Qu’en est-il d’Instagram ?

Chaque réseau social auquel je suis inscrite remplit un rôle bien précis dans mon identité virtuelle. Tumblr déroule le paysage en constante évolution de mes inspirations esthétiques, affinant mes goûts artistiques et enrichissant mon univers visuel d’images qui me correspondent. Twitter me permet de partager mes découvertes quotidiennes du web et de brefs états d’âme, croisés avec des discussions entre proches amis de la Toile et parfaits inconnus (certains de ces derniers devenant d’ailleurs membres intégrants de cette première catégorie au fil des tweets). Facebook est sans doute le réseau social que j’utilise le moins, m’en servant principalement pour prendre des nouvelles des personnes de mon entourage auxquelles je ne souhaite pas (encore) introduire Eliness. Au final, la seule plateforme que j’ai toujours du mal à appréhender, c’est Instagram.

Eliness - Instagram

Ce partage de photos instantanées prises par smartphone trouble les frontières entre réalité banale et lassante du quotidien, et sa projection retouchée et interprétée sur le web. Sa rapidité d’utilisation et facilité de partage permettent une autovalorisation en ligne à moindre coût. On capture un instant vécu, on y claque un filtre et quelques effets de lumière, et on peut partager au monde entier la sublimation du moment présent, avec le cadrage et la transcendance esthétique qu’on choisit, décrochant de ce fait forcément de la réalité. Ce travail de développement dans un temps très court permet d’accéder à une sensation de bien-être instantané, la même que celle que je vis lorsque je publie un article qui me satisfait. J’y retrouve d’ailleurs certains aspects de la démarche que j’ai avec ce blog, y raffinant certains moments vécus pour les conserver, mais d’une façon bien plus immédiate. Ce processus permet de ciseler la réalité à son image, et nous donne une injection de confiance en soi : On se sent bien, lorsqu’on aime l’image qu’on renvoie.

Eliness - Instagram

C’est justement ce fix artificiel d’autopromotion qu’on reproche de plus en plus à Instagram. J’ai lu et entendu beaucoup d’avis négatifs à ce sujet, notamment sur la vanité dangereuse qu’une telle pratique engendrerait. Les selfies et autres morceaux choisis de vie seraient vains, égocentriques, narcissiques et totalement vides de sens. Il y a quelques mois, Aleks a très justement partagé son opinion et ses inquiétudes sur cette pratique. Je vous invite à lire son article et les commentaires qui en résultent afin de saisir un peu mieux de quoi il retourne. Anna Akana vient de publier une vidéo sur sa peur de devenir narcissique à cause de ce réseau social, et Peet m’a beaucoup fait rire avec ses selfies poussés à l’extrême afin d’illustrer l’absurde d’une telle démarche.

Je n’arrive pas à figer mon avis sur Instagram, ne sachant comment utiliser cette plateforme sans tomber dans ce piège narcissique que tout le monde semble accuser, tout en aimant toutefois l’accessibilité d’un processus qui ne me demande pas autant de travail que de rédiger un article pour ce blog. Chaque nouvelle image que je publie me permet un partage rapide et filtré, mais me donne une sensation d’inachevé, de travail bâclé : photo de basse qualité, composition dégueulasse rattrapée par un filtre préconfiguré, petit commentaire bref sans aucune profondeur. J’aime la rapidité de l’instantané, je déteste la réduction drastique de qualité de contenu qu’il impose.

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C’est cet été lors de notre première rencontre que V. Raven a totalement explosé la vision que j’avais d’Instagram en me partageant la sienne, que je n’ai jamais envisagée ni lue chez qui que ce soit. Mettant de côté toutes ces considérations, elle m’a exposé son utilisation de la plateforme comme un bac à sable photographique. Intéressée par cet art mais sans accès au matériel approprié, elle se contente de son smartphone comme appareil photo, pensant à très juste titre qu’il lui permet déjà très simplement d’apprendre à maîtriser la composition, le cadrage, la lumière, ce sans aucun coût. Son compte Instagram lui permet de prendre au moins un cliché par jour, contrainte qu’elle s’est fixée pour « entraîner l’œil », comme elle le présente si joliment. L’idée, c’est d’acquérir les bases de la photographie et de se forcer chaque jour à trouver un sujet digne d’intérêt, pour s’entraîner à la capture d’images de façon tout à fait accessible.

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Étant moi-même en perpétuelle remise en question photographique et en manque cruel de pratique dans le domaine, cet exercice m’a paru tout bonnement idéal, et je me suis empressée de le mettre en pratique le soir même. Chaque jour suivant, j’essayais de trouver un élément digne d’intérêt à prendre en photo, transformant mon fil Instagram en « 365 project ». L’expérience m’a permis d’accorder bien plus d’importance aux petits détails de mon quotidien, et m’a appris à mieux observer l’environnement qui m’entoure. J’affûtais mon regard, me surprenant à avoir de plus en plus facilement le réflexe de considérer ce que je voyais sous un angle photographique, là où auparavant je n’y accordais aucune espèce d’importance.

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J’ai tenu quelques semaines à ce rythme, jusqu’au moment où j’ai réalisé que cette pratique générait en moi un stress constant. J’arrivais à court de sujet et d’idées, chaque journée se répétant, j’avais de plus en plus de mal à trouver une image digne d’intérêt. Je me creusais la tête, angoissant de ne rien trouver à publier au fur et à mesure que mes journées avançaient, tombant dans une obsession malsaine : j’observais le moindre objet avec angoisse en quête d’un Graal visuel que je pourrais utiliser. Mon quotidien n’est pas à ce point valorisable en images, et la pression de le sublimer de façon aussi intense était trop grande. C’est un après-midi partagé avec Aleks que j’ai décidé de capituler : discutant avec elle de façon plutôt enthousiaste au sujet d’Instagram, ses points positifs et négatifs, elle m’a demandé si j’avais déjà capturé ma photo de la journée. J’ai alors réalisé que non, je n’en avais pas l’envie. Je partageais un moment entre amis que je n’avais nullement envie de capturer, filtrer, sublimer. Je souhaitais le vivre, tout simplement.

Eliness - Instagram

Ces différentes visions d’Instagram ne m’ont toujours pas permis de fixer mon opinion, et je suis très loin d’avoir fait le tour de tous les débats que cette pratique engendre – je n’ai par exemple pas du tout parlé de la jalousie, la surconsommation ou la superficialité qu’elle peut induire. Je ne suis pas véhémente à dénoncer les méfaits qu’elle causerait sur notre vision de nous-mêmes et du monde, tout comme je ne suis pas convaincue de ses bienfaits et de l’absence d’obsessions malsaines qu’elle engendrerait. En rédigeant cet article afin de rassembler mes idées sur ce sujet, j’ai surtout réalisé une chose : il ne tenait qu’à moi de décider de la façon dont j’utiliserais et considérerais cette plateforme, voire de m’en désintéresser complètement si elle ne m’apportait rien.

Eliness - Instagram

Pour l’heure, je vais poursuivre mon utilisation d’Instagram comme un travail photo léger, insouciant et facilement accessible : j’aime cette facilité de capture et cette immortalisation du quotidien. Je vais toutefois essayer de ne pas tomber dans l’obsession de la sur-esthétisation et la pression de publier de façon récurrente. Il faut simplement que je trouve un équilibre d’utilisation comme je l’ai déjà fait pour d’autres plateformes. Et peut-être plus important encore, il me suffit de n’y accorder pas plus d’importance que ce que je suis prête à en donner.

J’accepte ma part de Dorian Gray à composer un selfie où je me trouve jolie, ou à bien cadrer certains moments filtrés de ma vie. Cela ne m’empêche pas pour autant de déconnecter et profiter des jours tels que celui-ci où je finis d’écrire ces mots : cheveux gras non maquillée en tenue dépareillée suite à un weekend de glande intersidérale sans rien digne d’intérêt à partager en images. J’aime tout autant l’intimité de mon côté The Dude, qui conclura bien mieux que moi avec l’attitude de détachement que j’espère adopter dans ma nouvelle relation avec Instagram.

23 commentaires

  1. Intéressant de suivre le cheminement de ta réflexion et de ta pratique sur ce sujet, que je vois comme une boule de flipper qui va et vient en fonction de certaines humeurs et de certaines rencontres !

    Pour ma part, j’ai fait le défi 365 pendant plus d’un an, mais j’ai décidé d’arrêter il y a quelques mois. Sur le moment, j’avais la même approche que V. Raven : c’était un exercice photographique et, même, je dirais, émotionnel puisqu’il fallait choisir chaque jour quelque chose dont je souhaitais me souvenir et que je souhaitais partager (puisque, outre Instagram, je publiais aussi chaque photo sur mon blog sous forme d’un billet mensuel récapitulatif).

    Quand je vois le résultat, je trouve que ça valait vraiment la peine de me creuser les méninges, même les jours où je n’étais pas spécialement inspirée et où je ne faisais rien de spécial (quand tu sors, quand tu voyages, c’est beaucoup plus facile ; mais photographier la routine, voilà le vrai défi !).

    Ce qui était intéressant, c’est que ça coïncidait avec un moment important dans ma vie : mon changement de région, de routine professionnelle, de collègues, d’endroits. Bref, je pense que ça a servi à documenter tout ça, un peu comme un album photo.

    Une fois tout cela passé, j’ai vite tourné en rond. Je continue à partager des photos sur Instagram, mais je ne me force plus à en poster une par jour. Si j’ai, tant mieux, si je n’ai pas tant pis. Et si je ne poste rien pendant N jours, tant pis aussi.

    Se poser un défi créatif est toujours une bonne chose, mais il faut que ça soit bien délimité dans le temps – sinon ça n’est plus un défi, ça devient une corvée. À partir du moment où un truc ne t’amuse plus, même si c’est un truc dont tu as décidé toute seule, je suis d’avis de l’arrêter, sans regret !

    D’autant qu’il y a plein d’autres manières d’exercer sa créativité. Maintenant, c’est vrai que la photo tient une place prédominante dans les usages du web aujourd’hui. Ce n’est pas anodin.

    Le dernier truc qui m’a poussée à arrêter de me mettre la pression à ce sujet, c’est le côté potentiellement narcissique de la chose. Mais je suis tiraillée sur le sujet. À partir du moment où l’on prend la parole à titre personnel sur le web, tombe-t-on forcément dans le narcissisme ? Je ne pense pas. Tout dépend de ce que l’on publie, de l’intention et de la forme.

    Sur Instagram, c’est un peu pareil. Il faut trouver un équilibre en la représentation de soi (soi-même, où l’on vit, ce que l’on mange, ce qu’on achète, les êtres que l’on fréquente) et le monde extérieur, qui à mon avis sera toujours plus universel que notre petit nombril. Bref, comme d’hab, c’est un équilibre à trouver, et c’est cette tension qui est intéressante, je pense.

    /logorrhée

    • Je fourmillais d’idées hier soir en rédigeant cet article et j’ai du me forcer à me restreindre à partager mon expérience personnelle, voyant l’heure tourner et les mots s’accumuler bien plus que de raison. J’espérais du coup que les interventions en commentaires pourraient compléter mon propos en ouvrant la discussion, ce que tu fais à merveille : ta logorrhée est ainsi plus que bienvenue !

      Je me souviens être admirative de ta performance du 365, et m’être demandée comment il était possible que tant de personnes trouvent un sujet digne d’intérêt par jour, ce pour quoi je galérais énormément. Au final lorsqu’on suit ces projets sur le long terme, on décèle rapidement une redondance et banalisation des images de par leur publication fréquente contrainte. J’aime ta vision de ce projet comme d’un exercice, je réalise l’avoir appréhendé ainsi : une action contrainte limitée dans le temps dont on tire des leçons positives comme négatives une fois qu’on en a fait le tour.

      Ta réflexion sur le narcissisme de notre exposition sur le web me parle car j’ai eu le même cheminement de pensée : je me sentais hypocrite de dénoncer le narcissisme induit par Instagram là où finalement je m’y adonnais sur mon blog, même si la forme et la démarche étaient différentes. La ligne est fine entre partage et exposition, tenir un blog tient souvent du mélange des deux.

      Je te rejoins tout à fait sur la conclusion que c’est avant tout une question d’intention et d’équilibre à trouver. L’essentiel est de se sentir intègre dans sa démarche, quelle qu’elle soit !

  2. Aleks Crément

    J’aime beaucoup le fait de découvrir ton article sans qu’il y ait d’avis tranché sur le sujet mais en découvrant tes plaisirs et tes déceptions au fil de ta réflexion sur le domaine, c’est plaisant et il n’y a aucune forme de jugement dans ton ton!

    On a déjà ratissé pas mal le sujet de long en large donc je ne vais pas revenir sur mon opinion sur le sujet mais sur quelques petites réflexions qui me laissent parfois un peu perplexes.

    – J’ai l’impression que quasiment toutes les plateformes que tu évoques et leur utilité peuvent être regroupées en une : celle-ci, et que l’on devient tous de plus en plus fainéants pour développer décemment nos centres d’intérêt, nos inspirations, nos autoportraits alors on choisit des choses à reblogguer ou à liker plutôt que d’en parler proprement. On se disperse de plus en plus et le brouillard s’étend.

    – J’émets aussi quelques doutes sur « Instagram, la photo à zéro coût », tous les smartphones de mes collègues ont coûté plus cher que mon appareil photo. Alors je ne sais pas si c’est de la désinformation ou de la capitulation, mais de mon côté je trouve l’argument un peu bancal.

    J’ai besoin de sortir cet article sur la culpabilité alors je crois que je vais prendre le relais à partir de celui-ci :)

    • J’ai adoré avoir ton point de vue au fil de nos discussions qui m’ont aidée à essayer de fixer mon opinion (comme tu le lis ce n’est pas encore tout à fait gagné), surtout que tu m’as partagé la tienne sans avoir cherché à me l’imposer. Ça me fait plaisir du coup que tu aies remarqué que j’ai essayé d’avoir la même démarche par cet article :)

      Pour en venir à tes deux réflexions perplexes complémentaires :

      – Je suis persuadée que la majorité des personnes actives sur ces plateformes n’auraient tout bonnement rien réalisé par ailleurs si elles n’avaient pas accès à des méthodes de partage plus simplifiées et prémâchées. Ce que tu me disais sur le regret d’une qualité photo déplorable, d’un travail bâclé et d’une réflexion réduite me travaille assez, aussi je peux comprendre qu’on puisse considérer cette accessibilité comme une bonne et une mauvaise chose. J’essaye pour ma part de ne pas trop réfléchir à ce que font les autres, et à avant tout me concentrer sur ma propre utilisation. J’essaie d’être intègre, de créer une harmonie qui me corresponde entre les différentes plateformes sans qu’elle soit au détriment du blog, et je me contente de cette considération restreinte à ma propre personne. En l’occurrence, je n’ai pas l’impression de me disperser pour le moment, donc tout va bien !

      – Je ne suis pas d’accord pour l’argument financier qu’un smartphone est plus onéreux qu’un appareil photo. En cumulant boitier, batteries, objectifs, trépied et autres accessoires la somme est quand même peu négligeable – sans compter le fait qu’il faut se trimballer tout ceci là où le smartphone tient dans la poche. Surtout, le smartphone est polyvalent et permet plein d’autres actions (lire ses mails, parcourir le web, jouer, …) là où l’appareil photo n’a qu’une application. Donc le prix par utilisation n’est pas à calculer de la même manière, je pense. Ta remarque me fait réaliser que je n’ai pas éclairci ce point : je ne parle pas seulement de coût financer, mais aussi d’investissement en temps, en apprentissage et en énergie. Il est bien plus accessible de se lancer dans une galerie Instagram plutôt que dans de la photographie avec un grand p. Donc tout ceci mis bout à bout, je comprends que quelqu’un qui débute se contente d’un smartphone dans un premier temps – même s’il en rencontrera très vite les limites.

      • Aleks Crément

        L’accessibilité dont tu parles me pose un problème dans le sens où la photographie n’a pas d’accès à la profession et que n’importe qui peut être engagé pour faire n’importe quoi dans ce domaine… J’ai souvent mal au coeur quand je parle à des personnes qui ont fait cinq ans d’étude dans le domaine, obtenu leur diplôme de photographie et constatent qu’on engage n’importe que des incapables prennent leur place. Je le constate au quotidien dans mon travail, on m’envoie des photos à mettre en page prises avec un téléphone portable et on demande à une graphiste de pondre le code d’un site web en une semaine. C’est chier sur les professions artistiques au quotidien et je n’arrive pas à en décolérer.

        Je n’arrive pas non plus à me réjouir de la centralisation que tu évoques, avec ces « téléphones tout en un » dans 50 ans on aura plus qu’un seul écran dans notre salon et ce sera un mix entre 1984 et Equilibrium, on passera des vrais livres en papier sous le manteau et on postera un selfie tous les matins avec l’écran incorporé dans nos murs. Cette mentalité est en train de tuer absolument tout, on aura bientôt plus d’appareil photo parce qu’on aura un iphone, plus de dvds et de cds parce qu’on aura un iphone, et puis qui sait plus de micro-ondes parce qu’on aura un iphone, plus d’amoureux en chair et en os parce qu’on aura un iphone, faisant de Spike Jonze aussi un visionnaire.

        Plus personne n’a de passion, parce que plus personne ne veut investir dans rien et veut tout gratuitement. C’est l’accès à tout pour tout le monde et on est en train de perdre ce qui nous différenciait en tant qu’êtres humains. Il fût une époque où je me disais « cinéphile », j’économisais tout mon argent de poche pour aller me louer des films. Mon voisin préférait mettre ses sous dans des jeux vidéos, et celui d’à côté dans sa collection de cds, tandis que mon autre voisine s’achetait plutôt des livres. Tout ça c’est fini, puisqu’il n’y a plus d’investissement et que tout est à disposition du moindre clic. Alors oui c’est la culture pour chacun et surtout la boulimie pour tous, les cinéphiles d’aujourd’hui ne savent plus rester en place devant 2 h de film et s’auto-proclament binge-watcher.

        Quant au coût de la photographie, je n’ai pas vraiment envie de m’éterniser là-dessus et devoir faire une démonstration par a+b, mais les magasins photos reprennent mon ancien boîtier Canon à…100 euros. Je n’ai shooté qu’avec du 50 mm pendant des années, une des optiques les moins chères sur le marché, mon total en seconde main en est à la moitié de celui de l’Iphone 6S de mon collègue.

        Mais je ne pense pas que le problème est vraiment là, je crois que c’est surtout cette facilité que tu évoques et qu’honnêtement j’exècre. Le « c’est plus facile comme ça » me fend complètement le coeur et nous fait foncer droit dans l’Idiocracie et dans une génération d’assistés. La culture va crever parce que c’est plus facile de la télécharger, la cuisine va mourir aussi parce que c’est plus facile de mettre des barquettes au micro-ondes, les appareils photos vont disparaître parce que c’est plus facile avec son téléphone, et les blogs n’auront plus d’utilité non plus parce que c’est clairement plus facile de poster un selfie sur instagram que de taper quelques lignes.

        Et puis, qui sait, tu ne viendras plus commenter sur mon blog et tu ne m’enverras plus de mail, on ne se retrouvera plus jamais en face de flics de merde à Gand parce qu’à un moment donné manifestement, m’envoyer un message pour qu’on se voie deviendra aussi, un peu comme tout, beaucoup trop difficile…

        • Je lis tellement d’amertume, de déception, de tristesse et de rage dans ton commentaire que je ne sais absolument pas comment y répondre, pour être honnête. Tu as sans doute raison sur beaucoup de ces points, et je réalise de façon un peu coupable qu’ils ne me touchent pas autant, ou tout du moins que je ne les laisse pas autant me bouffer qu’ils semblent t’affecter. Je suis convaincue qu’on se dirige tous droit dans le mur, qu’Idiocracy n’est pas si caricatural que ça, et j’y suis intégralement résignée. Pire encore, je suis incroyablement soulagée de vivre à cette époque précise et de ne pas connaître l’état des générations qui nous suivront, étant persuadée que ça n’ira que de mal en pis. Je m’enferme donc dans ma petite bulle avec mon casque et mes œillères – c’est facile pour moi, puisque pour reprendre ton exemple des professions artistiques, cela ne m’affecte pas directement. Je peux donc fermer les yeux, en ayant pleinement conscience de la lâcheté de mon attitude.

          J’ai toujours eu des réflexions extrêmement égoïstes pour me protéger de ce genre de considérations car sinon je pense qu’elles m’écraseraient sous leur poids. Je me concentre avant tout sur mon propre ressenti et mes valeurs personnelles en ne prenant absolument pas en compte les tendances globales telles que celles que tu décris, et dont j’ai la naïveté de penser me préserver un peu. Tu as une vision globale tristement juste, et je m’enferme lâchement dans ma propre vision personnelle pour ne pas la laisser m’affecter – je n’ai pas trouvé meilleur moyen de m’en protéger. Cela me permet l’espoir de me dire que tout ceci ne m’empêchera pas de continuer à te balancer des mails qui font des kilomètres de long, de passer beaucoup trop de temps à créer des choses pour ce blog, ou de venir te voir malgré tous les flics véreux de Belgique.

  3. Αλέξανδρος

    Merci pour cet article qui offre une fois de plus une piste intéressante, une réflexion du lundi matin qui m’empêche d’endormir mes neurones fatigués par la semaine qui débute.

    Je me souviens de cet article d’Aleks, où elle exprimait des craintes que je partageais, sachant qu’une grande partie de ces réseaux sociaux poussent involontairement à nous comparer à des personnes qui ne nous interpelleraient probablement pas dans la rue, ou dans un contexte autre. Mon avis n’a pas évolué et même si j’ai un compte instagram j’ai un grand mal à y poster régulièrement, car je ne suis pas très spontané et j’ai souvent peur de parler pour ne rien dire.

    En revanche j’aime beaucoup l’approche de V. Raven bien qu’elle puisse être chronophage ou provoquer du stress comme tu l’expliques. Je pense que pour ce qui est d’Instagram il faut éviter de s’arracher les cheveux dessus, poster quand on sent que l’on a quelque chose d’intéressant, amusant, ou personnel que l’on veut partager, et se fixer des défis sans se sentir nul si on ne réussit pas à les réaliser.

    Haha, mon copain m’appelle The Dude pour mon côté « laisse tomber ce n’est pas grave, tu verras bien » qui semble être mon credo depuis un bail. Dans le doute, toujours écouter le bonhomme.

    J’espère en tout cas que ta nouvelle approche d’Instagram te sera bénéfique et te permettras d’expérimenter tout en trouvant un certain apaisement.

    • Lorsqu’un sujet commence à m’obséder un peu trop, j’essaie toujours d’avoir le point de vue « The Dude » que tu décris très bien : prendre conscience que finalement, le sujet n’a d’importance que si j’accorde que cette importance est légitime – ce qui, j’ai réalisé pour ma part, n’est pas le cas dans mon rapport à Instagram. C’est un processus de détachement essentiel surtout lorsqu’on évolue dans le milieu du web, et je me sens bien mieux depuis que j’apprends à me dire « hey, c’est toi qui tiens les rênes alors ne laisse pas tes pensées s’emballer ! ». Cela ne veut pas dire de foncer dans tout ce qui passe à l’aveugle, il est indispensable de passer par une phase d’expérimentation et de réflexion pour aboutir à une telle relativisation, et c’est ce que justement je souhaitais mettre en évidence dans cet article.

      Tu indiques avoir du mal à poster régulièrement sur ton compte Instagram, et cela semble te déranger et t’imposer une certaine pression, cette crainte de l’insignifiance – pourquoi du coup possèdes-tu toujours ce compte qui semble ne pas te convenir ? Tu as tout à fait le droit de te dire que cette plateforme ne te plait pas et te tourner vers d’autres réseaux – ou aucun, même ! Il est facile de se dire actuellement qu’on doit tous avoir un compte twitter/pinterest/tumblr/instagram et j’en passe – en réalité je trouve essentiel de se rappeler qu’on n’est sujet à aucune obligation, et qu’on n’est pas une personne moins complète si on lève un peu le pied par rapport à tout ça.

  4. Je ne vais pas me prononcer sur le côté narcissiste d’instagram parce que pour être honnête je ne me sens pas concernée. Ou plutôt ce n’est vraiment pas quelque chose qui m’inquiète. C’est clair que j’ai des élans de narcissisme quand je poste une selfie dont je suis trop fière, mais je ne me fais pas d’illusion : derrière cette photo il y en a 20 ou 50 que je ne montrerais même pas à mon chat. Du coup garder les pieds sur terre n’est pas un problème pour moi, et j’avoue que j’ai du mal à comprendre le besoin de se questionner incessamment à ce sujet. (peut-être que malgré moi je suis trop superficielle ^^)

    J’ai justement ouvert mon compte instagram pour commencer un projet 365. A l’époque j’avais un téléphone qui faisait des photos moisies d’ailleurs, mais ça ne m’empêchait pas de faire de mon mieux pour capturer LE moment. Et l’expression de bac à sable photographique résume parfaitement mon utilisation de la plateforme. Même si ça me saoulait parfois de devoir me creuser la tête pour trouver chaque jour quelque chose qui rendrait bien en photo (ou pas, en les revoyant plus tard ^^) je suis bien contente de l’avoir fait parce que pour quasiment chaque photo je suis capable de me souvenir d’un bout de la journée correspondante et je trouve ça génial. C’est d’ailleurs pour cette raison que je m’y suis remise cette année, en plus de l’entrainement en vue du jour où je me procurerais du matériel photographique digne de ce nom ;)

    • Tu me donnes l’idée d’un « projet selfie » où pour chaque selfie posté, les gens assumeraient de publier toutes les prises ratées qui y sont associées. Ça nous permettrait de sacrément relativiser :)

      Je ne sais pas combien de fois je me suis exclamée en voyant tes photos du quotidien « Je ne sais pas comment elle fait depuis si longtemps, ça m’aurait rendue dingue ! », aussi je te tire mon chapeau de toujours avoir cette motivation et d’entretenir ton fil que je suis toujours avec intérêt d’autant plus que je sais désormais l’endurance que ça demande et que je n’ai pas eue !

  5. Je fais partie des rares personnes qui n’ont pas de smartphone. Et oui ! ça existe encore ! ^^ C’est un choix assumé…j’ai un petit nokia pas cher du tout du tout car je trouve ça abusé de mettre beaucoup d’argent dans un téléphone.

    Je passe déjà beaucoup de temps sur l’ordi (pour le boulot et sur mon temps perso) donc je ne vois pas l’intérêt d’avoir un smartphone pour consulter mes mails, mon profil facebook et le reste… tout cela peut attendre que je rentre à la maison quand je n’y suis pas.

    Tout ça pour dire que je n’ai pas de compte instagram et ne risque pas d’en avoir un avant un petit moment. Mais je vois cette plateforme comme un moyen sympa d’immortaliser les bons moments de son quotidien ou de ses voyages. Une petite image en dit parfois beaucoup sur une journée, un sentiment…

    Quand je traine sur les comptes instagram des autres, parfois je suis un peu jalouse car je me dit que leur vie est plus cool que la mienne (notamment quand je suis vautrée dans mon canapé un samedi soir alors que des connaissances boivent des mojitos à Barcelone ^^) mais je relativise… ! :)

    • Une des grosses critiques que j’entends au sujet d’Instagram est la jalousie que cette plateforme génère : on voit passer dans son fil des images de gens qu’on envie énormément et ça finit par nous bouffer car on se sent sans cesse autojugé et rabaissé de ne pas avoir de vie aussi belle. Là encore, je n’ai jamais vraiment eu ce ressenti car je sais que chaque photo est soigneusement sélectionnée et décontextualisée – sans aucune idée de ce que vit une personne ou de ce qui l’entoure réellement (j’aime par exemple beaucoup la série de Chompoo Baritone qui y fait réfléchir de façon candide). Même en mettant de côté cette considération, je tiens à ce que les gens que je suis sur Instagram me tirent tous vers le haut – si un fil me plombe, il ne tient qu’à moi de m’en désinscrire.

      Tu es une héroïne de ne pas avoir succombé à l’appel du smartphone et à la connexion 24/7, en tant qu’addict complète je suis admirative !

  6. Je suis admirative que tu sois active sur autant de plateformes !

    Personnellement Facebook me sort par les trous de nez à force de voir n’importe quoi passer sur mon fil d’actualités. Je n’ai jamais rien compris à Twitter (et c’est pas faute d’avoir essayé) et à vrai dire à Tumblr non plus…
    Le seul réseau social qui tienne la route à mon sens c’est justement Instagram. Parce qu’il y a une ligne directrice (les photos donc) et que c’est hyper simple tout en laissant beaucoup de libertés dans l’usage que tu en fais. Tu peux t’en servir comme d’une vitrine, d’un journal de bord, d’un album photo, d’un artbook… Tu peux prendre tes photos avec un reflex et étudier soigneusement la composition de tes photos, ou alors sortir ton smartphone à l’arrache.
    Le résultat est agréable à regarder et ça permet de voir en patchwork des morceaux de vie de personnes à l’autre bout du monde ou à l’autre bout de la rue sans s’encombrer de trop de mots.
    Si je ne devais en garder qu’un ça serait celui là. (Mais bon si je n’avais pas la page Facebook du blog ça ferait bien longtemps que je n’y serais plus).

    Quant au défi 365, je n’ai pas tenté et je ne tenterai pas. J’aime bien poster une photo quand quelque chose me marque ou quand j’ai envie de partager un petit bout de vie, mais me forcer à dégoter une photo par jour me semble un peu trop contraignant. Par contre j’admire les gens qui y arrivent !! (je pense à toi Sempra ! ;) )

    • J’aime bien lire ta vision d’Instagram, ça fait du bien d’avoir aussi un avis positif parmi tous les débats que cette plateforme génère :)

      Je pense qu’il est chouette de tester différents réseaux sociaux afin d’évaluer ce qu’ils peuvent nous apporter chacune d’entre elles, puis de vraiment réfléchir à leur utilisation pour ne pas trop se disperser (c’est ainsi que j’ai vite laissé tomber Pinterest qui ne me convient pas). Personnellement toutes auxquelles je suis inscrite m’apportent quelque chose, mais je n’ai pas énormément de temps à y consacrer, j’accepte donc de ne pas être active sur toutes en même temps. Je ne m’impose aucune obligation de contenu ce qui me laisse la liberté d’y accéder et publier à loisir sans me sentir contrainte, tout en profitant des bénéfices que j’y trouve. La seule contrainte inébranlable que je tiens à respecter, c’est un article sur Hypo un lundi sur deux : cela me force à y concentrer mon attention car c’est pour moi la base fondamentale de ma présence virtuelle.

      Si tu veux je te parlerai un peu de Twitter ou de Tumblr, autant je peux comprendre que tu ne soies pas trop attachée au premier, autant le second a été une révélation pour moi une fois que j’ai saisi son principe et que j’ai commencé à beaucoup l’utiliser. Je reconnais, le site n’est pas évident à appréhender au départ, mais une fois que j’en ai pris le pli, il m’est devenue une source d’inspiration et d’émerveillement infinis !

  7. C’est amusant de lire cet article alors que je viens justement d’ouvrir un compte Instagram (mon ancien téléphone était trop vieux pour supporter l’application) et que je me demande encore comment l’utiliser – curieusement moins pour les photos que je poste moi que pour les comptes que je choisis de suivre. Il y a une appétence pour les photos extraordinaires (paysages, couchers de soleil et, pour la fan de danse que je suis, prouesses physiques…) qui, en nombre, finissent par devenir un peu trop banales – et le kitsch de nous guetter.
    Du coup, Instagram comme exercice photographique me semble être un expérience nécessairement limitée dans le temps ; moins parce que c’est épuisant, que parce que la logique des like nous incite à standardiser nos prises de vues (et un escalier en colimaçon, un !).
    Du coup bis, je préfère suivre des gens que je connais IRL ou URL, ou que j’aimerais apprendre à connaître, et voir dans les photos d’Instagram des témoignages de la vie quotidienne : non pas des créations originales, mais des clichés de carte postale, pour passer le bonjour et garder une trace. Un journal photographique, en somme. De le voir comme ça me permet de prendre de la distance par rapport à des photos que je voudrais toujours plus belles que je ne parviens à les prendre (par manque d’un bon appareil et de temps de formation – la danse et l’écriture, par exemple, sont des passions prioritaires), et de remettre au centre le partage : les photos, je les prends pour les montrer, tant pis si je ne peux pas en tirer une au format A4 pour l’accrocher (ce que je n’ai de toutes façons jamais fait).
    Autant Pinterest m’a vite lassée après une période d’épinglage compulsif (on épingle comme on exploserait du papier bulle, et c’est toujours la surenchère dans les images, qui en deviennent banales), autant je crois qu’Instagram va me plaire plus longtemps, parce que cela rompt avec l’attitude de passivité, incite à produire du contenu et que la dimension de réseau social est nettement plus présente – avec ses affects, il est vrai. J’ai été surprise d’entendre une amie m’expliquer que c’était vexant que je n’ai pas encore, au bout de quelques jours, liké ses photos…

    Petit aparté pour Aleks : je connais cette déception (mon père est photographe de formation), mais il y a toujours flux et reflux… Depuis que les smartphones permettent de toujours avoir de quoi prendre une photo sur soi, j’ai de plus en plus d’amis qui ont investi dans des appareils de qualité et font de bien plus belles choses que de simples photos souvenirs – des amateurs au sens noble du terme. Idem avec la cuisine : parce qu’il y a des plats préparés, cuisiner peut redevenir un plaisir, distinct de la corvée obligée, et on voit de plus en plus dans les foyers des plats et des desserts qu’on ne voyait jusqu’alors qu’au restaurant et chez le pâtissier…

    • J’aime énormément le fait que vous partagiez tous en commentaires vos propres façons de considérer cette plateforme ! Cela me convainc dans l’idée qu’il n’y a pas de vision standardisée contrairement à ce qu’on pourrait penser, et que chacun y cherche un retour bien différent. En l’occurrence, je trouve ton point de vue sur la priorité des activités très intéressant, et ça rejoint mon idée d’investissement en temps. Je ne sais toutefois toujours pas si c’est à déprécier, comme Aleks le partage à force de tout faire vite on fait tout mal, ou à encourager – cela permet à plein de gens de tester des activités auxquelles ils ne se seraient jamais mis par ailleurs. Ton commentaire étaye ce dernier point, ce qui enrichit le débat :)

  8. Juste un petit mot, sans grand rapport avec le sujet d’origine, pour dire que je partage entièrement les craintes et la colère d’Aleks, mais que c’est précisément de les lire ou de croiser des gens tels que toi Eliness, qui me permettent de garder espoir :)

  9. Je reste toujours questionnante quant à la pression que peuvent générer des réseaux sociaux. Personnellement, je les prends pour ce qu’ils sont, des passe-temps. Je garde contact avec un petit environnement, je me fais plaisir à lire ou regarder, je partage des petits bouts de vie dans une certaine mesure, sans une exposition trop personnelle.
    Alors oui, instagram c’est chouette parce que c’est facile et que ça rend de jolies photos, pour mon oeil à moi. Clairement, je n’ai pas de passion pour faire de la photo et je ne dépenserais pas pour en faire. Je ne pense pas faire d’ombre à qui que ce soit et c’est pas le but.
    Idem pour le fait de tenir un blog, je n’ai rien à y dire et pourtant j’aime beaucoup l’idée.
    Pour le goût d’inachevé que tout cela laisse, je comprends. Quand on s’applique à aller au bout des choses, on n’y trouve pas son compte. Pour autant, doit on obligatoirement s’investir en mode passionné ? J’avais des passions, pour lesquels j’ai laissé beaucoup de temps et d’argent. Aujourd’hui, j’ai une vie de couple,un boulot et un enfant en bas âge (comme beaucoup non ?!). Et tout ceci est extrêmement energivore et une priorité. Donc oui, je profite de l’instantané de ce qu’offre internet. Non pas que je sois une fénéante qui ne s’investit dans rien, mais simplement parce que j’ai un ordre de priorités qui s’est modifié.
    C’est vrai que quand on voit de jolies choses de toute part, on a envie d’essayer, d’y participer. À mon sens, pour que les réseaux sociaux n’en viennent pas à nous obséder, c’est justement en gardant une distance et en s’investissant dans autre chose qu’un écran. Je consomme internet à la va vite parce que je tiens à ne pas consommer le reste de mon temps et de ma vie.

    • Ton propos rejoint assez celui de la souris, et m’apporte beaucoup ! En effet mes relations webiennes sont principalement composées de personnes travaillant dans le milieu de l’art, de la création ou de l’informatique. Ça m’intéresse du coup énormément d’avoir le point de vue de personnes qui sont plus éloignées de ces domaines, pour qui ce type de supports permet tout de même de développer un petit peu un centre d’intérêt créatif sans qu’il ne devienne chronophage.

      Du peu que je connais de toi, j’ai pu observer ce détachement d’Internet au fil de ta vie et de ton changement de priorités. Cela me fascine, quelque part, car mon histoire et ma construction personnelle sont tellement intimement liés à Internet que j’en ai fait une fondation de ma vie : je me trouve ainsi à l’opposée de ce que tu décris, et ai donc forcément un comportement différent sur ce type de plateformes. On tombe souvent facilement dans la critique de la vanité de leur utilisation par rapport aux gens qui ont une « vraie » vie, argument que je me suis déjà prise violemment dans la gueule lorsque j’ai essayé de développer à quel point Internet était important pour moi. Difficile en effet de ne pas voir Instagram, Twitter ou tenir un blog comme finalement s’enfermer dans un monde virtuel bien loin de la « vraie » vie à construire. Je reste persuadée que les deux peuvent être complémentaires, et j’essaie de mener ma propre vie selon ce principe, mais je comprends d’autant plus en quoi on peut avoir un point de vue radicalement différent sur ces réseaux selon notre propre vécu et sens des priorités.

      • Tu te doutes bien que je ne dénigre en rien cette façon de vivre qu’est la tienne vu les rencontres que j’ai pu faire via internet.
        De mon côté, quand je lis/vois ce que d’autres font (sorties, voyages, art), je suis aussi admirative et envieuse parfois. C’est aussi pourquoi je ne ferais pas douze enfants ;-) Mais comme tu le dis, nos modes de vie ne sont pas à comparer ou à juger l’un par rapport à l’autre, ça n’a pas de sens.
        Le tout étant, pour l’un comme pour l’autre, d’arriver à faire le tri entre ce qui nous apporte et ce qui nous oppresse.

  10. En ce qui me concerne, Instagram est une petite lucarne sur le quotidien d’autrui, un peu comme un trou de serrure par lequel on me laisserait observer des miettes de vie et d’émotion. C’est pourquoi je ne suis que peu de personnes et que je nettoie mon feed régulièrement. Le risque est en effet de se laisser polluer par une bouillie d’images stéréotypées qui saoule plus qu’elle ne distrait. C’est dans cette optique de partage que je poste quelques bêtises de temps en temps. Humblement, je trouve que c’est une sorte de retour des choses : je regarde donc je montre un peu de moi aussi.

    J’ai suivi avec un grand intérêt la discussion qui s’est élaborée dans les commentaires et qui s’est élargie sur l’internet en général. J’ai juste envie d’ajouter ceci : Internet en général, Instagram, Pinterest et les blogs en premier lieu sont pour moi de merveilleux générateurs d’envie, d’enthousiasme et me relient sans cesse à ma créativité, et, indirectement, à une facette de moi. Pourquoi ? parce que je suis originaire d’un bled ou il y a plus de tracteur que d’habitants, où le Leclerc du coin ne vendait pas un seul cd potable et qu’Internet a été un immense vecteur de liberté et de découvertes.
    Qui dit Internet dit identité numérique et Fileuse est fondamentale pour moi. Ainsi, tant que je blogue et que je poste sous ce pseudo-là, je reste un peu la dingue à mèche rose et à robe bariolée qui errait sur les campus avec dix-huit livres dans son sac puisque je m’exprime sous son pseudo de l’époque… Puérile et illusoire ? Un peu oui, mais tant pis. Je pourrais bien sûr fermer mes comptes, me contenter d’être Bidule34, 28 ans, institutrice dans une ville de province, maman d’un petit garçon et propriétaire d’une Clio. C’est vrai aussi, mais ce ne serait pas totalement moi.
    Enfin, et c’est le plus important, les blogs et les réseaux sociaux me permettent d’une certaine façon de sortir de mon trou et d’échanger avec des personnes issues d’autres milieux professionnels avec une ouverture d’esprit et des expériences différentes et rien que ça, c’est précieux.

    • Ton premier paragraphe m’interpelle car il expose un processus qui est à mon sens fondamental dès lors qu’on s’inscrit sur ce type de plateforme : le tri sélectif qu’il faut faire régulièrement dans les flux qu’on choisit de suivre. Cet élagage pour moi est essentiel, il faut régulièrement remettre en question ce que nous apporte cette consommation et les différentes personnes qu’on suit pour ne pas s’y noyer.

      Tu sembles avoir un rapport au web similaire au mien, et j’ai aimé lire à quel point tu avais construit ton identité grâce à Internet. Je me demande souvent qui je serais si je n’avais jamais connu le web : je me suis tellement construite grâce à cette ouverture sur le monde extérieur comme tu le décris si bien… J’aimerais bien savoir si j’aurais évolué vers les mêmes valeurs et centres d’intérêt sans cela, ça m’intrigue beaucoup. Mais je n’aurai jamais réponse à cette question – il me subsiste comme toi cette conviction que je me sentirais bien moins riche intérieurement sans avoir eu accès à cette technologie.

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