Birdman – Lettre ouverte

Plus je regarde de films, plus il m’est difficile de tomber sur de véritables coups de cœur. Est-ce parce que je deviens plus difficile au fur et à mesure que j’enrichis mon expérience ? Je me laisse moins surprendre, je connais plus de recettes, les ficelles scénaristiques me sont plus familières, …

Et pourtant, c’est grâce à tout ce bagage cinématographique que j’ai pu apprécier Birdman à sa juste valeur. J’avais absolument envie de parler de ce film ici tant je l’ai aimé. Mais en parallèle, c’est aussi vers toi qui m’as initiée au cinéma que je voulais exprimer ces mots.

Affiche de Birdman

À l’époque où je confondais Sean Connery et Clint Eastwood, tu avais décidé de prendre ma culture ciné désespérante en main, et de m’en inculquer toutes les bases. Des saga Alien, Star Wars ou Indiana Jones vers des réalisateurs comme Tarantino : Au fil des mois nous avons puisé dans ta filmothèque tous les classiques qui donnaient à la cinéphile sommeillant en moi des fondations solides.

Tu m’avais fait aimer les films de losers grâce aux frères Cohen, je t’en propose ici un servi sur un plateau d’argent. Birdman, c’est Michael Keaton qui joue un acteur has been de films de super héros, décidant de reprendre sa carrière en main et de tout miser sur une pièce de théâtre qu’il va tenter de monter à Broadway. Je dis bien tenter…

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Je t’avoue être toujours aussi mauvaise physionomiste, je n’ai pas reconnu Michael Keaton, et me suis fendue d’un eureka illuminé en réalisant a posteriori l’ironie de son propre rôle. J’ai bien repéré Edward Norton par contre, jouant un des interprètes principaux de la pièce de théâtre, tout aussi brillant qu’il est insupportable. En le voyant bedonnant en slip prêt à dégommer un ex-Bat/Bird-man, je savais déjà que le film m’avait complètement conquise.

Birdman - Michael Keaton et Edward Norton

Retour en arrière. Ce que j’appréciais dans nos marathons de films, c’était le complément technique que tu y apportais. Par exemple, tu m’avais enseigné ce qu’était un plan-séquence grâce aux premières minutes de Snake Eyes : une scène qui ne s’arrête jamais, un plan unique sans montage ni coupure de plusieurs minutes, qui demande une chorégraphie minutieuse entre acteurs et équipe technique. Tu m’avais aussi appris à déceler dans cette scène les rares endroits où on pouvait repérer la supercherie : quelques plans rafistolés dans les zones d’ombre et les retards de caméra s’attardant une seconde de trop sur un détail.

Birdman - Emma Stone et Edward Norton

Lorsque j’ai commencé à regarder Birdman, j’ai aussitôt pensé à toi. La première scène durait sans aucune coupure. Cinq minutes. Dix minutes. Au bout d’un quart d’heure sans cut, je n’ai pu m’empêcher de m’exclamer « Mais on est toujours en plan-séquence, mais c’est GÉNIAL ! »

Tout le film se déroule en un seul plan. Tout. Le. Film. Du début à la fin, on bascule d’un personnage à l’autre, on passe dans la loge des acteurs, on sort dans Times Square, on retourne dans le théâtre, sur le devant de la scène, dans le public, avant de repasser en coulisses, toujours en un seul plan. J’arrivais grâce à toi à soupçonner certains instants de raccommodage, mais on n’y voit que du feu : techniquement, c’est impeccable, et franchement vertigineux.

Ce film est génial à tellement plus de niveaux encore. Les personnages naviguent de l’exubérance mégalomane au vide existentiel, les acteurs en font des tonnes mais toujours avec justesse, et certains passages surnaturels à renforts d’effets spéciaux ne font qu’accentuer le décalage croissant que ressent le personnage principal face à sa décrépitude.

Et je ne t’ai pas encore parlé d’Emma Stone, la fille ex-junkie désabusée dont le seul monologue suivant la confirme dans ma liste des actrices que j’aime le plus voir évoluer à l’écran ces derniers temps.

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Depuis l’année dernière s’installe chez moi la tradition de regarder la cérémonie des Oscars. J’ai jubilé en voyant celui de meilleur second rôle masculin attribué à JK Simmons, tellement incroyable dans Whiplash (qui mériterait un article à part entière, mais je tenais à le mentionner).

Je comprends totalement en quoi Birdman a remporté celui du meilleur film, et c’est quelque part grâce à toi que j’ai pu saisir en quoi il était si brillant. Alors, si ce n’est pas déjà fait, je te recommande fortement d’aller le voir au cinéma. Je suis sûre que tu vas l’adorer.

10 commentaires

  1. Ayant tout juste récemment découvert ce qu’est un plan séquence (dans un épisode de True Detective), tu m’as vraiment donné envie de voir ce film. Genre ils ont fait ça TOUT le long ? Mais c’est ouf !
    J’aimerais bien voir ce genre de tournage. Et si une personne se plante, j’imagine tellement tous les regards noirs qui convergent vers elle : « Okay, c’est pas grave, t’inquiète pas, on doit juste TOUT recommencer ! »

    • Pour le tournage, je sais que les scènes sont hyper répétées et chorégraphiées pour éviter justement toute boulette, mais ça doit imposer une sacrée pression tout de même ! Comme je l’écrivais, en réalité il y a quelques coupures masquées (par exemple, lors d’une transition intérieur/extérieur), mais on ne se doute de rien ! Je trouve ça du coup extrêmement immersif et très rythmé. Rien que pour cette prouesse, tu devrais apprécier le film :)

  2. Je comptais voir ce film dans la semaine, ton article achève de me convaincre. J’avais déjà suivi tes recommandations avec Whiplash (gros coup de poing dans la face), du coup c’est sans hésitation que je testerai Birdman.

    Merci de me donner envie d’approfondir ma culture cinéma !

  3. AbyssalChaos

    Bon je crois que je vais juste copier coller le commentaire du dessus, parce que c’est exactement ce que je venais dire !
    C’est aussi dans True Detective que j’ai découvert le plan séquence, j’étais scotchée. Je suis donc très très curieuse de voir ça sur un film tout entier ! (Et très motivée également par la présence d’Edward Norton d’amour).

  4. Hello ! Je viens de découvrir ton blog, j’aime beaucoup ta plume… et cette phrase « Je t’avoue être toujours aussi mauvaise physionomiste, je n’ai pas reconnu Michael Keaton, et me suis fendue d’un eureka illuminé en réalisant a posteriori l’ironie de son propre rôle » m’a rendue littéralement hilare.
    En tous cas, tu m’as donné envie d’aller voir Birdman !

    • Bienvenue par ici Anaïs, merci beaucoup pour tes compliments :) C’est chouette que mon article t’inspire à voir ce film, j’espère qu’il te plaira autant qu’à moi !

  5. Je suis un peu passée à côté de ce film (le sujet ne m’inspirait guère). J’essayerai de le voir, tes explications m’ont beaucoup intéressée !
    Je me retrouve un peu dans ce que tu dis, j’ai une culture cinématographique passablement lacunaire et je remédie à ce problème petit à petit. Ce qui me console c’est que mon homme s’y connait encore moins que moi (je ne complexe pas trop du coup).

    • Il ne faut pas complexer, au contraire, imagine la chance que tu as dans le choix de tellement de chouettes films que tu n’as pas encore vus ! J’aimerais parfois pouvoir repartir de zéro et en revoir plein comme si je ne les connaissais pas… Profite de la découverte :)

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