L’appartement

J’écris ces mots à l’avant de ma Twingo violette qui peine à grimper les pentes enneigées de routes de campagne, chargée à bloc pour ce dernier trajet à sens unique vers une nouvelle vie. K assure les derniers kilomètres au volant, et dans nos dos sont calés ordinateurs, plantes, et biens les plus précieux que nous tenions à garder avec nous pour le voyage.

Le camion de déménagement nous devance, rempli par la matérialisation de deux vies concentrées dans 78 cartons et de nombreux meubles en kit. Notre ancien foyer a été rendu dans un état sinon neuf, au moins neutre : nous avons effacé toutes les traces de notre existence Lilloise à grands coups d’aspirateur et bacs d’eau savonneuse. Le plus perturbant n’était pas tant de voir les pièces entièrement vides que de ne plus reconnaître l’odeur de mon foyer, aseptisé de fond en comble. À le parcourir une dernière fois, j’ai senti une ancre se lever : ici n’était plus chez moi.

Il y a trois mois, je parcourais désespérément les petites annonces Suisses à la recherche d’un nouveau pied à terre, faisant défiler indéfiniment les taudis mal retapés et les lofts luxueux totalement inaccessibles. Lorsque je suis tombée sur l’Appartement, je n’ai pas réfléchi à deux fois pour m’inscrire à la prochaine visite organisée. Rétrospectivement, je crois que j’avais déjà fait mon choix rien qu’en voyant l’annonce.

Je me suis retrouvée devant la porte d’entrée quelques jours plus tard en compagnie d’une dizaine d’autres personnes, tous armés de notre dossier complet à la main, tous animés par ce même espoir que cette visite serait la dernière. Nos regards se croisaient, jaugeant la concurrence, et en entrant dans la pièce principale nous avons tous eu la même pensée : nous allions devoir sacrément jouer des coudes pour sortir vainqueurs d’une telle compétition, dont l’enjeu était de taille. Pour ma part, mon intuition initiale s’est confirmée durant cette visite éclair : j’avais déjà trop d’attaches en cet endroit, je devais tout faire pour qu’il devienne mon nouveau chez-moi.

Il y avait le chat de la maison qui s’est roulé à mes pieds sitôt que j’en avais franchi le seuil. La forêt que je pourrais traverser les matins d’été pour aller travailler ; « du balcon, on voit parfois des chevreuils qui en sortent le soir ». Ces pièces immenses qui avaient été transformées en véritables cocons individuels. « Même en faisant la fête, on n’entend jamais rien des voisins. » Sur l’étagère du couloir, certains de mes livres préférés. L’ancienne locataire me confiait qu’elle ne serait jamais partie si ce n’était pour le besoin d’une deuxième chambre d’enfant. J’étais la première à lui tendre mon dossier ; en voyant mon nom inscrit en lettres grasses sur cette pochette rouge, elle s’est exclamée que je portais le plus joli prénom du monde : celui de sa fille. Je suis sortie de cet appartement moins de dix minutes après y être entrée ; mes souvenirs de la disposition des pièces, de l’équipement de la cuisine et de la nature des sols se sont très vite floutés. Par contre, je m’étais déjà bien trop attachée à toutes ces petites coïncidences que je n’ai pu m’empêcher d’interpréter comme autant de signes. L’affect compte énormément pour moi dans ce type de choix, et jusqu’ici je ne me suis jamais trompée.

L'appartement

Alors j’ai renforcé mon dossier d’une lettre de motivation bien plus réfléchie que tous les boulots auxquels j’ai jamais postulés. J’ai fait de l’excès de zèle auprès de l’agence immobilière en montrant patte blanche sous tous les angles. J’ai écrit plusieurs mails élogieux à l’ancienne locataire pour qu’elle appuie ma candidature, que j’ai renforcée par une belle lettre de référence. Je n’aurais pas pu être plus ostensible, mais je n’en avais rien à carrer. Je devais absolument mettre toutes les chances de mon côté.

Les quelques semaines d’attente étaient insupportables, sachant que je ne serais contactée que si j’avais gagné. Je ne pouvais me résoudre à visiter d’autres appartements en attendant, même si je savais qu’il y avait peu de chances que j’aie des nouvelles. Ces dernières, lorsqu’elles sont enfin arrivées, étaient éreintantes de contradictions. « C’est ok pour votre dossier, mais vous pourriez attendre jusque février avant d’emménager ? » « Finalement non, ma collègue s’est trompée, le choix du nouveau locataire n’est pas encore fixé. » Et, enfin : « Ça y est, cette fois c’est sûr, il est à vous. »

K a éclaté de rire au téléphone lorsque je lui ai confirmé la nouvelle : « Je le savais. C’était évident. C’est toujours comme ça avec toi ».

L'appartement

Il y a quelques semaines, une collègue m’expliquait que sa philosophie de vie était the law of attraction : croire fort en des choses positives amène des choses positives. Je suis pourtant la première à être sceptique face à toute idée de karma ; à force toutefois, je me demande si je n’ai pas été bénie par le don de savoir forcer ma chance. « Vous allez être bien ici », m’a affirmé l’agent immobilier en me remettant les clefs de mon nouveau chez-moi. Pourvu que la veine perdure.

5 commentaires

  1. Karma ou pas karma, je me surprends de plus en plus souvent à accorder de l’importance à ces petits signes qui semblent vouloir faire sens. Au point, parfois, de mettre mon pessimisme naturel de côté, sans avoir eu à le regretter ces derniers mois. Mais, ça, tu le sais déjà. ;-)

    Bon emménagement dans ce nouveau nid.
    Et bienvenue chez vous !

  2. Mais comme c’est troooop coool!
    Félicitations!

  3. De la chance… et du zèle, manifestement !
    J’aime beaucoup le youpi photrographique final (et la pose de danseuse en quatrième pointée au début, déformation monomaniaque oblige). ^^
    Bon emménagement !

  4. Merci à tous pour les ondes positives :) Pour l’heure je suis noyée sous les cartons et les meubles en kits, chaque moment de libre est dédié à l’aménagement, mais doucement l’espace se dégage et s’éclaire, les objets chers trouvent leur place, et la vie se structure. Une chose est sûre : je ne suis chez moi que depuis quelques jours, mais je confirme plus que jamais que je m’y sens merveilleusement bien !

  5. Félicitations!!!
    Oui, la loi de l’attraction ça marche !
    Il y a une phrase que j’aime bien : fais attention à ce que tu souhaites, parce que tu l’obtiendras!!
    Notre état d’esprit influe notre façon de nous comporter avec les autres, ça ne marche pas que pour le négatif

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