Following a shadow while reaching for the sun

Comment décrire avec justesse les batailles intérieures ? Les tactiques, les stratagèmes, les ravages et la hargne – toute en armure cabossée et dégoulinante de boue, jour après jour aller au front contre des fantômes. « Il faut vraiment que vous arrêtiez d’être si violente envers vous-même » – j’ai besoin de mois, d’années, de décennies pour être capable de m’endormir sans sentir dans ma paume le pommeau du poignard caché sous l’oreiller.

Quelque chose est tout doucement en train de changer cependant. C’est imperceptible, c’est très profond et d’une lenteur sans mesure mais je ne peux ignorer que jour après jour, millimètre après millimètre, je gagne du terrain sur le vide qui se retire au fur et à mesure que j’avance. Face à la terreur que tout ceci ne soit qu’illusion, je ferme les paupières très fort et je prie trouver terre ferme sous chaque nouveau pas foulé.

Flight Facilities – Clair de Lune (feat. Christine Hoberg)

Il y a eu un avant et après la mort – la maison d’enfance qui m’est à jamais fermée, le cerisier dont je ne caresserai plus l’écorce. La gratitude est une étape oubliée des phases du deuil, un rempart contre l’oubli dans lequel je suis en train de trouver mon salut. Le vide me fait aimer plus fort et le temps s’arrête quand je laisse la reconnaissance me remplir – chaque éclat de rire, chaque souffle du vent, chaque baiser sur sa peau sont autant de miracles.

Dans mon lit j’ai replacé le poignard par un bouclier. Autour du cou, entre mon corps nu et les draps froids, j’arbore une feuille de ginkgo argenté. Le matin au réveil, ses contours sont imprimés dans la paume de ma main et je sais alors que j’ai dormi en toute sérénité.

Les mots dévouement et dévotion ne sont pas distincts en anglais et je me trouve juste dans cette absence de discernement.

Prayer is whatever you say on your knees.

Ben Fama

Il y a dix ans je pleurais de toutes mes forces devant cette inconnue qui prenait des notes dans son fauteuil. Je n’arrivais pas à lui expliquer que le vide aspirait tout ce à quoi je me raccrochais ; je ne lisais plus, je n’écrivais plus, je ne photographiais plus, je ne composais plus, je n’existais plus.

Il y a quelques semaines, sur le chemin de la cuisine les bras chargés de vaisselle sale, je me suis arrêtée net et me suis exclamée : « J’ai guéri ! » Ou plutôt voulais-je dire « Je m’en suis sortie ! » car j’aimerais ne jamais guérir tout à fait – j’y tiens, à la lumière de mes blessures intérieures.

« Je m’en suis sortie ! » donc, je ne sais plus quelle est la discussion qui m’a révélé cette évidence. Une victoire silencieuse que je n’avais même pas remarquée, trop aux prises avec mes batailles quotidiennes. Je lis, j’écris, je photographie, je compose, je suis. J’ai serré K fort dans mes bras en pleurant d’espoir, incapable de lui expliquer l’honneur qu’il me fait d’accompagner mes pas et le soulagement d’exister en osant même lâcher sa main parfois.

Même si la guerre fait rage encore, je recueille, préserve et chéris chaque preuve que je suis assez forte pour faire face au vide.

(Trans)portée par la foi et par les symboles. C’est une véritable croisade.

Stranger

We’re walking in a curved line into something new
The birds are watching every step I take
Beneath the stars, beneath the moon, there is a hole
It’s covered up in darkness and fear

But then, there is something moving against me
It’s not in line with the world I know
Changing the heart, changing the spirit
Changing my path, changing my soul

My sight is clear, the colors are expanding
I don’t frown in the mirror, on the world
There is no time, there is no face, there is no me
I am following a shadow while I’m reaching for the sun

But then you tell me I shouldn’t worry
You tell me to stay strong
You tell me I shouldn’t worry
Why is the stranger in sync with my heart?

I tip toe here, I don’t want you to see me
I’m listening, I’m stolen by every word you say
A dream is pulling out my heart and spirit
And I’m scared to fall, I’m scared of death
And I’m scared of all the lies

But then you tell me, oh, I shoudn’t worry
Oh, you tell me to stay strong
You tell me I shouldn’t worry
We’re living now, let’s live now
Let’s live only for love

Anna von Hausswolff – Stranger