La Nouvelle-Orléans (1/3)

Les États-Unis n’ont jamais été une de mes priorités de voyage et pourtant c’est la troisième fois en quelques années que j’y séjourne : New-York a été mon cadeau de doctorat, puis une mission professionnelle m’a envoyée à Boston. Cette année, je suis allée en Louisiane : un autre cadeau – offert cette fois – enfin concrétisé après multiples reports pandémiques.

Nous étions en 2018 dans un restaurant cajun de New-York lorsque K me partageait l’attirance de sa maman pour cet état : le vaudou du bayou mélangé aux plantations d’Autant en emporte le vent nourrissaient fort son imaginaire, mais elle semblait regretter ne pas parler un mot d’anglais pour envisager y voyager en toute autonomie. « Et si on l’y emmenait pour ses 60 ans ? » avais-je lancé après avoir fini mon cocktail… Je n’ose avouer combien de plans de voyages nous avons concrétisés autour d’un verre, toujours est-il que deux ans plus tard nous y voilà !

NoLa diurne

Les premiers jours du voyage ont été dédiés à La Nouvelle-Orléans, ville la plus emblématique de la Louisiane. NoLa de son petit nom m’inspirait surtout une atmosphère : murs de couleur et grilles de métal noir, jazz à chaque coin de rue et beignets de carnaval. Ces préconceptions se sont parfaitement alignées à notre découverte de la ville et de son identité si caractéristique.

En flânant dans ses rues je me suis surprise à me sentir en terrain connu, reconnaissant même certains bâtiments devant lesquels je n’avais jamais mis pied. En réalité tout du moins, puisque j’ai rapidement réalisé avoir foulé ses rues en long et en large des heures durant au virtuel : la ville de Saint Denis, du jeu Red Dead Redemption 2, a en effet été en grande partie modélisée sur la base de bâtiments de La Nouvelle-Orléans. Quelle impression de familiarité étrange !

Image tirée du jeu Red Dead Redemption 2
K et moi devant le modèle d’origine, soi-disant le plus vieux bar des États-Unis !
New Orleans 1899

Le French Quarter (ou Vieux Carré) est le centre historique de la ville et de loin le quartier le plus haut en couleurs, à l’architecture bien reconnaissable : poutres de bois travaillées, façades vives et grilles de fer forgé ouvragées. D’origine française en 1720 puis rasé suite à un incendie, c’est sous l’occupation Espagnole qu’il a été reconstruit dans les années 1800, d’où son style hispanique malgré son nom. Il était amusant de découvrir le quartier pour la première fois au petit matin : volets clos, pas un chat dans les rues, et la seule activité était celle des employés de la ville qui nettoyaient de nombreux déchets et confettis témoins des fêtes de la veille…

The Colors of the French Quarter (New Orleans)

Comme d’habitude, j’ai tout autant apprécié m’éloigner des rues les plus touristiques pour flâner dans les quartiers résidentiels fourmillant de petites trouvailles : des jardins de ville riches en plantes locales à la vieille boutique aux grigris vaudous (on y reviendra) en passant par de nombreuses galeries d’art et échoppes ésotériques. Mention spéciale à Dark Matter, cabinet de curiosités et collectif d’artistes dans lequel j’ai déniché mon souvenir préféré (je garde le mystère et lui dédierai un article à part entière une fois que j’aurai appris à m’en servir).

Mardi Gras

Si La Nouvelle-Orléans est synonyme de fête, c’est en grande partie grâce à sa célébration de Mardi Gras qui dure des semaines dès début janvier. Ce sont les colons français qui y ont importé le carnaval et en ont fait le porte-étendard de la haute-société de l’époque, qui se rassemblait sous forme de confréries. Chacune prétendait alors au défilé le plus riche et extravagant, chaque année depuis 1700.

Photos d’archives par William Vandivert (1938) via LIFE

Nous n’étions de loin pas assez fortunés ni agoraphiles pour oser voyager à La Nouvelle-Orléans en pleine période de festivités, mais Mardi Gras est tellement lié à l’identité de la ville qu’on en remarque les traces dans les rues en toute saison. Des colliers de perles pendent des arbres, des mannequins déguisés trônent sur les balcons, et le bordel des décorations ambiantes laisse pressentir qu’il ne faudrait qu’un prétexte pour que la fête éclate dans les rues.

Colliers lancés depuis les chars et les balcons, qu’on trouve accrochés un peu partout dans la ville : le vert représente la foi, l’or le pouvoir, et le violet la justice

Afin d’en apprendre plus sur cet événement emblématique et sa culture d’aujourd’hui, nous avons visité l’une des attractions les plus touristiques de la ville : Mardi Gras World. Ces entrepôts de près de 30 000 m² (!) sont un immense atelier et lieu de stockage de la famille Kern, originellement constructeurs de bateaux et reconvertis dans la fabrique de chars dans les années 50.

Une fête digne de ce nom se prépare, et l’activité sur les chars dure toute l’année. Chaque sculpture est soigneusement inspectée, retouchée, restructurée voire complètement désossée pour être recyclée à chaque nouveau cycle. Durant toute l’année, les visiteurs ont la chance de pouvoir observer les artistes à l’œuvre dans les ateliers : ils y assemblent des structures de fibre de verre et taillent dans des plaques de polystyrène de plusieurs mètres de haut avant de les peindre à l’aérographe, travaillant sur des dizaines de sculptures en parallèle. Plus de 500 chars sortent de l’atelier Kern chaque année, et la grande majorité sont destinés aux parades de NoLa.

Making Mardi Gras Floats with Kern Studios

Outre les ateliers, Mardi Gras World permet aussi de visiter librement l’entrepôt gigantesque où sont stockés toutes les sculptures. Ce n’était pas sans me rappeler la visite de l’atelier des Machines de l’Ile de Nantes, avec une bonne dose d’arc-en-ciel fluo en plus. Je ne savais plus où donner de la tête parmi les centaines de chars qui me faisaient retomber en enfance, jouant à cache-cache derrière le cul des vaches et m’esclaffant devant des reproductions plus ou moins réussies de visages connus. C’était démesuré, c’était grotesque, c’était fun, et ça m’a laisser imaginer l’événement démesuré de voir ces monstres déambuler dans les rues de la ville au beau milieu de la foule.

Puisqu’on parle de Mardi-Gras, j’ouvre une parenthèse nourriture pour évoquer les beignets que j’ai bâfrés avec délectation durant mon séjour. Spécialité de La Nouvelle-Orléans pour laquelle les touristes n’hésitent pas à faire plusieurs heures de queue, j’ai eu la chance d’en goûter sans longue attente à deux occasions, noyés sous une montagne de sucre glace. Ils me rappelaient tendrement les Fasnachtkiechle que je mangeais chez mes grands-parents autour de carnaval.

NoLa nocturne

C’est la nuit que je préfère explorer les villes, et c’est la nuit que la La Nouvelle-Orléans se réveille. Nous avons attendu le dernier soir de notre séjour pour nous aventurer dans une promenade nocturne – écrasés de chaleur et de fatigue les jours précédents, et aucun de nous trois n’étant particulièrement enthousiaste pour un bain de foule.

Bourbon Street, French Quarter during Mardi Gras 2022 [NEW ORLEANS WALK 2022 4K 60FPS]

La célèbre Bourbon street est censée être une véritable ruche effervescente en pleines festivités – bordée de bars et de clubs de jazz, bourdonnant de touristes surtout, et pas toujours très rassurante lisais-je durant mes préparatifs. Nous en avons finalement eu un bon aperçu ce dimanche soir plus calme qu’en semaine, appréciant les néons et la douceur du soir, attrapant quelques colliers jetés des balcons et dévorant une part de pizza sur le pouce avant de nous en éloigner, bien trop oppressés par le bruit superposé des groupes de musique qui jouaient dans chacun des bars.

Le jazz est réellement dans l’ADN de la ville, s’écoutant à chaque coin de rue jusqu’au pied de notre hôtel. C’est à nouveau en dehors des sentiers battus que nous avons pu en faire une belle expérience. « Il avait l’air chouette ce bar ! » « Ah tu trouves aussi ? » me répondait K – demi-tour aussi sec pour entrer au Mahogany Jazz Hall, petit boudoir dont les notes de jazz nous avait attiré l’oreille, et où nous avons savouré un cocktail à l’absinthe en profitant des lumières tamisées et du concert de jazz qui s’y déroulait ce soir-là. Le lieu est apparemment hanté lisais-je à mon retour ; nous devions être accompagnés de bons esprits ce soir-là puisque le moment que nous y avons passé était absolument parfait.

Photo par Ian Troxel
Ronell Johnson's NOLA Jazz Band, “Down To New Orleans” at Mahogany Jazz Hall (10/12/21).

Le prochain chapitre

Petit aveu : j’ai retiré de ce billet quelques sections histoire de ne pas frôler l’indigestion, et les ai transférées dans le brouillon de l’article prochain. Ce dernier sera davantage dédié à l’histoire et à la culture de NoLa – il en restera enfin un dernier pour documenter notre crapahutage dans le reste de la Louisiane. Ça m’avait manqué, les tartines de compte-rendu de voyages !