Instants Rochelais

De retour chez moi, éreintée après une journée de route et sur le point de me coucher, j’ai inspiré un bon coup en ôtant mon pull : « Hé, mes cheveux sentent comme chez Thomas ! » Cette odeur, c’est cette maison de campagne en Charente-Maritime, où le fais comme chez toi est devenu mot d’ordre. Quelques jours à l’autre bout de la France, qui me ressourcent toujours autant.

Mes cheveux avaient capturé une combinaison de parfums de mon séjour là-bas. Un mélange de pierre et de bois, de feu de cheminée froid dont je n’ai déjà plus le souvenir en nez, malgré mes efforts pour m’en imprégner durant ces quelques jours.

Je me demande quelles senteurs se retrouvent dans mon propre foyer, et si des personnes m’associent à un certain parfum. Je lisais que notre propre odeur nous est tellement familière qu’elle est volontairement occultée par notre cerveau, pour mieux pouvoir percevoir les autres qui nous entourent. C’est un fait que je regrette parfois, curiosité qui ne sera jamais assouvie de caractériser ma propre odeur et celle de mon chez moi.

Je suis persuadée que le sens olfactif est le plus puissant lien à notre mémoire. Rien de plus fort que de saisir un parfum en pleine rue, et de se sentir projeté dix ans en arrière, aux côtés de la personne qui utilisait la même lessive dont on a saisi la trace, comme si ce fantôme s’était materialisé à nos côtés.

Reflet

En triant mes photos une fois rentrée, j’ai regretté ne pas avoir d’images illustrant tous les instants que j’avais en mémoire et que je souhaitais relater ici. Ce que je voulais transmettre, c’était les instantanés qui me venaient en tête lorsque j’inspirais l’odeur piégée dans mes cheveux ce soir-là et qui s’estompait déjà.

Il y a le parfum du café fraîchement moulu au petit matin, les pieds nus sur le carrelage de la cuisine. Le calme de l’aube, un redoux de novembre nous permettant de le savourer sur le perron, et de profiter de l’air campagnard se réchauffant peu à peu, ainsi que d’un immense ciel bleu. Pas de bruit, les discussions démarrent doucement, chacun se réveille à son rythme sauf le nouvel habitant de la maison : lui déborde déjà d’énergie.

Chaton

Il y a le plaisir de le porter tout contre soi et respirer cette odeur de lait chaud qu’ont les chatons, tout en emmagasinant une dose de ronrons à plein régime. Cette petite boule de poils a fini de me convaincre que, malgré mes allergies, j’ai hâte d’ouvrir mon foyer à un représentant de son espèce sitôt qu’il aura accès à un petit peu de terrain pour se délier les pattes.

Il y a le parfum de la mer, omniprésente, qui me saisit dès qu’on approche de la côte. Je me réjouis toujours lorsque les parents de Thomas nous proposent un tour en bateau, c’est quelque chose qui m’est tellement peu familier. La dernière fois, nous avions tourné autour de Fort Boyard et nous nous sommes baignés en plein large, avant de nous balader sur l’île de Ré. Cette fois-ci, nous sommes partis à la découverte des marais de la Seudre.

Marais de la Seudre

Il y a les quelques églises que nous avons visitées, notamment la cathédrale de Bordeaux qui aura mérité qu’on y accorde le détour d’une journée : cette immensité baignée dans un parfum de pierre froide et de cire fondue me sera toujours des plus appréciables. De cette ville, j’ai retenu la traversée du miroir d’eau comme si nous marchions sur le ciel, et ce restaurant choisi au hasard qui s’est avéré être un festin inégalable. C’est aussi simple que ça, prendre la voiture, rouler quelques heures, et se laisser surprendre.

Cathédrale de Bordeaux

Il y a aussi attraper au vent une bouffée de fumée de cigarette associée à une bière prise sur le port de La Rochelle. Les discussions de tout, de rien : parler technique photo, regarde ce ciel, il rendrait tellement bien si j’avais un filtre adapté. Parler ciné, mais Eli, tous les films que tu cites, tu me dis qu’ils ne me plairaient pas. Se mettre tous d’accord en s’endormissant communément face à un nanar entamé un peu trop tard. Regarder deux meilleurs amis se relayer sur des jeux vidéos, qui les relient même lorsqu’il sont séparés par des centaines de kilomètres. Il y a l’odeur des balades, comme celle des bombes de peinture, dans cet espace en pleine ville laissé grand ouvert à tout artiste. Et l’air de la mer, toujours, partout.

Tags La Rochelle

Il y a les odeurs d’alcools qui nous enivrent tous les jours, enchaînant les grands crus que Thomas nous réserve pour l’occasion. Durant la dégustation, la musique un peu trop fort dans la cuisine, les rires résonnant sur les murs, à m’en faire oublier ma condition de chat sauvage et me laisser entrainer par l’enthousiasme débordant de Mel, je n’avais jamais rencontré quelqu’un de si extraverti. Cela me fascine.

Il y a enfin les fragrances de ce whisky que je savoure en écrivant ces mots – chaque passage chez notre hôte caviste se conclut par son conseil sur le choix d’une bouteille, qui se videra progressivement jusqu’à notre prochaine visite. Cette année-ci, Balblair 02 : fleurs et agrumes soulignés par la vanille d’un vieillissement en fût de bourbon. Je regrette ne pas avoir le nez suffisamment éduqué pour y distinguer toutes ces fragrances mentionnées sur l’étiquette, mais une chose est sûre : il me plaît.

Balblair 02

Ni les mots ni les images ne me conviennent pour conserver le précieux de ces quelques jours d’escapade. Si j’avais pu, j’aurais concentré toutes ces odeurs dans une petite fiole. Le café, la mer, la clope, le cognac, la pierre. Je l’aurais étiquetée « Ressourcement Rochelais ». Et je me serais créé le rituel secret d’en inspirer quelques bouffées, dans l’attente de nos prochaines retrouvailles.

Remparts de La Rochelle

9 commentaires

  1. Au-delà du fait que je sois totalement séduite par ton article (totalement), je dois quand même mentionner que Kta a de sacrées ressemblances avec Gibson sur la dernière photo.

    • J’ai tellement pensé à toi lors de la rédaction, toi qui m’as appris à préserver la magie des petits instants du quotidien :)

      K n’aime pas trop lorsque je le mentionne, mais personnellement je lui trouve toujours un air de Falkor !

      Falkor
  2. Ce chat est ABSOLUMENT magnifique ! Moi qui suis accro aux félins, j’y suis particulièrement sensible (plus qu’au verre de whisky ^^). Tu sais s’il est d’une race particulière ou si c’est juste un beau chat de gouttière ?

    • Je partage complètement ton avis sur ce chaton que j’aurais embarqué sans hésiter dans mon sac si j’avais pu… Je suppose qu’il a une lointaine ascendance siamoise, d’où un léger strabisme et la couleur du poil, mais il s’agit avant tout d’un chat de gouttière (dont on a découvert avec surprise durant notre séjour qu’il était de sexe masculin, alors que tous s’adressaient à lui depuis sa naissance en tant que jolie demoiselle ^^)

  3. Je n’ai été que quelques heures à la Rochelle mais ton article me donne envie de creuser plus la région. Je garde un merveilleux souvenir du port qui s’éloigne lentement au fur et à mesure que le bateau-bus progresse. #touriste

    • Comme l’écrit si justement Thomas plus bas, La Rochelle n’est qu’un tout petit atout de la région que j’ai apprise à aimer grâce aux visites qu’il m’a proposées. Cela en vaut vraiment la peine d’explorer ses alentours !

  4. Si vous souhaitez des informations sur la Rochelle, vous savez qui consulter maintenant. La ville en elle même reste très loin d’être le vrai centre d’intérêt de la région. (Tellement d’autres choses à découvrir, je n’en dit pas plus)

    Mes excuses Audrey, je dois t’annoncer que le petit chat est malheureusement décédé depuis…

    Quand à toi Eli, beaucoup de pensées en lisant ces mots et puis finalement…
    Merci :)

    PS COUP DE GUEULE : Pourquoi je ne peux insérer de photos dans mon commentaire hein ???

    • Merci à toi Thomas pour autant de partages et de jolis moments, et pour m’accueillir ainsi chez toi quelques jours par an pour lesquels je suis toujours enthousiaste ! Je sais que tu n’es pas des plus adeptes de la manière dont je m’exprime par ici aussi je te suis reconnaissante d’y laisser quelques mots :)

      Une petite pensée peinée vers le petit chat… Je t’avoue qu’au départ, j’avais du mal à comprendre ta distance et ton rechignement à l’adopter mais je comprends mieux désormais pourquoi tu appelles ces animaux des bêtes à chagrin, ce qui est tristement juste…

      La plateforme WordPress que j’utilise n’a pas de fonction simple d’intégration d’images dans les commentaires, néanmoins il est possible d’en mettre par code html si elles sont hébergées sur un autre site.

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