Naufragée du web

Esseulés depuis trois jours sur notre radeau à la dérive, il est difficile de garder espoir. Mon compagnon d’infortune tourne en rond sur cette prison flottante comme un lion en cage, rendu fou de n’y trouver aucune issue. Pour ma part, je préserve nos dernières ressources d’accès à la civilisation dans le but d’envoyer ce message, en attendant l’arrivée des secours. Nous sommes le deux novembre, et cela fait trois jours que nous sommes coupés d’Internet.

Samedi nous est tombé dessus le plus grand drame possible du monde moderne, comble de l’horreur en cette soirée d’Halloween : Internet ne fonctionne plus. Peu importent les redémarrages, les reconfigurations, les débranchages rebranchages, après quelques heures de combat nous nous avouons vaincus : nous sommes coupés de la Toile.

J’écris ce texte depuis mon téléphone où la 3G me donne une petite marge de survie. J’avais prévu ce lundi la parution d’un article plutôt conséquent qui m’a demandé beaucoup de travail et que j’espérais compléter ce weekend. Hélas, sans accès au web il m’est impossible de le mettre en place. J’aurais pu me débrouiller, monopoliser une connexion publique ou celle d’amis, mais cela me demandait trop d’efforts. Le grand post attendra.

Si j’écris tout de même non sans mal ces quelques mots, c’est sur l’ironie de la situation. Là où dans l’article précédent je me jugeais suffisamment équilibrée dans mon utilisation d’Internet, il m’a fallu en être privée pour réaliser à quel point j’en suis dépendante. Trois jours et déjà mon foyer me paraît comme une prison.

Je me rends progressivement compte à quel point mon quotidien tourne autour du web, bien plus que ce que je pensais. En est pour preuve la frustration immense que je ressens à l’heure actuelle. De ne pas pouvoir publier ce que j’avais prévu, bien sûr, mais aussi face à des échecs bien plus futiles. Il m’est impossible de jouer à des jeux vidéos qui nécessitent tous ou presque une connexion désormais, impossible de consulter mes sites préférés, de participer à des discussions en ligne, de m’abreuver d’images ou de rattraper mon retard en séries télé, tant d’activités qui rythment habituellement mon temps libre. Même en me faisant une raison et en me disant qu’une coupure me fera du bien, j’ai le plus grand mal à effacer l’instinct de dégainer ma tablette pour tout et n’importe quoi. Faire les courses. Rechercher le nom d’un acteur. Consulter un itinéraire. Rien qu’en écrivant ce présent post, je ne peux faire de recherches pour enrichir son propos, y ajouter les images qui me viennent en tête pour l’illustrer, consulter un dictionnaire de synonymes pour la forme, et je galère à écrire ceci sur un clavier de téléphone.

J’ai bien sûr réussi à occuper mon weekend par d’autres activités : regarder des films, bouquiner, prendre l’air, rayer pas mal d’éléments de ma to-do list que je n’aurais jamais attaquée sans cette quarantaine obligatoire. Et pourtant je serais hypocrite d’écrire que je me sens soulagée de cette déconnexion qui me rend plus productive, prenant cette coupure forcée comme une sorte de leçon sur ma surconsommation d’Internet au quotidien. La réalité est toute autre : je me fiche du gain de temps et de productivité offerts en contrepartie du problème. Ce cordon ombilical me manque et j’en suis complètement dépendante.

Est-ce un mal ? Alors que je vante à qui veut l’entendre les mérites du web, à quel point cet accès à l’information est merveilleux, à quel point j’ai l’impression de m’y épanouir et à quel point j’y découvre des amis aux quatre coins du monde… Cette cyberdépendance est-elle malsaine en occupant une majorité de mes journées donc de ma vie, occultant les activités réelles qui devraient y être prioritaires ? Est-ce juste une question de période de sevrage, ne pouvant accepter les bienfaits de la désintox’ aussi tôt ?

Je me sens malhonnête de promouvoir la chance d’avoir accès à une telle technologie alors que je me sens tellement dysfonctionnelle d’en être privée. Il n’y a rien de grave et je survis très bien, mais je suis à ma surprise très gênée par ce malaise profond qui m’habite actuellement : le désespoir de me sentir telle une naufragée à la dérive sur mon radeau de réalité déconnectée.

22 commentaires

  1. J’ai eu le déclic de déculpabilisation et d’arrêt de me poser des questions à ce sujet quand mon père m’a dit : « Honnêtement, à l’époque quand on n’avait ni télé ni internet, qu’est-ce que je m’emmerdais parfois le soir ! »

  2. Αλέξανδρος

    J’ai eu le « même » problème la semaine dernière. Impossible de me connecter, sauf que je n’utilise plus vraiment internet, du coup je n’ai pas vécu le schisme de la même façon. Je comprends néanmoins la frustration : dans ces moments là on réalise à quel point l’accès à internet, la facilité, le naturel avec lesquels nous nous procurons des informations, a drôlement évolué depuis l’époque où on avait 30h d’internet par mois grâce à AOL (ce temps là ne me manque pas du tout). Et tant mieux bon sang.

    J’espère que tu pourras bientôt retrouver une connexion normale. Courage !

    • Ton commentaire me surprend car il véhicule deux informations que je trouve contradictoires (à moins que j’aie mal compris ?) D’un côté tu es bien plus enthousiaste d’avoir accès à une utilisation infinie d’Internet (on deviendrait tous dingues à revenir à l’époque du 56k) et de l’autre tu indiques ne plus vraiment l’utiliser. Qu’est-ce qui t’a amené à réduire ta consommation du web ? J’aimerais bien que tu partages ton expérience sur la question, qui semble en totale opposition avec ce que je vis actuellement !

      • ΑΛΈΞΑΝΔΡΟΣ

        Disons que ma première réflexion était personnelle : je n’ai hélas plus envie d’utiliser internet comme je le faisais avant. La suite était plus générale : je songeais juste à la facilité avec laquelle on peut utiliser les informations contenues sur internet, et ô combien nos vies étaient plus ou moins « améliorées » par ce dernier. Par exemple dès que j’ai besoin de consulter des horaires de bus je n’ai plus à me taper 4km pour consulter les panneaux. C’est là où je voulais en venir même si encore une fois j’ai l’impression d’être un peu à côté de la plaque.

        Internet, c’est un truc qui m’a « épaulé » pendant presque 6 ans. Je crois que je fais tout simplement une overdose, sans renier le côté purement pratique d’une connexion illimitée.

        • Je saisis mieux, merci :) Puis-je te demander à quoi est due cette sensation d’overdose, si ce n’est pas indiscret ? Te sens-tu mieux désormais en allant moins sur Internet ? J’ai l’impression d’avoir cette discussion avec pas mal de personnes de mon entourage aussi j’aime avoir les points de vue de chacun !

          • Αλέξανδρος

            (Je viens de voir que l’on pouvait répondre à la suite de ton commentaire… Je suis un boulet. Merci ma vision défaillante !)

            Disons que j’ai longtemps été mal dans ma peau à cause de ma dysphorie du genre. Je voyais pas mal de personnes autour de moi qui amorçaient une transition tandis que j’en étais incapable. Je ne peux toujours pas devenir le mec que je suis au fond de moi, du moins, pas comme prévu, mais depuis que j’ai arrêté de lire les articles ou de voir les photos de ces personnes je me sens mieux. C’est bête mais ça me bouffait complètement. J’ai réalisé que je culpabilisais presque de ne pas être aussi « bien » que toutes ces personnes que je connaissais à peine.

            Puis les sites que j’aimais autrefois sont des nids à polémique désormais, et j’ai besoin de quiétude. D’où mon éloignement ! J’espère que ça répond à ta question.

            • J’ai intégré très récemment la possibilité de répondre aux commentaires et les réponses imbriquées pour tous les visiteurs donc pas de panique, il est normal que les habitudes mettent un peu de temps à changer ;) D’ailleurs on a atteint la limite du nombre d’imbrications que j’ai imposée, il faut que je réfléchisse à une meilleure mise en page pour permettre des discussions plus longues.

              Tu as parfaitement répondu à ma question, bravo pour avoir su prendre de la distance avec ce qui te causait du tort. Merci pour ton partage !

  3. Ah ma pauvre !!
    Ça nous arrive régulièrement dans notre trou paumé, mais si à une époque une coupure internet était un drame pour moi, aujourd’hui ça ne m’affecte plus tellement. Au plus le temps avance, au moins j’en passe derrière mon pc.

    J’espère que ça reviendra vite, avant que les symptômes de manque ne s’aggravent ;)

    • Un technicien est en train d’intervenir à la maison en ce moment même donc j’ai bon espoir que ma connexion soit bientôt rétablie. J’ai heureusement accès au web à mon travail durant mes temps de pause, donc je me suis déjà sentie bien mieux dès lundi ^^ Cela aura eu au moins le mérite de bien me faire réfléchir sur la question.

      Tout comme je le demandais à Αλέξανδρος dans mon commentaire précédent, je veux bien que tu partages ce qui selon toi a provoqué une prise de distance, là où pour ma part je m’en sens actuellement totalement incapable. Quelle illumination avez-vous eu que j’ignore qui vous a poussés à réduire votre temps virtuel ? Est-ce pour toi l’achat de ta maison ?

      • Tout simplement parce que si je passais beaucoup de temps sur l’ordinateur c’était par ennui : je m’étais inscrite sur un tas de forum, de réseaux, de jeux en ligne et j’y passais tout mon temps parce que je n’avais rien d’autre à faire. (mais je n’avais pas conscience de ça à ce moment là, pour moi ça paraissait normal). C’est Flo qui m’a ouvert les yeux sur le temps monstrueux que je passais dans ce monde virtuel : je le délaissais au profit de mon pc.

        Ça a été dur de décrocher, j’ai commencé par faire un tri drastique dans les forums/réseaux que je fréquentais pour ne garder que ceux qui m’apportaient vraiment quelque chose. Ça a déjà contribué à limiter fortement le temps que je passais en ligne. Pour les jeux, je me suis lassée avec le temps, je joue encore parfois mais pas souvent, et pas longtemps (j’en ai vite marre).

        A côté de ça j’ai développé d’autres activités : sortir, passer du temps avec ma famille, avec Flo, avec des amis. M’occuper du chat, des poissons, de la maison, du jardin. Dessiner, lire, cuisiner, tambouiller, faire du sport… Bref, me détacher du virtuel et vivre dans la réalité. En ça la maison a aidé parce qu’elle est source de multiples et intarissables occupations, mais j’avais amorcé mon sevrage bien avant son acquisition. On va dire qu’elle a accéléré les choses ^^ )

        Mon boulot loin de chez moi a bien contribué à me détacher du net : les trois heures quotidiennes passées dans les transport sont autant de temps que je ne passe pas derrière un écran (liseuse exceptée :p). Ça me laisse tellement peu de temps le soir que bien souvent je n’allume même pas mon pc. Au début ça m’embêtait d’être un peu arrachée à ces communautés virtuelles, j’allais manquer plein de choses.
        Mais je me suis rendue compte qu’en fait non. Non seulement je n’ai pas besoin d’être hyperactive sur internet, mais internet n’a pas besoin de moi non plus.

        Je me connecte toujours régulièrement, mais j’ai pris pas mal de distance et je préfère aujourd’hui passer plus de temps à vivre dans le monde réel que dans le monde virtuel ;)

        • Merci d’avoir partagé ton parcours, je comprends mieux ! Peut-être qu’une coupure plus longue ou plus forcée m’aiderait, je sais par exemple à quel point c’est néfaste pour moi d’avoir Internet au travail. Je réfléchis à une manière de restreindre un peu plus mon utilisation.

          Je n’ai pas l’impression de me noyer sous cette peur de manquer de plein de choses, ce fameux « fear of missing out », car j’ai appris dans mon utilisation d’Internet que je n’avais pas à tout rattraper à tout prix, bien heureusement. Finalement tu as aussi réussi à restreindre ton utilisation du web à ce qui t’est essentiel, peut-être est-ce là la démarche la plus saine :)

          Néanmoins, je t’admire d’avoir su te détacher de tout cet univers progressivement car j’en suis bien loin dans mon cheminement. Même si j’ai énormément restreint mes sources d’occupation en ligne, justement pour ne pas que ça dévore tout mon temps, je passe tout de même une très grande majorité de ce dernier connectée. Et je ne sais pas si c’est une bonne chose ou non – je culpabilise en lisant des discours tels que le tien, mais en même temps je n’ai pas l’impression d’être si mal que cela… C’est cette gêne que je décris en fin d’article et que je n’ai su résoudre, un conflit intérieur qu’au moins cette coupure m’aura permis de révéler.

          • Qu’est ce qui te gêne exactement dans cette histoire ? Le fait que tu passes beaucoup de temps connectée ? ou que ça ne te semble pas déraisonnable ? Ou encore de te découvrir accro alors que tu ne pensais pas l’être plus que ça ?

            Dans tous les cas, si tu penses que ton temps d’utilisation du net est juste, que tu n’as pas l’impression que ça te prive de quelque chose ou que ça t’isole des autres alors tout va bien ;)

            Tu n’as pas à culpabiliser parce que d’autres ont fait un choix différent concernant le temps qu’ils passent connectés.

            Peut être qu’un jour tu trouveras plus d’intérêt dans d’autres activités et le changement dans tes habitudes se fera naturellement sans que tu aies à souffrir d’un quelconque manque, puisque tu l’auras choisi.
            Ou peut-être qu’Internet restera au centre de tes loisirs et que tu ne changeras rien au temps que tu passes en ligne.

            Tant que c’est en accord avec ta volonté, peu importe ce que font les autres : c’est à toi de décider ce que tu veux faire de ton temps ;)

            • Tu poses de bonnes questions ! Je pense que la gêne vient du fait que justement, passer tous les jours un nombre d’heures incroyable devant un écran ne me semble pas déraisonnable alors que ça devrait quand même me déranger un minimum, non ? Internet ne m’isole pas des gens dans la mesure où c’est mon lien principal avec des proches, c’est peut-être un premier problème. En fait je crois que fondamentalement ce qui me dérange est qu’une part si grande de ma personne se soit développée et tourne toujours autour de quelque chose de totalement virtuel et impalpable. L’impression de ne pas être « réelle », en quelque sorte, tu vois ? Damned, je n’avais jamais envisagé ceci sous cet angle avant que tu ne m’en parles… Ma réflexion n’est clairement pas aboutie et comme tu le dis justement, elle peut être amenée à évoluer. Merci pour le petit coup d’introspection, il va falloir que je creuse un peu cela ;)

  4. Ton histoire de vie non connectée m’a fait penser à ma dernière année de fac. L’année d’avant, je vivais en colocation avec une connexion à internet… mais au moment d’emménager seule, j’ai fait le choix de ne pas avoir internet chez moi. Je ne sais plus trop pourquoi en fait. Je devais être complètement dingue !
    J’avais beau avoir 23 ans, être à Lyon, avoir un abonnement illimité au ciné…qu’est ce que j’ai pu m’ennuyer certains soirs ! (surtout que j’avais trois chaines sur ma télé).

    Bref, je reconnais quand même que ces 9 ou 10 mois dans ma vie ont été profitables sur certains points. Comme je n’avais pas de tentation, je bossais correctement mes cours et avançais sur mon mémoire… tout en écrivant pas mal à côté, juste pour le plaisir.

    Aujourd’hui je ne pourrais plus faire ça, c’est clair car internet est ancré dans mon mode de vie. Et soyons honnête, c’est quand même un outil très pratique ! Je pense que, comme nous tous, tu pourrais te sevrer petit à petit de ta cyberdépendance, comme tu dis, mais est ce que ça vaudrait le coup, finalement ? A partir du moment où tout ça ne t’empêche pas de vivre ta vie professionnelle, amicale, amoureuse et que tu conserves des loisirs à l’extérieur, je ne vois pas pourquoi tu devrais culpabiliser.

    Et puis si aujourd’hui tu penses ne pas pouvoir survivre sans ce cordon ombilical, ça ne veut pas dire que ça sera le cas toute ta vie. Les choses toujours basculer dans l’autre sens.

    • Ton commentaire rejoint celui du Papa d’Elle, vos partages me rassurent un peu :) Je reconnais que se priver totalement du web n’est pas une solution et serait même dingue, comme tu le soulignes – c’est beaucoup trop extrême. Tu décris justement le problème que bon nombre d’entre nous avons du mal à résoudre, c’est-à-dire trouver un équilibre. Je passe plus de dix heures par jour devant un écran, parfois 6 à 7 jours sur 7, et même si je n’ai pas l’impression de délaisser les autres domaines de ma vie, je ne peux m’empêcher de me demander si c’est très sain…

  5. Internet, à chaque nouveau déménagement ne pas avoir de connexion pendant des jours c’est l’angoisse, c’est l’ennui puis c’est surtout faire face à sa propre dépendance et se dire « Merde, je suis accro! ».

    En faite il suffit d’en être couper pour se rendre compte que l’on est pas aussi indépendant que l’on croit mais je crois qu’il ne faut pas en culpabiliser finalement. Après tout internet fait partie de nos vies quotidiennes, à la fois ça nous facilite le quotidien mais d’autre fois on te laisse pas d’autres choix que de passer par là pour pouvoir faire certaines choses (acheter certains produits, faire ses vœux pour ses études supérieurs, etc.).

    Je pense que simplement il ne faut plus culpabiliser sur le fait qu’on a du mal à s’occuper ou vivre sans mais apprendre à vivre avec internet modérément. Par exemple en ce moment j’ai coupé Facebook (qui ne me manque pas vraiment) et Twitter (qui me manque souvent) car j’étais en train de faire une overdose -j’utilise ce mot je l’ai vu dans les précédents commentaires et c’est ça-. Le monde social d’internet me bouffe le moral la plupart du temps, cela s’applique à moi mais pas forcément à un autre. Mon problème à moi c’est qu’il faut simplement que j’aille moins sur internet pour combler le fait que je ne fais pas grand chose, que je m’ennui et ainsi jouer à l’autruche.

    Je pense que tu n’as pas à te sentir malhonnête parce que tu te rends compte à quel point tu te sens « dysfonctionnelle » comme tu le dis sans. Je pense juste qu’il ne faut pas être dans la spirale du trop connecté au point simplement de ne pas se sentir bien.

    Une fois que tu auras de nouveau internet, si tu le veux, tu peux simplement passer un petit peu moins de temps derrière le web et ton pc pour te consacrer peut être aux autres choses dans ta liste sans avoir besoin de déconnexion forcé :)

    • Je me souviens de ton post sur l’éloignement des réseaux sociaux et j’ai pas mal pensé à toi sur ces deux derniers articles. En fait je suis surtout très surprise de constater à quel point, pour beaucoup de personnes, Internet est source de mal-être, de baisse de moral, de saturation – ce qui explique le besoin de prise de distance – alors que pour moi c’est tout l’inverse. Depuis hier, Internet est revenu à la maison et j’ai immédiatement replongé dans mon utilisation habituelle. Mais peut-être que cette coupure aura au moins eu le mérite de me faire soulever quelques questions… Comme tu le précises bien, au final, à moi d’en tirer mes propres conclusions.

  6. Comme il a déjà été dit, tant que ça ne te coupe pas d’autres contacts, où est le souci ? Et le fait de te poser la question fait déjà beaucoup ;-)
    Je pense que ce sont des passages dans la vie. Des projets chassent les autres et ainsi de suite. Et un jour on regarde derrière en disant « Ah ouais, on faisait comme ça avant » sans forcément de regret ou de nostalgie.

    • Plusieurs d’entre vous me font part de cette sensation que ce sont des vagues de vie. Je ne sais pas si c’est parce que la mienne n’est pas assez avancée, mais je ne crois pas qu’un jour mon utilisation du web s’amoindrira et que je n’aurai plus à me poser ces questions. Je me sens un peu naïve à me dire cela, mais je n’envisage pas me sentir bien dans un autre mode de vie que celui-ci, et c’est peut-être ici la réponse la plus simple que je peux donner à tout ce débat.

  7. Suite à des problèmes de fibre (et de flemmingïte aiguë), je suis sans fournisseur d’accès depuis que j’ai emménagé dans mon studio il y a un an, et je plaque encore des accords d’organiste maléfique sur mon ordinateur quand il ne détecte pas le FreeWifi ou que le téléphone, en relai 3G, ne capte plus rien. Vouloir se passer d’Internet me semble aujourd’hui aussi saugrenu que de vouloir se passer d’électricité. Certes, on pourrait faire autrement, s’éclairer à la bougie, cuisiner au gaz, mais personnellement, je ne me sens pas une vocation d’Amish… La dépendance me semble moins devoir être comprise en terme d’addiction que de contrainte (matérielle) et d’interdépendance (sociale).

    Mon seul regret est inverse : c’est de ne pas pouvoir passer physiquement autant de temps que je le voudrais à utiliser un ordinateur relié à Internet – notamment pour écrire. Étant donné que je suis réticente à raturer, j’ai un style déplorable lorsque j’écris sur papier ; sans compter que ma pensée, lassée d’attendre que ma main la rejoigne, se dédouble et produit une réflexion sur ce que je suis en train d’écrire (rien de tel pour se couper soi-même la chique). Mais les yeux qui tirent et la tendinite qui se réveille…

    • Ta description de ta situation m’a fait bien rire, du coup j’ai du me passer ce morceau qui a généré dans mon imaginaire un portrait de toi devant ton ordinateur des plus épiques. Je crois que même en pleine crise de feignasserie incommensurable je n’arriverais pas à me résigner, quitte à faire un sitting chez mon fournisseur d’accès pour être reconnectée comme il se doit… Bien que, on doit se faire à la situation et retrouver un semblant d’équilibre une fois une certaine période de désintoxication passée, non ?

      Ta réflexion sur l’écriture m’intéresse beaucoup, puisque j’ai des considérations opposées : comme je le développais dans mon article sur l’écriture automatique, le manuscrit me soulage en me permettant de poser mes idées et m’autoriser à accepter l’erreur, là où le clavier me fait parfois aller bien trop vite et me détourne l’attention en me permettant une édition infinie. Ceci dit je comprends tout à fait que dans une optique NaNoWriMo, l’ordinateur soit bien plus adapté ! J’espère que cette contrainte te pèsera moins à l’issue de ce mois ;)

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *