…

      …À tort peut-être, cela me rappelle il y a quelques mois, lorsque je discutais cinéma avec mon ami Thomas qui m’a d’un coup fait la remarque suivante : « Mais, tous les films que tu cites, tu me dis qu’ils ne me plairaient pas ! » Je l’avais ainsi étiqueté, peut-être à tort, et sa remarque m’a fortement marquée puisqu’elle m’a fait prendre conscience de ce comportement infondé : Préjugés quand tu nous tiens, comme je l’écrivais…

  8. Du coup, je suis allée faire un tour vers Youth ! J’avais vu la bande annonce quand il est sorti mais ça ne m’avait pas attirée. Au final, je reste sur ma faim en fait. Beaucoup de choses prennent du temps à s’installer et ça me fait l’effet d’un soufflé qui retombe. Beaucoup d’émotions émergent vers le milieu du film et je ne les retrouve pas ensuite. Un peu comme les scénaristes qui cherchent encore la bonne fin au film..
    Quant à Amour, il est terrifiant ! Il en vaut la peine, vraiment, mais bien sûr qu’on se prend en pleine face un avenir peu rassurant.
    Et personnellement, Eternal Sunshine est un de mes trésors

    • Tu es la deuxième personne à m’avoir fait un tel retour sur Youth suite à mon article ! J’espère que tu en as tout de même tiré quelques éléments qui t’ont plu, je m’en voudrais d’avoir monté une mayonnaise qui a un goût amer (cette métaphore est bancale). On rejoint là ce que je répondais à la souris : difficile de parler d’un trésor sans le survendre, et ça me fait beaucoup réfléchir, c’est peut-être aussi pour cela que j’en récolte souvent de la déception. Je devrais peut-être apprendre à être plus modérée et à laisser les gens se faire leur propre opinion avant de les submerger par la mienne…

      • Je parviens à renouer avec le cinéma depuis peu (elle devient autonome) et j’aime toujours découvrir et me laisser emporter. Ça ne marche pas à chaque fois mais je ne considère pas avoir perdu mon temps.
        Je te fais ce retour pour te dire que ton article a eu un impact sur moi, je ne critique en rien ce que tu as dit ou ressenti à propos de ce film.

        • Oh Personne, tu me donnes l’impression d’avoir perçu ma réponse comme une remarque négative ? En la relisant il est vrai qu’elle peut être interprétée de la sorte, ce n’était pas du tout le ton que je voulais employer et j’aurais du me relire ! C’était plutôt de l’ordre de la remise en question, tu as bien entendu tout à fait le droit de ne pas avoir été transportée par le film, et j’espérais sincèrement que tu avais tout de même pu en tirer quelque chose de positif. Il n’y avait aucun cynisme dans mes propos, et je suis désolée s’ils en donnaient cette impression ce n’était absolument pas mon intention !

          • Le style direct des commentaires peut laisser entendre plusieurs interprétations mais je te rassure, je n’ai pas du tout mal pris ta réaction ! Eu la réponse n’était pas plus négative que la tienne.
            Rassure toi et lâche prise, tout va bien ;-)

  9. Tu as évoqué The Hours qui est l’un de mes films préférés. J’en connais certaines phrases par cœur… Ce qui me touche le plus dans ce film est son expression littéraire incroyable, sa finesse, la beauté incroyable de certaines scènes (l’enterrement de l’oiseau, la noyade) et le jeu des acteurs (tous : cette cuisinière odieuse !)
    Un autre film qui m’est cher est Brodeuses. J’y est trouvé d’incroyables couleurs et une très belle réflexion sur la féminité, la maternité, le fait de grandir. Lola Naymark y est fascinante. Et à côté de cela, j’ai adoré Millenium (version suédoise, avec Noomi Rapace) : je suis sortie de la salle complètement surexcitée tellement le personnage de Lisbeth m’a emballé (j’ai pris le métro de Rennes avec la ferme intention d’en découdre avec le premier macho qui aurait le malheur de croiser ma route, oubliant que je mesure un mètre soixante cinq et que je suis une trouillarde avérée). Du coup, j’ai une affection toute particulière pour ce film (que je trouve très maladroit niveau réalisation).
    Parler des films que j’aime est un peu difficile pour moi, j’ai toujours cette impression un peu pesante d’être à côté de la plaque… Du coup j’ai longuement réfléchi à ce commentaire !

    • The Hours est également un de mes films favoris tant il me bouleverse à chaque visionnage, je finis toujours en larmes et mets des jours à m’en détacher. Je n’ai jamais réussi à clairement expliquer ce qui me bouleversait tant, c’est peut-être justement car tout est implicite et contenu… En outre il m’a permis de redécouvrir Virginia Woolf que j’avais abordée beaucoup trop jeune, et qui maintenant est une auteur dont les livres me transportent, et dont je me suis promise d’approfondir la bibliographie.

      Je ne connais absolument pas Brodeuses mais ce que tu m’en écris m’intrigue beaucoup, je l’ajoute à ma liste ! Quant à Millenium, je sais que j’ai vu les deux mais je les confonds… La version US m’est plus récente aussi c’est celle qui m’est la plus présente, mais cela fait longtemps que je veux revoir la version suédoise, surtout que j’aime beaucoup Noomi Rapace. Aaah tellement de choses à voir et à revoir !

      Merci beaucoup de t’être pris le temps de partager tes trésors Fileuse surtout si ça t’était délicat, je les accueille avec beaucoup de plaisir :)

      Merci beaucoup de t’être pris le temps de partager tes trésors Fileuse, ça me plait beaucoup !

  10. Difficile de mettre des mots sur le ressenti qu’on peut avoir sur un film, un livre, une oeuvre. Personnellement quand une oeuvre me plait (ou pas), je l’aime (ou pas) avec mes tripes et j’ai souvent bien du mal à décrire pourquoi, parce que la raison est certainement dans mon inconscient.

    Comme on est dans le ressenti, il est difficile d’être objectif, et je comprend ton sentiment de rejet quand quelqu’un n’est pas aussi touché que toi par un film.
    Ça m’est rarement arrivé avec le cinéma parce que je ne suis pas très sensible au septième art mais ça m’arrive parfois avec les livres, qui me touchent bien plus !

    • Nous avons la mécanique opposée sur les films et les livres ! J’arrive bien plus à décortiquer un livre de façon rationnelle, alors que ce sont les films pour lesquels j’ai parfois du mal à interpréter mon attachement. Je me demande à quoi c’est du, puisque j’ai été élevée à grands renforts de livres, et que je n’ai été introduite au cinéma qu’à la fin de mon adolescence…

      Niveau conseil ciné, avec toi au moins je suis sûre d’une chose : je sais que je peux compter sur toi pour un bon film expérimental français ;)

      • Peut-être que l’habitude des livres qui te dure depuis si longtemps te permet d’avoir cette aisance à les décortiquer alors que ton attachement plus jeune au cinéma te rend moins rationnelle ?

        J’ai aussi été élevée aux livres pourtant ! On ne m’a jamais introduite au cinéma, mais je ne suis pas sûre d’en avoir très envie : j’ai toujours trouvé le cinéma trop intrusif, il impose des images sans laisser de part à l’imagination, j’ai du mal avec ça. Le spectateur est plus passif qu’actif ce qui fait que j’ai souvent l’impression de perdre mon temps quand je regarde un film (surtout les films français :p ) alors que je n’ai jamais eu ce sentiment avec un livre.

        • Ça me plait beaucoup que tu opposes cinéma à lecture, car tes arguments sont totalement inversés dans ma tête ! Ce que j’aime dans le cinéma, c’est quand quelqu’un d’autre (un réalisateur par exemple) me propose sa vision des choses et du monde. En poussant un peu loin la réflexion existentialiste, le cinéma me fait me sentir moins seule. Si un film me parle, si j’adhère à une certaine vision, alors c’est que quelqu’un d’autre a su me parler, m’impacter, parler mon langage et donc par extension extrême, « me comprendre ». Bien plus que l’auteur d’un livre, qui laisse tout de même une grande part d’imaginaire au lecteur qui se retrouve « seul dans sa tête » (même si, on est d’accord, l’auteur en impose le cadre et les personnages – ça peut paraître contradictoire, il faudrait que j’y réfléchisse davantage !). La lecture a pour moi un aspect très solitaire qui m’est parfois difficilement supportable, même si j’aime beaucoup me noyer seule dans un livre qui me le permet. Je trouve hélas bien moins de livres qui me submergent ainsi, que de films.

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